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Enquête

Comment les écoles du numérique encouragent la diversité sociale ?

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L’École 42 a fait de l'ouverture sociale sa marque de fabrique. // © Stephane AUDRAS/REA
L’École 42 a fait de l'ouverture sociale sa marque de fabrique. // © Stephane AUDRAS/REA

#OUVERTURESOCIALE [Série spéciale]. Les établissements du supérieur dans le domaine du web et du numérique œuvrent pour une plus grande ouverture sociale. Les directrices de la Web School Factory et de l'Ecole 42 témoignent des mesures mises en place dans leurs écoles pour combattre les inégalités.

Un grand nombre d'écoles du numérique sont des établissements d'enseignement supérieur privés : la formation est par conséquent payante. Se pose alors la question du financement de la scolarité pour des étudiants qui ne disposent pas toujours des ressources financières suffisantes.

Pour répondre à cette problématique, certains de ces établissements mettent en place des actions en faveur de l'ouverture sociale dans le but d'attirer et de former de nouveaux profils.

Lever les barrières économiques

À Paris, la Web School Factory a créé la fondation Factory afin de permettre aux jeunes qui se dirigent vers la filière numérique de recevoir une bourse au mérite. Ce soutien financier ne s'adresse pas exclusivement aux étudiants de l'établissement.

"Nous avons mis en place des partenariats avec des banques pour avoir des prêts dits 'de talent', sans caution parentale, sur la base de notre appréciation des compétences des étudiants. Il est important d'accompagner celles et ceux qui rencontrent des contraintes économiques", explique Anne Lalou, directrice de la Web School Factory.

Avec le soutien de la Caisse d’Épargne Île-de-France, ce dispositif ne peut démarrer qu'à partir de la deuxième année de formation. "Nous accordons dix à douze bourses par an. L'école écrit un courrier à la banque pour signaler que cet étudiant donne toute satisfaction et montre un réel potentiel." La bourse est néanmoins remise en jeu chaque année.

"Une chose assez évidente pour favoriser la diversité et l'inclusion est le fait que notre établissement est gratuit", se réjouit quant à elle, Sophie Viger, directrice de l’École 42. L'établissement, labellisé Grande École du Numérique, permet même à un étudiant sans revenus de bénéficier d'une aide financière d'environ 500 euros par mois.

L'École 42 laisse également ses étudiants libres d'organiser leur emploi du temps comme ils le souhaitent. Il peuvent ainsi trouver un emploi à mi-temps et poursuivre leur apprentissage dans le numérique.

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Lutter contre le décrochage scolaire

Afin de combattre le décrochage scolaire, les établissements du numérique mettent de nombreuses passerelles à disposition des jeunes qui souhaiteraient reprendre des études.

"Nous avons créé un programme dédié à l'ouverture sociale dans le numérique sur des métiers en tension", explique Anne Lalou. La Tech and Code Factory accueille des étudiants dans une formation post-bac en apprentissage afin de former la nouvelle génération de développeurs. La formation est accompagnée par plusieurs partenaires comme la Mission Locale ou Pôle Emploi. "Nous donnons accès à un parcours en trois ans à des personnes d'horizons très divers et qui vont percevoir une rémunération en deuxième année."

Un second programme a été mis en place en partenariat avec la mairie de Paris : l’Étape Design. "On est vraiment positionnés sur les décrocheurs et la réinsertion avec une formation dans le web-design." Les étudiants travaillent en mode projet pendant cinq mois et acquièrent des compétences spécifiques à ce domaine, comme la manipulation des outils graphiques. Ils effectuent ensuite trois mois de stage ou de mise en situation professionnelle au sein de la formation. Près de 60% des jeunes poursuivent leurs études en niveau bachelor.

"Apprendre des autres est une richesse et une force"

L’École 42 a, elle, fait de l'ouverture sociale sa marque de fabrique. L'établissement accueille des étudiants provenant de tous les horizons et ne demande pas de pré-requis de diplôme. "Chacun avance à sa propre vitesse. Il y a un état d'esprit multigénérationnel et socialement hétéroclite qui permet d'apporter une très grande diversité : apprendre des autres est une richesse et une force", affirme Sophie Viger.

"Il y a un potentiel énorme qui doit rester ouvert. Le monde numérique c'est aussi le monde de demain. Il faut absolument que tous les outils soient conçus par une pluralité de profils." Dans le but de promouvoir une meilleure égalité des chances, l'Ecole 42 expérimente un projet avec l’Éducation nationale : l'apprentissage du code dès le plus jeune âge à l'école "afin d'avoir les connaissances minimales pour évoluer dans un monde plus numérique."

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Organiser l'accompagnement de l'étudiant

L'apprentissage par la pratique (ou "learning by doing") dans le numérique représente une formidable opportunité selon Anne Lalou. "Il est très important que les jeunes soient dans une mise en application et qu'on leur donne le socle de compétences et de méthodologie pour leur permettre de devenir des acteurs de la société. Il faut leur apprendre à acquérir une certaine autonomie."

L'apprentissage passe également par le développement d'un savoir-être. "C'est être capable d'accepter les règles de collectif et de savoir-vivre ensemble, savoir se positionner dans un groupe quand on travaille en mode projet, continue la directrice de la Web School Factory. Il faut trouver la la bonne pédagogie qui va accompagner la réinsertion. C'est quelque chose qui est probablement davantage pris en compte dans le secteur du numérique."

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