En école d'ingénieurs, une rentrée 2022 sous le signe de la transition écologique

Par Clément Rocher, publié le 09 Septembre 2022
6 min

L'écologie est l'un des thèmes majeurs de la rentrée. Alors que de nombreuses voix appellent l'enseignement supérieur à former les étudiants, des écoles d'ingénieurs comme l'Estaca organisent des ateliers de sensibilisation dès la première semaine de cours.

À la sortie de l'été le plus chaud jamais enregistré en Europe, le réchauffement climatique occupe une place particulière dans le débat de cette rentrée 2022. Cette thématique sociétale est au cœur des préoccupations des jeunes, ce qui ne les empêche pas de se sentir déboussolés, parfois par manque de connaissances.

Une enquête Ipsos publiée en novembre 2021 pointe en effet les difficultés des jeunes à comprendre les enjeux du réchauffement climatique. Ainsi, 46% déclarent ne pas bien connaître la signification du terme "gaz à effet de serre", 55% la signification du terme "empreinte écologique". Même l’expression de "développement durable" n’est pas claire pour une partie significative des jeunes (42%).

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Une fresque du climat à l'Estaca

Face à constat, certains établissements du supérieur tentent de réagir. Notamment les écoles d'ingénieurs, dont les étudiants se préparent à être en première ligne de la transition écologique. Cette année, près de 300 étudiants ont fait leur rentrée à l’Estaca, une école d’ingénieurs spécialisée dans le transport. Dès la première semaine, ces nouveaux élèves-ingénieurs ont participé en groupe à la réalisation d’une fresque du climat, mercredi 7 septembre.

Cet atelier collaboratif et scientifique vise à sensibiliser au réchauffement climatique à travers un jeu animé par les bénévoles de l'association du même nom. L'idée de base : relier les 42 cartes de l'atelier selon des liens de cause à conséquence. "C’est vraiment une activité atypique, raconte Jeanne, animatrice de l'association. Faire une fresque du climat permet de rendre les choses plus concrètes. On se rend compte que chacune de nos actions a un impact."

Aussi, bien que tous les étudiants de première année n’ont pas démarré l'atelier avec le même niveau de connaissances, ils ont pu terminer la séance en partageant leurs impressions et en réfléchissant à des pistes de solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Plusieurs estiment par exemple qu’il faudrait plus de lignes ferroviaires pour faciliter les déplacements en train, ou encore développer de nouvelles ressources non polluantes.

"C’était vraiment intéressant, témoigne Thomas. Cela nous a permis d’apprendre beaucoup de choses et d’être mieux sensibilisés sur l’environnement." Originaire d’Amérique du Sud, le jeune homme se montre alerte vis-à-vis de la situation de la forêt amazonienne et affirme être prêt à faire plus attention à son empreinte carbone.

Lier climat et études

"Je trouve qu’on n’entend pas suffisamment les ingénieurs, poursuit Jeanne. Dans le futur, les décisions de ces étudiants vont avoir un impact sur l’environnement."

Autre animateur du jour, Maeg est justement étudiant en quatrième année à l’Estaca. "Une fois diplômé, je voudrais continuer à m’impliquer pour l’environnement à titre individuel", prévoit celui qui souhaite devenir ingénieur dans l’aérospatial. "Ce sera à nous les ingénieurs de développer des solutions toujours plus innovantes dans une optique de progrès. Mais on ne peut pas se dire qu’on pourra rendre le transport propre du jour au lendemain."

En France, le transport est le secteur qui contribue le plus aux émissions de gaz à effet de serre (31% en 2019, selon le ministère de la Transition écologique). Autre intérêt de l'atelier : permettre aux étudiants de prendre du recul et de se projeter dans leurs études. "En étant dans une école spécialisée dans le transport, on est les premiers concernés, considère Antonin. Nous allons chercher à développer de nouvelles alternatives."

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La formation, un enjeu-clé pour agir pour le climat

La sensibilisation entre étudiants n'est qu'un premier pas, et l'Estaca a intégré la dimension de développement durable au sein de ses formations et de ses activités de recherche depuis une dizaine d'années.

"La formation se retrouve au cœur de la réflexion de la transformation de la société, affirme Clémence Vorreux, coordinatrice enseignement supérieur et recherche au Shift Project, invitée de la table ronde du Forum Mondial 3Zéro, qui a rassemblé "des acteurs du changement" le 5 septembre dernier à Paris.

"Le rapport du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) soulève la question de l’éducation, renchérit, lui, Nicolas Graves, étudiant membre du collectif Pour un réveil écologique. Il faut voir comment adapter l’enseignement supérieur à ces nouveaux enjeux et nouveaux métiers. Il y a de fortes attentes de la part des jeunes."

Cet étudiant a justement participé à la construction d'un rapport, remis par le climatologue Jean Jouzel au ministère de l'Enseignement supérieur en février 2022, recommandant la formation de tous les étudiants jusqu'à bac+2 aux enjeux de la transition écologique.

En réponse au rapport, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Sylvie Retailleau, a affirmé vouloir faire des établissements "des acteurs majeurs et actifs de la transition écologique et énergétique". Elle a également annoncé l'organisation d’un colloque dédié les 20 et 21 octobre prochains à l’université de Bordeaux.

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