1. L'école 42 de Xavier Niel : ce qu'en pense un développeur
Reportage

L'école 42 de Xavier Niel : ce qu'en pense un développeur

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Nicolas Sadirac, Florian Bucher, Xavier Niel et Kwame Yamgnane lors de la conférence de presse sur le lancement de l'école 42, le 26 mars 2013. // © Camille Stromboni
Nicolas Sadirac, Florian Bucher, Xavier Niel et Kwame Yamgnane lors de la conférence de presse sur le lancement de l'école 42, le 26 mars 2013. // © Camille Stromboni

Xavier Niel, le patron de Free, a lancé, fin mars 2013, l'école 42. Objectif : former, gratuitement, 1.000 petits "génies de l'informatique", en trois à cinq ans, sans exiger de diplôme à l'entrée, ni en délivrer à la sortie. Qu'en pensent les développeurs ? Maxime Lardenois, concepteur développeur de services chez Orange depuis 4 ans, après 3 ans d'apprentissage à Télécom Bretagne, donne son point de vue.

La nouvelle école de Xavier Niel peut-elle permettre de remédier au déficit de développeurs en France ?

Maxime Lardenois - developpeur - école 42

Maxime Lardenois, concepteur développeur
de services chez Orange depuis 4 ans. //
© Photo fournie par le témoin.


Le projet de Xavier Niel est difficile à situer. Son programme ressemble à n'importe quel cursus d'école supérieure en informatique, mais il est uniquement axé sur la programmation, avec un peu de réseau... Pour moi, le problème n'est pas forcément celui de la formation en France. Bien sûr, les grandes écoles privées sont chères, mais j'ai l'impression que la majorité des développeurs est issue des grandes écoles publiques.

D'où vient le problème alors ?

C'est plutôt une question d'image. Les écoles d'ingénieurs ont parfois une vision trop abstraite du travail de développeur. J'étais, pour ma part, en alternance, donc en contact direct avec le monde de l'entreprise, mais à l'école, on nous rabâchait surtout qu'on était d'abord ingénieur, et que l'on pouvait commencer comme développeur, mais pour évoluer ensuite. C'est peut-être ici que naît la mauvaise image du métier de développeur. Quand on évoque le secteur du développement, on parle aussi toujours des "petits génies de l'informatique", des mots de Xavier Niel. Il n'y a pas toujours besoin d'être un génie ! Je n'en suis pas un, je suis un développeur normal, et il n'y a pas de honte à cela.

Un développeur peut-il être recruté aujourd'hui sans diplôme, comme le propose l'école 42 ?

D'après mon expérience, non. Pas en tant que développeur dans une entreprise. Le fait que l'école 42 ne délivre pas de diplôme est un problème. