1. Boursiers, faire une école de journalisme : yes, you can !
Décryptage

Boursiers, faire une école de journalisme : yes, you can !

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Des prépas peuvent aider les futurs journalistes à se mettre au niveau. // © Adobe stock / wellphoto
Des prépas peuvent aider les futurs journalistes à se mettre au niveau. // © Adobe stock / wellphoto

Les concours des écoles de journalisme reconnues par la profession sont impitoyables. Les épreuves de culture générale et, dans une moindre mesure, d'anglais sont réputées socialement discriminantes. Mais quel que soit le capital social et culturel de votre famille, lancez-vous ! Il existe des prépas gratuites pour vous aider.

On cause actualité internationale, ce jour-là à l’académie ESJ de Lille (École supérieure de journalisme), qui prépare les étudiants aux concours très sélectifs des quatorze écoles de journalisme reconnues par la profession. Christophe, pourtant titulaire d’une licence de sciences politiques, ne pipe mot, impressionné par l’aisance avec laquelle ses camarades débattent de la situation en Syrie. "J’ai eu l’impression de ne pas être doté d’une culture générale suffisante pour intervenir alors que je suis d’origine syrienne, en plus. Je me suis senti nul", raconte l’étudiant.

Le jeune Drômois, dont la mère occupait un emploi de secrétaire puis de femme de ménage, et dont le père est aide-cuisinier, est resté quasiment muet tout au long de la prépa. Nombre d’aspirants journalistes, qui n’ont pas bénéficié d’un important capital culturel par le biais de leurs familles, ressentent un malaise face aux épreuves de culture générale lorsqu’ils se lancent dans la préparation des concours des écoles. Celles-ci sont perçues comme socialement discriminantes et particulièrement difficiles à appréhender, tout comme peut l'être celle d'anglais.

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"Chez moi, à table, on ne parlait jamais littérature. On ne visitait jamais les musées. Je n’y ai jamais vu traîner de journaux, à part Le Dauphiné Libéré, quand quelqu’un de la famille y figurait en photo." Alors, le jeune homme qui ne regardait que le journal télévisé, se met à lire Le Monde et se branche sur France Culture. "Ce qui était banal pour mes camarades constituait un réel effort pour moi", se souvient-il.

"Creuser l'actualité pour préparer l'épreuve de culture générale"

Pour augmenter ses chances de réussite, Christophe s’inscrit parallèlement à la prépa "égalité des chances", réservée aux boursiers et lancée par l’ESJ de Lille et le Bondy Blog en 2009. L’aspirant journaliste y trouve les clés pour progresser. "Pour préparer les étudiants, on creuse l’actualité. Derrière chaque événement, nous regardons ce qu’il s'y trouve en culture générale", explique Rachel Bertout, responsable de la prépa. Aux concours des écoles, la culture générale est effectivement appréhendée à travers l’actualité. Par exemple, des questions sont posées en littérature en fonction des livres qui ont reçu un prix".

Si la culture générale et une maîtrise minimum de l’anglais restent perçus comme des préalables à l’exercice du journalisme, les écoles tentent tout de même, depuis quelques années, de leur accorder un poids moins déterminant. C’est le cas du CFJ (Centre de formation des journalistes) qui a enterré son QCM d’actualité et de culture générale. L’école sélectionne désormais ses candidats via dossiers et épreuves orales depuis l’année dernière.

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Do you speak English or not ?

De son côté, l’ESJ Lille a supprimé l’épreuve écrite d’anglais "pour éviter de ne recruter que des candidats triés sur le volet, qui ont fait des études à l’étranger ou pris des cours particuliers, reprend Rachel Bertout. En revanche, ceux qui postulent chez nous savent qu’ils devront faire valider un niveau d’anglais à l’oral. Ces étudiants ne doivent pas être pris au dépourvu si ils en ont besoin dans le cadre de leur mise en situation professionnelle et durant leurs stages."

La Chance pour la diversité dans les médias, une prépa gratuite qui épaule les boursiers depuis 2007, met aussi l’accent sur une remise à niveau en anglais. Mais son responsable de la commission pédagogique, Ronan Lancelot, déplore le poids de la langue de Shakespeare dans le processus de sélection des écoles. "Parmi nos étudiants, certains sont très bons dans d’autres langues comme l’arabe ou le hindi. Et c’est un point très fort. S’ils ne sont pas repérés par les écoles, c'est une perte pour le journalisme".

Boursier, tentez votre chance !

Les formations sont régulièrement accusées de cultiver un "entre-soi", ne reflétant en rien la diversité de la société française. "Quand je regarde la télé, je me dis 'tiens, ils sont tous blancs, ils sont tous blonds, ils ont tous des prénoms sortis du calendrier catholique ! Ah, il y a une fois un noir qui tient le micro'", ironise Ronan Lancelot.

Mais la tâche des écoles n’est pas si simple. Jean-Marie Charon, sociologue et chercheur sur les médias, rappelle que celles-ci "ne sont que le produit du système de sélection qui existe à tous les niveaux, en France. Les écoles se voient reprocher les défauts du secondaire et de l’université".

Christophe, lui, a réussi à renverser la situation. Le jeune homme intègre à la rentrée, l’IJBA (Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine), l'une des quatorze formations reconnues par la profession. Si vous êtes boursier, vous avez jusqu’au 29 septembre pour déposer un dossier de candidature à La Chance, pour la diversité dans les médias. L’ESJ Lille et le Bondy Blog proposent eux aussi une prépa égalité des chances. Lancez-vous !

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