1. Les filles et les sciences ? Vous vous autocensurez encore trop
Enquête

Les filles et les sciences ? Vous vous autocensurez encore trop

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Les élèves de Polytechnique interviennent dans les lycées pour motiver les filles à postuler dans une école d'ingénieurs. // © École polytechnique
Les élèves de Polytechnique interviennent dans les lycées pour motiver les filles à postuler dans une école d'ingénieurs. // © École polytechnique

Pas assez nombreuses. Le constat est sans appel : hormis dans les filières de la santé, les cursus scientifiques et techniques comptent encore très (trop) peu de filles. Le combat contre les idées reçues reste toujours autant d'actualité.

"Dans l'enseignement supérieur, la part de femmes dans les filières sciences et techniques, hors santé, ne progresse que très lentement", constate Claudine Schmuck, auteure de l'enquête des Mutationnelles (à consulter en PDF). Ainsi, malgré leurs bons résultats, les filles qui représentent 45 % des élèves en terminale S ne constituent plus que 34 % des effectifs des voies scientifiques postbac.

Des stéréotypes tenaces


Cet apparent désintérêt des filles pour les sciences est lié à des stéréotypes persistants.“Le développeur informatique a l'image négative d'un geek, barbu, qui passe ses journées à produire des lignes de code”, rapporte Ludwine Probst, développeuse chez Cityzen Data. “La méconnaissance des métiers scientifiques et de ce qu'est un ingénieur est un problème, car les filles ne s'orientent pas vers ce qui est flou”, affirme quant à elle Charlotte Giuria, chargée de mission communication, formation et société au sein de la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs).

Les filles sont ainsi surtout incitées à se tourner vers les filières de sciences de la vie, de la santé, ou encore de la chimie. “Elles sont attirées par le 'care', par prendre soin du vivant. Elles sont ainsi plus présentes par exemple, pour l'énergie, dans l'environnement”, analyse Marie-Sophie Pawlak, présidente de l'association “Elles bougent”. Ainsi, selon l'étude 2014 des Mutationnelles, une élève ingénieure sur trois choisit de se spécialiser en chimie et en agroalimentaire, qui pourtant sont les secteurs qui créent le moins d'emplois et où les écarts de salaires (autour de 50 %) sont les plus importants.

Un manque de confiance en soi

Problème d'ambition ? Rien n'est moins sûr. Pourtant : "Beaucoup de jeunes filles s'autocensurent et ne passent pas le concours de Polytechnique par manque de confiance en elles. Le statut militaire de l'école peut être un autre frein alors même qu'il garantit à tous un véritable encadrement et accompagnement", regrette Alice Fiorina, responsable du pôle diversité et réussite de l'École polytechnique. À l'X [surnom de Polytechnique], seulement 16 % des élèves sont des filles, une proportion bien en dessous de la moyenne nationale (28 %).

"Les lycéennes n'ont pas confiance en elles et se mettent plus de barrières que les garçons. Ces derniers se posent moins de questions sur leurs capacités à aller en classe prépa", témoigne Aude Durand, élève en 3e année à Polytechnique. "Les enseignants doivent être sensibilisés, car ils soutiennent davantage les garçons", suggère-t-elle.

Car parfois, certaines étudiantes ont subi des expériences douloureuses. "Dans ma classe prépa spé maths, les filles essuyaient de nombreuses remarques misogynes des professeurs, qui parfois nous ignoraient complètement", se souvient Tania, aujourd'hui étudiante en 3e année à l'EPITA, l'école d'ingénieurs en informatique.

Le rôle des profs… et de la famille


Selon Stéphanie Robisson Montillet, qui participe au réseau de femmes en entreprises "InterElles", "les causes principales du désintérêt des filles pour les sciences sont l'environnement global, le manque d'encouragement de la famille et des enseignants, qui ont une grande influence sur elles" (lire article 3).

Une analyse que partage Claudine Schmuck : "Les prescripteurs jouent un rôle important, d'autant plus que les enseignants des matières scientifiques sont majoritairement masculins."

D'ailleurs, dans les filières techniques du collège et du lycée, seuls 7 % des enseignants en sciences et techniques industrielles sont des femmes et 6 % en informatique (étude 2014 des Mutationnelles). Difficile alors de se projeter...


Filières santé : l’exception
Les filles investissent beaucoup les formations du médical et du paramédical, mais pas de la même manière que les garçons… Ainsi, selon la dernière enquête de la DRESS (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), les femmes représentent 83 % des étudiants en formation d’infirmier en 2012, tandis que les hommes composent 70 % des effectifs des futurs ambulanciers. Le métier de sage-femme, quant à lui, est encore très féminisé (93 %), ainsi que celui d’aide-soignant (90 %), qui est aussi l’un des moins qualifiés. En médecine, les femmes représentaient 59 % des internes en 2013.
Mais les choix des spécialités restent toujours aussi révélateurs du poids persistant des stéréotypes. Ainsi, toujours selon la DRESS, en pédiatrie, en gynécologie, endocrinologie et dermatologie, plus des trois quarts des internes sont des femmes. Elles sont moins de 40 % parmi les internes de médecine nucléaire, neurochirurgie, chirurgie générale et anesthésie-réanimation. Quant à la médecine générale, deux internes sur trois sont des femmes.Par ailleurs, l’étude des Mutationnelles révèle que la proportion de femmes est moins élevée au fur et à mesure que le niveau d’études augmente. Elles représentent ainsi 79 % des étudiantes en licence de médecine odotonlogie, puis 60 % en master, et enfin 50 % en doctorat. Des tendances qui prouvent que malgré la féminisation du secteur, le manque d’ambition des filles demeure.

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