1. Être une fille dans une école "de mecs", c'est comment ?
Témoignage

Être une fille dans une école "de mecs", c'est comment ?

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Les filles représentent près de 30 % des effectifs des écoles d'ingénieurs. // © Flore-Aël Surun/Tendance floue pour l'Etudiant
Les filles représentent près de 30 % des effectifs des écoles d'ingénieurs. // © Flore-Aël Surun/Tendance floue pour l'Etudiant

Pas facile d'être une fille dans une promotion à 90 % masculine. C'est le cas de quatre élèves ingénieures, qui racontent les difficultés qu'elles rencontrent, mais aussi leur satisfaction d'avoir trouvé leur voie. Témoignages.

Parmi ces écoles, une dizaine d'entre elles compte moins de 12 % de filles dans leurs promotions. Il s'agit principalement d'écoles très spécialisées, comme l'ESTACA, dans les transports (10 %), 3iL (12 %) ou l'ESIEE Amiens en informatique (9 %). Quatre étudiantes de ces établissements ont accepté de raconter leur quotidien.

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"Je n'ai pas envie d'être traitée différemment"

Adeline a 23 ans. Elle étudie à l'ISAT (Institut supérieur de l'automobile et des transports), une école d'ingénieurs située à Nevers qui fait partie des moins féminines de France (6 % de filles). Peu importe, Adeline a trouvé sa vocation. "Mon père collectionne les voitures. J'ai baigné dans ce milieu depuis toute petite. Le fait d'être au cœur du moteur et de voir son fonctionnement, j'ai tout de suite trouvé cela fascinant", explique-t-elle. 

Passée par un bac techno, Adeline ne peut pas s'inscrire à l'ISAT après le lycée. Elle se tourne vers un BTS (brevet de technicien supérieur) moteurs à combustion interne, avec toujours l'école d'ingénieurs en ligne de mire. L'ambiance est alors difficile. "J'ai subi beaucoup de remarques machistes. Certains estimaient qu'on ne peut pas avoir des ongles et toucher aux moteurs, que les filles doivent garder les mains propres, que je n'avais pas ma place. J'ai intégré l'ISAT après le BTS et tout a changé. La mentalité est différente, avec un grand respect de la part des garçons, même si on est six filles pour 113 élèves", souligne-t-elle. Néanmoins, pas de traitement de faveur. "Je n'en veux pas. Je n'ai pas envie d'être traitée différemment. Il n'y a aucune différence à faire valoir", insiste Adeline. L'étudiante se dirige désormais vers le sport automobile, "soit dans les moteurs, soit dans le comportement du véhicule".

De l'entraide dans les moments durs

Julie, elle aussi, s'est habituée à être entourée de garçons. Décidée à devenir pilote de chasse au lycée, elle se lance dans une prépa militaire, suivie d'un cycle ingénieur à l'École de l'air. Désormais intéressée par une carrière dans le renseignement, à 22 ans, elle assure ne s'être jamais sentie rejetée. "Nous sommes huit filles pour presque 70 élèves dans ma promo. Cela fait du bien parfois de se retrouver entre filles, mais nous avons aussi constitué des groupes d'amis chacune de notre côté. Hors de question de faire bande à part. À part quelques blagues, je n'ai jamais subi de remarques déplacées", déclare l'étudiante.

Au contraire, Julie se sent soutenue par ses camarades. "En terrain, il faut se donner physiquement. Là, le décalage avec les garçons se voit, car nous n'avons pas forcément les mêmes capacités physiques. Mais ils se rendent compte que l'on fait notre maximum et il y a beaucoup d'entraide. Je n'ai jamais eu de soucis", assure-t-elle.

Dans l'informatique, les filles sont plus recherchées 

Les écoles d'ingénieurs en informatique sont de même connues pour leur faible proportion en filles. À l'EPITA, en région parisienne, la moyenne est de 9 %. Mais dans la promo de Bérangère, elles ne sont que 4 % : une dizaine d'étudiantes pour 300 élèves. "Il faut de la mixité dans l'informatique, qui reste un milieu de garçons, pour éviter le sexisme ordinaire qui ressort au quotidien. Par exemple, certains pensent qu'une fille n'ira pas vers la partie la plus technique du projet, et plus vers le graphisme. Ou qu'elle ne va réussir que grâce à l'aide des garçons. C'est faux ! Les filles ne sont pas techniquement moins bonnes", s'agace la jeune femme de 22 ans.  

Laurine, étudiante en dernière année à IG2I, un programme de Centrale Lille, est entièrement d'accord. "Tout dépend du caractère de chacun, le sexe de la personne ne change rien. Je savais d'emblée qu'il n'y aurait pas beaucoup de filles en intégrant cette école, mais peu importe. Je voulais me diriger vers l'industrie et l'informatique, qui me passionnaient. Il faut oser, oublier les préjugés et faire ce dont on a vraiment envie", insiste-t-elle. Laurine s'est ainsi intégrée "tout de suite, sans problème" et ne reçoit aucune remarque sexiste à l'école.

Cependant, un avantage à tout cela : la rareté, comme l'explique Bérangère, de l'EPITA. "Nous sommes rares, donc recherchées par les entreprises, qui tiennent justement à la mixité dans leurs équipes. Dans le cadre de mon apprentissage, je travaille chez Orange. Les employeurs veulent des filles dans ces secteurs", soutient-elle. 

La tendance reste en tout cas à la hausse : les filles représentaient 10 % des effectifs des écoles d'ingénieurs en 1980. Elles sont désormais presque 30 %.