Comment devenir journaliste politique ?

Par Mersiha Nezic, publié le 11 Mars 2020
6 min

Si vous êtes tenté(e) par le métier de journaliste politique, il faut être un(e) passionné(e) de l’actualité, avoir une grande capacité de travail et d'analyse. Faire une formation pour acquérir les techniques du métier est devenu un passage quasi obligé, même si la profession commence à s'ouvrir à la diversité des profils et des parcours.

"J'ai attrapé le virus à l’adolescence. À 16 ans, je me suis abonné à L’Express. Ce qui m’intéressait, c’était les pages politiques. Pourquoi ? Je ne sais pas, confiait en mars 2018 Jean-Michel Apathie, dans un entretien à France Info. Je n’ai jamais voulu faire de la politique mais ce qui m’intéresse, c’est de parler de politique, de l’analyser, de l’expliquer."

Le Béarnais est une figure incontournable du journalisme politique, connue du grand public, à l'image de Jean-Pierre Elkabbach ou d’Alain Duhamel. Actuellement, il officie tous les matins sur LCI avec sa chronique "L'édito Aphatie". L'homme à l’accent du Sud-Ouest fait vivre jour après jour, et cela depuis trente ans, les rebondissements de la vie publique aux Français. Avant LCI, il a connu France Info, France Inter, RTL, Europe 1, Canal+…

"Par le biais politique, on aborde, en réalité, tous les sujets"

Procès de l’ancien Premier ministre François Fillon, réforme des retraites, élections municipales… Dans les journaux, sur le web, à la radio ou à la télévision, les journalistes politiques s’évertuent à expliquer simplement et au plus grand nombre une actualité souvent complexe. Et ils sont plus "généralistes" qu'il n'y parait.

Camille Langlade a rejoint la rédaction de BFM TV en 2016.
Camille Langlade a rejoint la rédaction de BFM TV en 2016. // © Abaca Press – Jérôme Dominé

"Par le biais politique, on aborde, en réalité, tous les sujets, souligne Camille Langlade, cheffe du service politique de BFM TV. En ce moment, on traite le coronavirus sous un angle politique. À d’autres moments, on s’intéresse à l'international à travers, par exemple, les relations entre Donald Trump [le président américain] et l’Élysée. Quand on travaille sur les gilets jaunes, c’est du social et du sociétal."

Mais pour venir décrypter tous les après-midis les soubresauts de la vie politique sur le plateau de la chaîne d’infos en continu, où s’est formée la quadragénaire à la voix énergique ? Au Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) de Strasbourg, l’une des quatorze écoles reconnues par la profession. À l’instar de Camille, avant de se lancer dans le métier, la majorité des journalistes suivent désormais une formation pour apprendre à vérifier une information, enquêter, écrire…

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Des compétences en sciences politiques ?

Si les écoles ne mettent pas en place de cursus spécifique "journalisme politique", elles organisent pour certaines des sessions de formations pratiques et courtes. Ou bien elles proposent des enseignements de quelques heures hebdomadaires, comme par exemple l’Institut pratique du journalisme Dauphine-PSL (IPJ). Ceux-ci sont dispensés en binôme, par un politiste et un journaliste politique.

Si vous rêvez de suivre les pas de Camille Langlade ou de Jean-Michel Apathie, faut-il construire votre parcours post-bac en fonction de cet objectif ? "Des compétences ou un cursus en sciences politiques, sans être totalement indispensables, sont fortement recommandés, affirme Pascal Guénée, le directeur de l’IPJ. Les travaux en école de journalisme et ce que vous avez appris dans votre cursus antérieur peuvent ajouter des cordes à votre arc."

Acquérir des savoir-faire techniques avant de se lancer

Accéder à une formation vous permettra d'acquérir les techniques et de commencer à construire votre réseau professionnel. Difficile de se lancer en étant complètement novice en journalisme. "Il faut avoir le réflexe de vérifier une information, être capable de faire un duplex ou du montage, si vous arrivez dans une chaîne d’infos", explique Camille Langlade. Le métier exige d'avoir un bon esprit d'analyse mais aussi de l'engagement et de l'endurance. "L'actualité politique ne s'arrête jamais", reprend la journaliste.

À ses débuts, en sortant de l'école, la journaliste a fait ses armes chez Radio Vatican, à Rome, en tant que reporter, avant d'être nommée correspondante pour Europe 1 en Italie. Camille Langlade a découvert le secteur à la faveur du remplacement d’un collègue du service politique de la radio, où elle officiait il y a une dizaine d’années. En 2011, elle rejoindra le service politique de la station et elle couvrira la campagne de François Hollande pour l'élection présidentielle de 2012.

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Dans un milieu où les profils tendent trop à s’uniformiser, assumez votre singularité !

Le facteur chance joue un rôle indéniable dans le journalisme, un marché de l’emploi sinistré et où la précarité gagne du terrain. Il faudra vous débrouiller pour "être au bon endroit au bon moment", comme le résume Rachid Laïreche, journaliste politique à Libération. À 37 ans, il suit aujourd’hui la gauche en France.

Son parcours à Libération a pour le moins été atypique, il a débuté en 2005 à l’accueil. "J’avais fait un bac pro de comptabilité pour me retrouver en STAPS à la fac. Je ne savais pas trop quoi faire de ma vie. Ma belle-sœur, qui bossait dans une boîte spécialisée dans l’accueil, m’a trouvé un job à Libé le soir, puis la journée". Au fil des discutions avec les journalistes, il finit par mettre le pied à l’étrier. Son premier article, c’est un portrait du footballeur Christophe Dugarry. Pendant deux ans, il signe dans le quotidien tout en continuant à officier à l’accueil. "Je mettais un mois pour écrire un papier", se souvient-il.

Dans un milieu professionnel où les profils tendent trop à s’uniformiser et qui commence à peine à s’ouvrir à la diversité, ce journaliste conseille aux candidats potentiels de s’appuyer sur leur singularité. "Si vous venez formatés, vous êtes morts. On a déjà ça en magasin, dans les rédactions. Viens avec ton regard à toi. Ton style d’écriture à toi, fais la différence. Même le type du 5e arrondissement de Paris, il faut qu’il vienne avec ses codes à lui", affirme Rachid Laïreche.

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