Étudiantes vétérinaires, elles ont vécu une expérience inégalable au cœur de la Grande Odyssée Savoie-Mont-Blanc

Par Yoann Palej, publié le 31 Janvier 2020
6 min

La célèbre course de chiens de traîneaux, la Grande Odyssée, intègre, depuis sa création, des étudiantes à son équipe de vétérinaires chevronnés. Cette année, Cannelle, Emma et Margot sont venues se confronter à la réalité du métier. Rencontre en Savoie...

Dans les gestes, rien ne laisse transparaître un manque d’expérience. Seule la mention "étudiant Team Veto", cousue sur leurs bonnets rouges, permet de les distinguer. Ce jour-là, au départ de la 6e étape de la célèbre course internationale longue distance de chiens de traîneaux la Grande Odyssée Savoie-Mont-Blanc, à Valmorel (73), station familiale de la vallée de la Tarentaise, en Savoie, la neige tombe en abondance et la visibilité est moindre. Emmitouflée dans sa combinaison, Cannelle Fauquet, étudiante en 5e année à l’école nationale vétérinaire (ENV) de Toulouse (31), s’agite. "On vient de finir le brief et il va y avoir un contrôle anti-dopage inopiné", chuchote-t-elle à deux pas des mushers (les pilotes d’attelage, ndlr).

Des conditions de travail uniques pour une expérience exigeante

Accompagnée par Margot Leroux et Emma Lecostey, respectivement en 4e année à l'ENV Nantes et à l'ENV Lyon (avec l'ENV Maisons-Alfort, seuls 4 établissements de l’enseignement supérieur forment des vétérinaires*), elle ausculte des chiens sous le regard bienveillant de la chef vétérinaire, Sandrine Pezard Van Parijs : "C’est un travail exigeant où la rigueur est essentielle". D’un signe de la tête, les filles acquiescent. "Parfois, on commence à 8h et on termine à 23h30, les journées sont longues…", détaille Margot.

Mais de l’aveu de toutes, "c’est une expérience inégalable". "On se retrouve face à des pathologies que l’on ne voit pas tous les jours pendant notre cursus, ajoute Emma. On a la chance de découvrir pas mal de cas cliniques et d’apprendre à les gérer." Avec en prime l’accès à un arsenal diagnostique et thérapeutique unique sur une course à étapes : radiographie numérique, échographie, automate d’hématologie, biochimie, électrocardiogramme et analyse sanguine. "On se sent privilégiées", reconnaissent-elles.

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"Ça bouge plus qu'à l'université !"

Se confronter à la réalité fait aussi naître des vocations. "J’ai toujours été intéressée par l’ostéopathie mais je trouvais compliqué de rajouter ça à mon cursus classique (7 ans dont 2 de prépa et 5 de formation théorique et clinique), avoue Cannelle. Aujourd’hui, je suis convaincue de faire la formation. Même si c’est 3 ans de plus, je pense que c’est un atout considérable dans notre métier."

La lutte anti-dopage impose en effet l’usage quasi exclusif de la médecine complémentaire (ostéopathie, physiothérapie et phytothérapie) pour régler les bobos des athlètes canins. "C’est ce que j’aime ici, commente Emma, choisie pour encadre le contrôle anti-dopage. On ne sait jamais ce qui va se passer, il faut sans cesse se remettre en question et s’adapter aux événements. Ça bouge plus qu’à l’université !" Quelques minutes plus tard, le premier attelage arrive enfin. "Je dois aller ausculter (un 'vet check' en langage veto) un des Alaskan Husky, lâche Cannelle. Je vais regarder s’il y a des saignements au niveau des coussinets, des diarrhées d’effort ou des fatigues visibles."

Avec la lutte anti-dopage, les vétérinaires doivent utiliser la médecine complémentaire pour soigner les blessures des chiens engagés sur la Grande Odyssée.
Avec la lutte anti-dopage, les vétérinaires doivent utiliser la médecine complémentaire pour soigner les blessures des chiens engagés sur la Grande Odyssée. // © Benoit Diacre

Le travail est minutieux, essentiel pour le bien-être et la santé des 500 chiens engagés sur cette épreuve hors normes (400 km à parcourir pour un dénivelé positif de 13.000 m). "On est en étroite collaboration avec les 'mushers' qui connaissent parfaitement leurs chiens et nous aident à les appréhender", reconnaît Cannelle.

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Un apport précieux pour la thèse d'exercice vétérinaire

Une fois leur journée "classique" terminée, les étudiantes ont une autre mission. Et non des moindres, il s’agit de compiler les informations pour leur thèse. "En école vétérinaire, on n’a pas de spécialisation, précise Cannelle. On a quatre années de tronc commun et une année d’approfondissement dont six mois consacrés à la thèse." Indispensable pour obtenir le titre de docteur vétérinaire.

Cette année, les sujets sont riches : l’usage de la caméra thermique, l’impact de la race sur les pathologies et l’usage d’une algue antioxydante pour éviter les diarrhées d’effort. "Je veux que cette expérience soit quelque chose qui dure dans le temps, pour elles et pour nous, prolonge Sandrine Pezard Van Parijs, responsable de ce groupe de travail. C’est un très bon apprentissage et elles œuvrent pour les générations futures."

Les étudiants de la "Team Veto" sont aux petits soins des chiens qui doivent parcourir 400 km lors de la Grande Odyssée.
Les étudiants de la "Team Veto" sont aux petits soins des chiens qui doivent parcourir 400 km lors de la Grande Odyssée. // © Romain Tissot

Symbole de cette transmission, Aurélie Delattre est bien placée pour parler. La 3e du classement général catégorie Open faisait partie des étudiantes de la Team Veto en 2016. "Ça a été un vrai déclic, une révélation dans mon parcours, reconnaît-elle. Je ne peux qu’encourager les étudiantes des écoles à venir vivre cette aventure. Cela vaut tous les cours théoriques du monde… !"

* L’accès aux écoles nationales vétérinaires se fait par concours. Le nombre de places est fixé par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. En 2019, 636 places ont été ouvertes, toutes voies d’accès confondues.

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