Reportage

Inondations, sécheresses : les étudiants en génie de l'eau au cœur du changement climatique

Une étudiante de l'ENGEES
Une étudiante de l'ENGEES © ENGEES
Par Clément Rocher, publié le 25 juin 2024
6 min

Catastrophes, adaptation, solutions. À l'ENGEES, école d'ingénieurs de Strasbourg, les étudiants en gestion de l’eau et de l’environnement suivent un programme centré sur le changement climatique. Un domaine d’avenir : entreprises et collectivités auront besoin de leur savoir-faire pour s'adapter aux nouvelles conditions naturelles.

Depuis un an, l'ENGEES (École nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg) s'est installée dans l’ancienne manufacture de tabac de la ville. C'est désormais dans ce bâtiment historique que chaque année viennent se former près de 130 nouveaux étudiants pour développer une expertise dans la gestion de l'eau et de l'environnement.

"Je veux travailler dans l’eau, car ce sera la plus grande crise qu’on devra affronter au cours de ce siècle", témoigne Emmanuel, 21 ans. Une conviction partagée par de nombreux étudiants de l'école qui veulent apporter leurs compétences sur le territoire pour répondre à l’urgence écologique.

Un défi qui a déjà commencé : ces dernières années, les phénomènes climatiques extrêmes (inondations, sécheresses…) se multiplient dans certaines régions de France. Et les réserves d’irrigation agricoles (les fameuses méga-bassines) posent aussi la question du partage de la ressource entre l’usage humain et agricole.

L'environnement au centre des enseignements

C'est pourquoi l'ENGEES a décidé d'adapter ses enseignements pour prendre en compte cette nouvelle réalité, qui mêle enjeux environnementaux, sociologiques, économiques et de santé publique. "Le sujet de la résilience et de l’adaptation au changement climatique nécessite de la formation, de la recherche, de l’action", affirme Jean-Marc Willer, directeur de l'établissement.

Les cours suivis par les étudiants ingénieurs couvrent ainsi tous les champs thématiques de l’eau au sein du territoire : protection de la ressource, aménagement durable du territoire, évacuation et traitement des eaux usées… Et dès la première année, leur cycle commence par une unité d'enseignement sur le socle scientifique des enjeux climatiques et environnementaux.

Bien comprendre les enjeux de transition environnementale apparaît comme primordial pour prendre des décisions éclairées. "On n’éduque pas suffisamment sur les causes et les conséquences d’une inondation par exemple. Ce n’est pas toujours facile de trouver des solutions, mais au fur et à mesure de mon parcours, j'arrive à avoir une bonne vision", explique Anna, 22 ans.

Travail au plus près du terrain

Au cours de leur cursus, les étudiants mènent des études d’impact sur le terrain afin de prévoir des solutions pour préserver la biodiversité. "Au cours d'un voyage d’études dans les Vosges, on a participé à différents ateliers pour réfléchir aux moyens de rendre une ville autonome. Aujourd’hui, un ingénieur doit prendre en compte plein d’enjeux", témoigne Quentin, 20 ans.

Les étudiants vont également concevoir un projet de traitement des eaux usées tout en trouvant des solutions fondées sur la nature, donc plus économes en ressources. "Ce projet permet de mobiliser nos connaissances : on calcule des débits, on utilise ces données pour faire de l’hydraulique. On arrive à faire le lien entre chaque enseignement", assure le jeune étudiant.

En troisième année, les projets se multiplient pour les élèves, qui sont amenés à réaliser un plan de prévention des risques d’inondation, de restauration d’une rivière, ou un inventaire de toutes les espèces présentes sur un site.

Au cours de leur cursus, les étudiants mènent des études d’impact sur le terrain afin de prévoir des solutions pour préserver la biodiversité.
Au cours de leur cursus, les étudiants mènent des études d’impact sur le terrain afin de prévoir des solutions pour préserver la biodiversité. © ENGEES

Des étudiants en quête d'engagement

À travers ces enseignements et projets, les étudiants prennent conscience des grands défis qui les attendent. "C’est indéniable qu’il y a un changement climatique. Mais on peut limiter la casse à condition de dire que c’est vraiment notre priorité. Tôt ou tard, si on ne préserve pas notre écosystème, c'est toute l'économie qui va s'écrouler", prévient Emmanuel.

Et pas de quoi les résigner pour autant : "Je suis assez optimiste, ajoute Quentin. C’est inspirant de voir nos professeurs qui sont actifs sur ces sujets".

Justement, ces étudiants n'ont pas choisi l'ENGEES par hasard : la quête de sens est une réalité pour beaucoup d'entre eux. "Certains s’engagent parce qu’ils veulent acquérir des compétences qui vont leur servir dans leur futur métier. Il y a une volonté chez eux d’être acteur des transitions", affirme Sylvain Weill, enseignant-chercheur de l'école.

"Ils sont de plus en plus à la recherche d’informations sur le changement climatique, l’extinction de la biodiversité… Certains s’imposent des règles dans leur vie quotidienne. Et cela se traduit dans leurs attentes vis-à-vis de leur formation", complète-t-il.

À la demande des étudiants, une voie d’approfondissement en génie écologique a été récemment ouverte en troisième année. Par ailleurs, une nouvelle maquette pédagogique est à l’étude d’ici 2025, afin de proposer un enseignement qui s’adapte aux nouvelles exigences environnementales et qui mettra en avant la relation eau-agriculture.

Devenir acteur des transitions

À l’issue de leur formation, les jeunes diplômés pourront travailler dans les collectivités territoriales, les bureaux d’études, les gestionnaires de réseaux (Suez, Veolia…) ou au sein des organismes de recherche. Et les offres d’emploi pleuvent dans le domaine : environ 60% des étudiants ont signé leur contrat avant d’avoir soutenu le diplôme.

Mathilde, 23 ans, aimerait par exemple travailler dans un syndicat des bassins versants. "À l’échelle locale, il y a un aspect politique. On peut prendre des décisions ou aider les gens à en prendre. On peut aussi conseiller les agriculteurs et les sensibiliser aux bonnes pratiques. Être en lien avec tous les acteurs, cela aura plus de sens", soutient-elle.

Pour sa part, Cyriac, 21 ans, se destine à travailler dans l'humanitaire en tant que responsable de projets eau, hygiène et assainissement pour Médecins Sans Frontières. "Il y a de gros enjeux sanitaires avec l’eau, notamment avec les sécheresses qui vont s’accélérer dans le futur", témoigne-t-il.

"Ce qui est assez extraordinaire avec l’eau, c'est qu’il n’y a pas un territoire au monde où la problématique du changement climatique n’existe pas. Ceux et celles qui viennent à l'ENGEES ont vraiment envie de travailler dans ce domaine", conclut Jean-Marc Willer.

Une parité respectée à l'ENGEES

Rares sont les établissements comme l’ENGEES à attirer autant de filles que de garçons dans leur formation d’ingénieurs. Une mixité qui s’explique par le fait que l’école recrute un grand nombre d’étudiants issus de la classe prépa BCPST, qui amène un public plus féminin, mais aussi par la thématique portée par l'école.

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