1. Au cœur de la Haute École des arts du Rhin
Reportage

Au cœur de la Haute École des arts du Rhin

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Les étudiants de première année à l'HEAR découvrent l'ensemble des techniques, avant de choisir une spécialisation. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant
Les étudiants de première année à l'HEAR découvrent l'ensemble des techniques, avant de choisir une spécialisation. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant

Ils sont les petits nouveaux des beaux-arts. Ils rêvent de peinture, de design textile ou encore de scénographie. L’Etudiant a suivi celles et ceux qui, carton à dessin sous le bras, ont fait leurs débuts à la HEAR, la Haute École des arts du Rhin.

Tordons le cou à cette idée reçue. Les étudiants des 47 écoles supérieures d’art de France, ex-écoles des beaux-arts, ne sont pas des égarés et des paresseux. Celles et ceux qui poussent ce matin la porte de la HEAR, la Haute École des arts du Rhin, ne sont pas vraiment là par hasard. Si une petite poignée d’entre eux ont directement investi les lieux après le baccalauréat, les autres sont passés par une classe préparatoire artistique, avant de réussir un concours aussi sélectif que ceux des meilleures écoles de commerce ou d’ingénieurs (1.200 candidats pour 90 admis, soit environ 7 % de réussite). Aussi, motivation et abnégation sont exigées pour intégrer l’une des écoles supérieures d’art les plus réputées, notamment en communication graphique. D’ailleurs, seulement un étudiant sur dix vivait à Strasbourg avant d’intégrer l’école. Des petits nouveaux qui n’hésitent donc pas à déménager et à poser leurs valises dans la "capitale de Noël".

L’école rassemble trois campus. Ici, le site d’arts plastiques de Strasbourg, bâti en 1832 et inscrit aux Monuments historiques. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant
L’école rassemble trois campus. Ici, le site d’arts plastiques de Strasbourg, bâti en 1832 et inscrit aux Monuments historiques. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant

La rentrée a eu lieu le 1er octobre dernier. Les premiers jours, les étudiants en arts plastiques ont redécouvert les ateliers, entraperçus lors des journées portes ouvertes et des concours : le petit côté désuet de l’atelier bijou, resté dans son jus depuis la création de l’école au XIXe siècle, mais aussi la sérénité de l’atelier de peinture figurative, qui tranche avec le boucan et les machines colossales de l’atelier métal.

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À quelques jours seulement de la rentrée, on comprend sans mal que les étudiants aient des fourmis dans les mains et une envie folle de commencer à créer.

Des cours fondés sur la participation

Pour l’heure, les nouveaux assistent sagement au deuxième enseignement théorique de l’année. En début d’heure, le professeur d’histoire de l’art, Nicolas Fourgeaud, a pris soin de bien marquer la différence entre son cours et un cours magistral à l’université. Les étudiants sont invités à "intervenir et même à contester". Le programme de première année ne compte pas moins de six heures d’histoire de l’art par semaine. Le chapitre du jour porte sur l’efficacité des images à la fin du Moyen Âge et un tableau représentant une vierge à l’enfant est projeté en grand. "Les images ne sont pas seulement faites pour être regardées, mais également pour agir, pour produire des effets dans la réalité", lance l’enseignant, avant d’ajouter, en souriant : "Profitez de la pause pour y réfléchir".

Sur les bords du canal de l’Ill, dans un cadre verdoyant, le campus rose et gris de Mulhouse détonne. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant
Sur les bords du canal de l’Ill, dans un cadre verdoyant, le campus rose et gris de Mulhouse détonne. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant

La réflexion ne passe pas les portes de l’auditorium et les étudiants profitent de la pause pour faire connaissance autour d’un café. Jeanne et Maylis sont issues d’une classe préparatoire privée parisienne ; Sandro (la promotion compte une dizaine de garçons seulement) vient de l’ESAPB (l’École supérieure d’art du Pays basque] à Bayonne ; Béatrice et Aiia étaient bachelières, respectivement à Nevers et Nîmes. Aiia, qui est d’origine ukrainienne, aime beaucoup l’idée d’être "dans une ville française à échelle humaine, et aux portes d’un pays étranger", l’Allemagne. Sandro avoue ne pas trop savoir dans quoi il s’est engagé. "Mais, ça me plaît, et la passion peut mener très loin", ajoute-t-il, convaincu. Jeanne, qui ici est comme un poisson dans l’eau, parle à tout le monde : "Chaque étudiant a une pensée originale ou une expérience particulière. Chaque rencontre est enrichissante."

Dessin, design, communication : les bases en arts plastiques

Comme bon nombre de ses camarades, Béatrice explique qu’elle a choisi la HEAR pour son "inventaire à la Prévert d’ateliers et de mentions". La première année du DNA (diplôme national d’art, cursus en trois ans), appelée "propédeutique", est une année transversale au cours de laquelle les étudiants passent d’atelier en atelier pour acquérir les bases en dessin, volume ou 3D. "On expérimente l’ensemble des techniques et des médiums [peinture, animation, etc.] pour s’orienter en connaissance de cause et enrichir notre future pratique artistique", résume Jeanne. La spécialisation se fait dès la deuxième année, une fois que les étudiants ont une vision d’ensemble de l’école. Parmi les mentions proposées, citons la communication graphique et la scénographie sur le campus de Strasbourg, ainsi que l’art et le design textile dans les locaux de Mulhouse.

