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Décryptage

Formation en école d’ingénieurs ou master d’ingénierie à l’université : comment choisir ?

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Les CMI : une vraie alternative aux écoles d'ingénieurs ? // © Shutterstock
Les CMI : une vraie alternative aux écoles d'ingénieurs ? // © Shutterstock

Depuis 2012, plus d’une dizaine d’universités proposent des CMI (cursus de master en ingénierie). Le contenu de ces formations est semblable à celui des écoles d’ingénieurs. Quelles sont donc les différences entre les deux filières et comment choisir ?

"Je ne voulais pas aller en école d'ingénieurs car l'entrée est très sélective, il y a beaucoup de pression et on n'a pas la possibilité de penser par soi-même. À l'université, on dispose de plus de liberté et la fac est plus accessible financièrement", estime Estelle, étudiante en deuxième année du CMI (cursus master en ingénierie) sciences de la vie à l'université de La Rochelle.

À son arrivée à la fac, cette jeune fille de 20 ans ne connaissait pas encore ce cursus intégré en cinq ans. Mais elle n'a pas hésité à le rejoindre après la licence, malgré les cinq heures supplémentaires de cours par semaine qu'il implique. Elle a d'abord été sélectionnée sur dossier, puis elle a passé un entretien de motivation.

Un accès plus difficile en école d'ingénieurs

Si les écoles d'ingénieurs, qui recrutent sur concours, sont connues pour leur sélectivité, 60 % des étudiants candidats à bac+2 ont cependant réussi à s'inscrire en 2013. Du côté des formations CMI, la sélection est pour l'heure importante, car les promotions sont encore petites comparées au nombre d'étudiants admis en licence. À titre d'exemple, l'université de Franche-Comté a un taux d'admission de 36 % pour ses cinq CMI en 2014 (137 inscrits à la rentrée). À l'UPMC, 1.500 dossiers ont été déposés sur APB, 320 candidats ont été sélectionnés pour une audition pour 32 places.

Par la suite, la formation à l'université est également exigeante. "On nous demande beaucoup d'investissement, ce n'est pas comme dans une école d'ingénieurs où le diplôme suffit pour garantir un emploi", témoigne Timothée, étudiant en L2 CMI Biologie-Santé-Environnement à l'université de Lorraine, qui a monté l'association des étudiants du CMI BSE pour "mettre en valeur son cursus".

Cadre de vie étudiante : avantage aux écoles

Le cadre de vie étudiante et les conditions d'études ne sont pas les mêmes dans une université et une école d'ingénieurs. Ouverture à l'international, vie associative, entrepreneuriat... Dans ces domaines, les écoles d'ingénieurs l'emportent pour le moment sur les universités et bénéficient de plus de notoriété, ce qui donne une valeur ajoutée à leurs diplômes. À noter : seules les écoles d'ingénieurs ont le droit de délivrer le titre d'ingénieur. Néanmoins, cela n'empêche pas les diplômés des CMI d'être embauchés à des postes d'ingénieurs.

Un atout des CMI à l'université : des parcours par paliers

Si vous trouvez le rythme trop soutenu dans le parcours CMI, vous avez toujours la possibilité de renoncer à l'ajout de cours et de rejoindre le cursus "classique". Un diplôme intermédiaire existe pour ceux qui souhaitent ne valider que la licence et ne pas continuer en master. Par ailleurs, l'emploi du temps des étudiants en CMI "se rapproche de celui des écoles d'ingénieurs. Les étudiants travaillent aussi beaucoup en petits groupes sur des projets", décrit Pierre Leblond, directeur de la formation CMI BSE à l'université de Lorraine.

Selon que vous voudrez une formation généraliste ou spécialisée...

Il existe plus de 200 écoles d'ingénieurs en France. Autant dire que chacun peut en trouver une qui lui correspond, après le bac ou après une prépa. Il existe des écoles spécialisées, mais la formation en école d'ingénieurs est le plus souvent généraliste. Et une formation de ce type est peut-être préférable pour les jeunes qui n'ont pas encore de projet professionnel réfléchi.

De leur côté, les universités proposeront 68 cursus différents à la rentrée 2014. Chimie, maths appliquées, environnement, sciences des matériaux... mais aussi économie, géographie et urbanisme, les spécialisations sont variées. "Certains masters d'ingénierie ciblent des niches, avec des enseignements plus pointus dans certains domaines technologiques. Cela peut être un avantage, mais aussi un handicap car le jeune diplômé sera moins adaptable d'un poste à l'autre", critique Christian Lerminiaux, président de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs).

Se spécialiser dès la L1 permet pour certains de "ne pas perdre les deux années de prépa scientifique avec des enseignements très généralistes. Cela peut être dommage si on se prédestine déjà à un secteur", explique Anas Sakout, chargé de mission sur le CMI à l'université La Rochelle.

Et côté débouchés ?

Comme les écoles d'ingénieurs, les universités imposent des périodes de stages allant d'un mois en L1 à 6 mois en M2. "Les CMI ont un adossement fort à la recherche, car il est nécessaire d'avoir un laboratoire reconnu au niveau international pour obtenir le label", indique Anas Sakout. Des stages sont d'ailleurs obligatoires en laboratoire.

Dans un rapport daté de mai 2014, la CDEFI distinguait les CMI des écoles d'ingénieurs, en qualifiant ces dernières de "plus professionnalisantes que les masters". Mais pour Timothée, "le CMI ouvre autant au monde de l'entreprise qu'à celui de la recherche". Les CMI ouvrent donc une nouvelle voie vers les métiers d'ingénieurs.