Valorisation de l'engagement étudiant, les écoles d'ingénieurs s'organisent

Par Clément Rocher, publié le 19 Août 2020
7 min

Les écoles d'ingénieurs permettent aussi à leurs étudiants de développer des compétences dans le cadre de leur investissement associatif. Dès 2018, elles ont engagé une réflexion collective autour de la valorisation de l'engagement étudiant dans les cursus, qui a abouti, en juin 2020, à la publication d'un guide pratique.

La vie associative des écoles d'ingénieurs est reconnue comme extrêmement riche et variée : elle occupe une place importante dans l'organisation des grandes écoles et dans la scolarité des élèves-ingénieurs.

Un groupe de travail animé par le Bureau national des élèves ingénieurs (BNEI), la Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (Cdefi) et la Commission des titres d'ingénieurs (CTI) est parti du constat que les connaissances et compétences acquises par les étudiants lors du cursus sont évaluées mais celles acquises en-dehors du cursus académique ne sont que rarement prises en compte dans l'obtention du diplôme. Et de fait, peu d'établissements mettent en place un dispositif consacré à la valorisation de l'engagement étudiant pendant la formation.

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L'engagement étudiant favorise la montée en compétences

Pourquoi valoriser l'engagement étudiant ? Les élèves-ingénieurs développent de nombreuses compétences dans le cadre de leur engagement étudiant comme la capacité à travailler en collaboration, à prendre des initiatives, à proposer des solutions. Ils développent également le sens des responsabilités et la capacité à gérer des projets en autonomie. Autant de compétences recherchées sur le marché de l'emploi.

Les jeunes diplômés d'écoles d'ingénieurs peuvent ainsi les mettre en avant auprès des recruteurs et surtout les mobiliser rapidement lors de leur entrée dans la vie active.

Certaines écoles comme l'ENSIC et Toulouse INP, déploient déjà depuis plusieurs années des dispositifs dédiés permettant à leurs élèves de valoriser leurs activités extra-académiques.

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L'ENSIC, un "projet d'ouverture" pour valoriser l'engagement étudiant

Depuis dix ans, l'ENSIC (École nationale supérieure des industries chimiques), école d'ingénieurs de l'université de Lorraine, a introduit dans son parcours pédagogique une forme de reconnaissance de l'engagement des étudiants. "Nous avons intégré au sein du cursus quelque chose qui relève à la fois des compétences et de l'engagement, mais qui n'est pas directement lié au contenu de la formation : le projet d'ouverture", explique le directeur de l'établissement, Bernard Vitoux.

Ce sont les souhaits exprimés par les étudiants eux-mêmes qui ont conduit l'école à déployer ce dispositif, explique le directeur : "Ils montrent une volonté de gagner en maturité et de s'émanciper, mais aussi de se fixer des défis […] La question de la responsabilité collective est une compétence sur laquelle les étudiants souhaitent progresser, mais aussi le fait de réussir à concilier des avis divergents".

Les élèves-ingénieurs de l'ENSIC préparent un projet d'engagement étudiant en fin de première année, puis soumettent leur proposition à l'école, qui la valide ou non. "Certains projets sont très personnalisés et relèvent d'une motivation spécifique", observe Bernard Vitoux.

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Une mise en application des enseignements

Il précise que ce projet d'engagement étudiant s'inscrit dans le cursus comme une obligation et non comme une option. Il est validé par 4 crédits ECTS sur 60. "Nous prenons toutes les précautions pour avoir la certitude qu'il y a vraiment un engagement très précis. Nous associons à chaque projet la mise en place d'un tutorat qui vise à vérifier le sérieux de l'investissement."

"Nous acceptons que la présidence d'une association de l'école fasse l'objet d'un 'projet d'ouverture'. Nous avons également des propositions qui relèvent d'une volonté de construire des objets pédagogiques en faveur de l'école", précise le directeur de l'ENSIC. La grande majorité des projets se déroule en-dehors de l'établissement : soutien scolaire auprès d'enfants, aide humanitaire tournée vers l'international, préservation de l'environnement…

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L'école d'ingénieurs a établi un cahier des charges afin de mesurer la qualité de l'engagement étudiant. Ce document sert de référence pour évaluer les compétences acquises comme la maîtrise des outils de gestion de projet mais aussi la capacité à communiquer sur son activité de "projet d'ouverture". Les étudiants doivent préparer une soutenance orale au terme de leur engagement et être en capacité de restituer le travail accompli.

"Il faut considérer le projet d'ouverture comme la mise en application des enseignements des sciences managériales, humaines et sociales. Mais le principe même du projet d'ouverture c'est la bienveillance. Le but n'est pas d'accorder une place décisive à la notation car l'engagement étudiant est une clé essentielle pour trouver un emploi", conclut Bernard Vitoux.

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Le statut ENGAGE de Toulouse INP

L'Institut national polytechnique de Toulouse reconnaît officiellement l'engagement étudiant depuis 2017 à travers le statut "ENGAGE". L'établissement toulousain s'est engagé à délivrer une convention d’attribution de ce statut et à valider les compétences acquises dans le cadre de cet engagement. L'étudiant doit remplir un dossier de candidature pour obtenir ce statut qui autorise plusieurs aménagements comme la dispense de modules d’enseignement ou de stages de courte durée ainsi que la possibilité d’un suivi tutoré pendant la durée de l'engagement.

Un guide pratique en faveur de l'engagement étudiant

La collaboration entre le BNEI, la CDEFI et la CTI a conduit à la rédaction d’un guide pratique sur la valorisation de l’engagement étudiant dans les écoles d'ingénieurs. Accessible depuis le début de l'été, il recense les bonnes pratiques pour la reconnaissance et l'évaluation de l'engagement étudiant. Le groupe de travail demeure convaincu que ces activités extrascolaires jouent un rôle primordial dans la vie et la future carrière des ingénieurs.

Le guide pratique met en évidence les enjeux et les problématiques associés à la valorisation de l'engagement étudiant. La question du dispositif à mettre en place est au centre des préoccupations. Les écoles d'ingénieurs doivent réfléchir aux méthodes d'évaluation mais aussi à l'accompagnement des étudiants et à l'intégration des enseignants dans cette démarche. Le guide propose notamment de prévoir des aménagements dans l'emploi du temps afin que leurs étudiants soient en mesure de concilier à la fois vie académique et engagement associatif.

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