Le marteau et l’enclume. Dans l’atelier bijou, inchangé depuis le XIXe siècle, deux étudiantes en master évoquent leurs projets professionnels. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant
Le marteau et l’enclume. Dans l’atelier bijou, inchangé depuis le XIXe siècle, deux étudiantes en master évoquent leurs projets professionnels. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant

Le cours d’histoire de l’art reprend. Nous en profitons alors pour partir à la découverte des ateliers qui ont tant donné envie aux étudiants de venir ici. Le hasard nous pousse au dernier étage, dans un charmant atelier de peinture mansardé, que se partagent une petite poignée d’étudiants. Mathilde, en deuxième année, a installé son bureau et son chevalet sous un immense vasistas. "L’an dernier, je me suis parfois sentie trop encadrée et frustrée de multiplier les petits projets inachevés", confie la jeune femme en éparpillant des diapositives photos sur son bureau. Elle ajoute : "Mais ce programme permet de faire le tour des ateliers". Plus de cours fixes ou très peu, Mathilde choisit désormais les enseignements à la carte, en fonction de ses envies et de ses projets. Les jeudis et vendredis, elle retrouve la tranquillité et les odeurs de peinture de son petit atelier. "J’ai déniché ces diapos chez mes parents. On y voit mon père à la mer, il a tout juste quatre ans, s’attendrit Mathilde. J’aime travailler sur ma famille. Ça me fait du bien." Son projet de création, très personnel, se met peu à peu en place.

Dès la première année, des projets individuels

Ils sont comme des coureurs sur la ligne de départ. Ils bouillonnent d’envie de s’élancer. À une centaine de kilomètres de Strasbourg, sur le campus de Mulhouse, les 33 étudiants en première année d’arts plastiques attendent impatiemment le feu vert qui lancera le tout premier projet pratique de la formation.

Perplexes, les étudiants choisissent leur option, et donc leur atelier (ici métal), enfin de première année. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant
Perplexes, les étudiants choisissent leur option, et donc leur atelier (ici métal), enfin de première année. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant

Fred Rieffel, professeur de design, et Olivier Létang, assistant enseignant volume, donnent les consignes de cet "exercice de remise en forme" : les étudiants doivent créer trois maquettes, trois bouteilles en papier de formes différentes. Ils peuvent plier, découper ou coller, mais pas mouler le papier sur une bouteille ou un autre objet. "À vous de vous débrouiller pour accomplir ce petit miracle. Vous disposez de trois heures", lance Olivier Létang. Le moment tant attendu est enfin arrivé, mais cet exercice basique de manipulation laisse les étudiants perplexes. Le papier est un matériau contraignant, fragile, difficile à structurer. Un véritable casse-tête chinois ! Certains prennent le temps de réfléchir, d’autres trifouillent la feuille blanche pour faire immerger des idées.

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Maxime fait partie des créatifs impatients. Il travaille en musique avec des écouteurs dans les oreilles. "J’ai plein d’idées, mais je galère pour les mettre en forme", rouspète-t-il, en se mordant les lèvres. Devant lui, le bout de papier enroulé sur lui-même s’écroule et se défait comme s’il était vivant. Maxime a 21 ans. Il a fait une année de MANAA (mise à niveau en arts appliqués) à Strasbourg, un voyage d’un an en Australie et en Asie du Sud-Est, ainsi qu’une classe préparatoire artistique à Colmar, avant de poser son sac à la HEAR. Dans l’immense salle des étudiants de première année, il a choisi un établi près d’un mur pour pouvoir y peindre des fresques.

Le tout premier projet pratique de la formation. Du papier, un peu de colle et beaucoup de créativité. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant
Le tout premier projet pratique de la formation. Du papier, un peu de colle et beaucoup de créativité. // © Pascal Bastien/Divergence pour l'Etudiant

Expérimenter pour innover

"C’est la première fois que je les vois", explique Fred Rieffel à propos de ses étudiants, et en s’approchant d’Apolline. La jeune femme attaque déjà la troisième sculpture. "À l’aise avec le papier" et "très vite inspirée", elle découpe des dizaines de petites franges pour donner du volume à ses réalisations. Elle vise la prestigieuse Design Academy d’Eindhoven (Pays-Bas). Emma, quant à elle, n’en revient toujours pas d’être là. Dans sa "famille scientifique", elle a réussi à imposer ses choix : un bac littéraire puis une école d’art. Ses petites sculptures en papier sont bringuebalantes. "Les idées les plus novatrices émergent des plus beaux ratages, précise Olivier Létang. Profitez de cet exercice pour expérimenter, on débriefe tous ensemble dans une heure".

Se former à la HEAR
La Haute École des arts du Rhin, c’est trois établissements en un : les sites d’arts appliqués de Strasbourg et Mulhouse, ainsi que l’Académie supérieure de musique de Strasbourg. Le cursus en arts appliqués comprend trois ans de cursus pour le DNA (diplôme national d’art) et deux ans pour le DNSEP (diplôme national supérieur d’expression plastique) conférant le grade de master.

La première année du premier cycle est une année "de découverte", pendant laquelle vous suivez des cours variés : dessin, vidéo, graphisme et numérique, ou encore phénoménologie de la couleur et de la lumière. Cette première année permet également de faire le tour de la diversité des ateliers : menuiserie, photographie, vidéo, bijou, bois, livre ou encore sérigraphie, ainsi que de définir vos orientations dans l’une des mentions : arts, arts-objets, communication graphique, illustration ou encore design textile.