1. HEC et 42 : un programme détonant pour créer sa start-up numérique
Reportage

HEC et 42 : un programme détonant pour créer sa start-up numérique

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L'Ecole 42 et HEC proposent depuis la rentrée 2015 une spécialisation commune en entrepreneuriat digital. // © William Beaucardet
L'Ecole 42 et HEC proposent depuis la rentrée 2015 une spécialisation commune en entrepreneuriat digital. // © William Beaucardet

42, l’école des développeurs un peu rebelle, et la vénérable HEC ont ouvert à la rentrée une spécialité commune en entrepreneuriat digital. La rencontre du 3e type ? Non, un cocktail détonant au service de la création de start-up numériques.

Plonger les “bons élèves” de HEC dans la piscine d’initiation au code de l’école 42 et proposer des cours de stratégie et de marketing aux développeurs de 42, adeptes de l’autoapprentissage. Inhabituel ? Sans doute. Favorable à la créativité ? Sûrement. C'est en tout cas ce qu'espèrent les deux partenaires, qu’en apparence tout oppose, à l'initiative de la majeure "digitale, option entrepreneur", une spécialisation commune, mise en place officiellement à la rentrée 2015, après 1 an d’expérimentation.

Objectif : faciliter la création de start-up numériques en misant sur la complémentarité des profils : développeurs, managers, ingénieurs, designers... Accessible aux étudiants et aux jeunes diplômés de 42, de HEC et de l'université Paris-Saclay, le dispositif est aussi ouvert sur l’extérieur.

La difficulté en matière d'entrepreneuriat : former la bonne équipe

“La difficulté aujourd'hui en matière d’entrepreneuriat n’est pas de trouver des fonds, ni des structures d’accompagnement, mais de réussir à former les bonnes équipes, d’où le sens de notre projet”, explique Julien Lévy, le directeur du Centre digital de HEC qui a poussé à la signature de ce partenariat avec l’école 42. “C’était l’occasion rêvée de trouver des partenaires avec des compétences techniques pour les étudiants de HEC qui voulaient monter leur entreprise. Et pour l'école, de montrer qu’elle n’était pas une vieille dame confite dans ses habitudes, mais une structure innovante, capable de prendre des risques”, poursuit-il.

L’innovation et l’envie d’entreprendre naissent de la rencontre de personnes venues d’horizons divers. Notre collaboration avec HEC est un peu la rencontre entre ce qui se fait de mieux, chacun dans sa catégorie", renchérit Nicolas Sadirac, le directeur général de 42, qui compte des partenariats avec beaucoup d’autres établissements.

"Créer des bases communes de dialogue”

L'année dernière, les 2 établissements ont expérimenté une formation à l'entrepreneuriat. Avant tout conçue pour répondre à des difficultés opérationnelles – celle des managers à intégrer la composante technique et celle des développeurs à penser business –, cette coopération a été un succès.

Les 2 écoles ont choisi de transformer l'essai en se concentrant sur le lancement de start-up. Au menu de la spécialisation : une pincée de cours (design thinking, marketing, stratégie...) façon HEC, de la résolution de problèmes manière 42, le tout infusé de "learning by doing". "Le but de la formation est de créer des bases communes de dialogue et surtout de susciter des questions afin de générer une émulation globale", résume Nicolas Sadirac.

Des challenges jusqu’à fin décembre, avant la sélection

La spécialisation "digital entrepreneur" ne commencera à proprement parler qu’en janvier 2016. Mais, depuis la rentrée, plus de 120 étudiants – une cinquantaine d'élèves de la majeure digitale de HEC, une quinzaine d'élèves de Télécom Paris et une soixantaine de développeurs de 42 – ont participé à des challenges et à différents pitches. L'idée ? Faciliter les rencontres entre étudiants et l’émergence de projets novateurs.

À la fin de l’année, un jury d'enseignants et de professionnels sélectionnera les projets capables de passer à la phase “d’accélération”. Les 120 élèves de la première phase du dispositif seront rejoints par une quinzaine d'étudiants de la majeure entrepreneur de HEC, une vingtaine d’autres de Paris-Saclay, plus tous les membres des équipes issus d'autres établissements. Les organisateurs ne se sont pas fixés de numerus clausus : "Selon la qualité des projets, nous devrions retenir entre 20 et 30 équipes, soit de 70 à 100 étudiants, mais nous serons exigeants", insiste Julien Lévy.

De janvier à mars 2016, épaulés par des coachs et une palette d'experts, les entrepreneurs en herbe apprendront à développer et à pitcher leur projet, qu’il soit à l’état d’idée ou déjà bien avancé : “On va les aider à se professionnaliser”, souffle Julien Lévy. En ligne de mire : la présentation finale devant un parterre de business angels, responsables de fonds d'amorçage et d'accélérateurs à Paris et Londres.

À la fin de ces 9 semaines, toutes les équipes devront être capables de se lancer : soit en démarrant leur activité, soit en levant des fonds, soit en intégrant un programme d'incubation.

“C'est déstabilisant, mais, au final, extrêmement enrichissant”

Adrien Salamon (HEC 2015) et cofondateur de la start-up Balibart, a participé au programme dans sa phase test, l’année dernière. Une expérience particulièrement riche, autant sur le plan pédagogique qu’humain : "Nous avons commencé par une mini-piscine de code. Tous les jours, on avait une série d’exercices à rendre sur le serveur. On utilise beaucoup de tutoriels, de forums... C’est très différent de HEC, avec les amphis, les profs.”

Les étudiants ont aussi des manières diamétralement opposées de penser ou d’aborder l’entrepreneuriat : “Tout ça, au début, c'est déstabilisant, mais, au final, extrêmement enrichissant. Se confronter à des problèmes ensemble nous a permis d’apprendre à parler le même langage. Nous avons aidé les développeurs à s’adresser à des investisseurs, et eux nous ont aidés à repenser tout le parcours client de notre site Internet.”

Pour que la mayonnaise prenne, tous les membres de l'équipe doivent accepter de s'impliquer dans la totalité du processus créatif, et pas seulement sur leur spécialité, insiste Nicolas Sadirac. Le développeur doit participer au business plan, le manager au design. Il se pose en perturbateur, c'est ce qui permet de remettre en cause les automatismes, d'être plus créatif et plus disruptif."

Comment ça marche ?
Vous êtes étudiant ou jeune diplômé de l'université Paris-Saclay et vous avez un projet de création d'entreprise ? Vous pouvez désormais bénéficier du programme de lancement de start-up proposé par HEC et l'école 42. Ceux dont les projets seront retenus bénéficieront d'une mise à niveau (stratégie, marketing et finance) sur le campus de HEC, avant de rejoindre le programme d'accélération à l'école 42.
La formation est financée par Paris-Saclay et débouche sur un certificat d'entrepreneuriat digital. Une vingtaine d'étudiants devraient se lancer cette année.
Plus largement, le programme est ouvert à tous, à condition de faire partie d'un projet de start-up porté au moins par l'une des 3 écoles.