Election présidentielle : une mise en situation inédite pour les étudiants en journalisme

Par Pauline Bluteau, publié le 07 Avril 2022
7 min

Si 2022 n'est pas une année anodine pour les médias, elle l'est encore moins pour les journalistes en devenir. Dans les écoles, les projets ont émergé pour couvrir la présidentielle. C'est le cas à l'ESJ Lille, l'EJCAM et Sciences po Paris où le contexte politique a mis les étudiants en effervescence.

Vivre la campagne électorale pour une présidentielle dans une rédaction est un moment à part mais ça l'est tout autant dans les écoles de journalisme. "C'est un événement qui donne du sens à leur cursus, une expérience fondamentale pour les futurs journalistes", explique Alice Antheaume, directrice exécutive de l'Ecole de journalisme de Sciences po Paris.

Loin de l'ambiance parisienne, à Lille et Marseille, Jean-Baptiste et Maxime ne diront certainement pas le contraire. Pour les deux étudiants, leur dernière année à l'ESJ (Ecole supérieure de journalisme) Lille et à l'EJCAM (Ecole de journalisme et de communication d'Aix-Marseille) aura une saveur qu'ils ne sont pas prêts d'oublier.

Des projets journalistiques ambitieux pour une année présidentielle exceptionnelle

Dans les écoles de journalisme, l'année aura été placée sous le signe de la campagne présidentielle. À Sciences po, tout est prêt depuis un an. "On construit une pédagogie complètement différente, un 'one-shot' qu'on ne peut pas reproduire pour une autre année", explique la directrice. Exceptionnellement, les 160 étudiants en master 1 et master 2 ont donc suivi deux nouveaux cours intitulés "Analyse des discours et opinion publique" et "Projets politiques et choix économiques".

Mais ce n'est pas tout, les étudiants ont réalisé différentes productions en lien avec la présidentielle sur différents formats, et ce, tout au long de l'année. Pour finir en beauté, les 10 et 24 avril prochains à l'occasion du premier et second tour, les futurs journalistes animeront une édition spéciale en live de 15 heures à minuit au sein de leur établissement.

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Une couverture journalistique de la présidentielle quasi professionnelle

Des directs, les étudiants en master 2 à l'ESJ Lille y sont déjà habitués. Pendant près d'un mois, la promotion a animé un live quotidien "Le menu présidentiel" sur Twitch. Soutenu par Ouest France, l'enjeu était de taille. "On a eu trois semaines pour tout imaginer : le format, l'émission, le décor… C'était intense, confirme Jean-Baptiste. On est parti de zéro et trois jours avant le premier live, rien n'était prêt. On avait peur !" Au programme de ces deux heures d'émission : un décryptage de l'actualité politique mais à travers les coulisses ou plutôt, "les cuisines de la campagne".

Une manière de parler de la présidentielle de manière plus décalée, avec des sujets plus froids (et "pas toujours faciles à trouver"), mais aussi des invités comme Ségolène Royal, Gaspard Gantzer et différents directeurs de campagne des candidats. Le plus difficile pour les étudiants : réussir à trouver un équilibre entre leur rôle de journaliste et le ton léger de la plateforme Twitch. "On a dû aussi gérer en direct les problèmes techniques et le tchat : parfois, les questions venaient bousculer complètement l'interview mais c'est ce qui était aussi le plus intéressant", affirme Jean-Baptiste.

Les étudiants de l'ESJ Lille ont animé 18 lives sur les cuisines de la campagne présidentielle.
Les étudiants de l'ESJ Lille ont animé 18 lives sur les cuisines de la campagne présidentielle. // © Capture d'écran

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La présidentielle, terrain d'application inédit pour les futurs journalistes

L'EJCAM a elle aussi fait le pari du direct. Pendant six semaines, les étudiants en master 2 ont préparé différents sujets sur "La présidentielle vue de Marseille". Comme le ferait France Info, la promotion a publié tous ses contenus le 17 février sur son site "Le 13 informé". Avec six autres camarades, Maxime a quant à lui travaillé sur le live qui devait clore cette journée. "On est parti d'un constat partagé par les médias : les jeunes ne s'intéressent pas à la politique. Mais autour de nous, on a plein d'amis qui s'engagent d'une autre manière. Alors, on a voulu mettre cet engagement en avant. L'émission devait durer 30 minutes, on a été bavard, elle a duré une heure", se souvient-il.

Un petit exploit pour les étudiants qui ont tout géré de A à Z. Ce projet sur un temps long était d'ailleurs très attendu par les aspirants journalistes, ravis de prendre le temps de réfléchir à des sujets qui leur tiennent à cœur. "On a l'impression que c'est une application concrète de tout ce qu'on a appris depuis deux ans à l'école", estime Maxime.

Les étudiants de l'EJCAM ont réalisé une heure d'émission autour de l'engagement des jeunes.
Les étudiants de l'EJCAM ont réalisé une heure d'émission autour de l'engagement des jeunes. // © Photo fournie par le témoin

C'est aussi le message qu'espère faire passer Alice Antheaume à Sciences po. "Au début de l'année, on leur dit que le journalisme est un sport collectif, cette année donne tout son sens à cette phrase, ils ont une représentation concrète de leur métier." Pendant leur direct, les 160 étudiants auront tous un rôle défini : les envoyés spéciaux en région, ceux accrédités dans les QG des candidats, ceux en desk (préparer des sujets vidéos), sans compter les présentateurs, ceux qui s'occuperont des flash infos, les interviewers…

"Ils sont stressés, ont peur de ne pas être au niveau mais ils sont aussi très heureux parce que pour eux c'est une chance, ils sont impressionnés. Ça fédère forcément une promotion", confie la directrice de l'école parisienne.

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Se tester avant d'intégrer une rédaction

Et au-delà, d'un point de vue journalistique, cette expérience n'a pu être qu'enrichissante pour les étudiants. Ce mois de directs dans une ambiance de rédaction a été une révélation pour Jean-Baptiste, pourtant plus intéressé par le sport que la politique en général. "J'ai appris vraiment plein de choses, j'ai étudié des sujets plus en profondeur et je n'aurais pas eu l'occasion autrement."

Également plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral, l'étudiant a changé d'avis sur le format audiovisuel. "Je vois que j'ai progressé au niveau de mon aisance, cela m'a réconcilié avec l'image parce que j'ai aimé ce format sur Twitch qui offre beaucoup de liberté et une interaction avec les gens." En alternance au journal L'Est républicain, le futur diplômé envisage même de proposer ces formats à d'autres médias.

À l'EJCAM, Maxime pense lui aussi à l'après. Fier du résultat et des retours positifs qu'il a reçu sur le live, l'étudiant a pris confiance en lui et en ses idées. "C'est satisfaisant, à quelques mois d'être diplômé, on se dit que bon… ça va…on a le niveau, s'exclame-t-il. On a montré ce qu'on était capable de faire, ça nous rassure." Le jeune homme espère lui aussi développer ce genre de contenus dans des médias qui lui laisseront cette opportunité.

Car année présidentielle ou non, l'enjeu de l'insertion professionnelle reste primordial pour les diplômés et partagé par les formations de journalisme. Comme le confirme Alice Antheaume, "à travers cet événement, on veut convaincre les employeurs" et leur montrer que la jeune génération ne manque pas d'idées pour l'avenir…

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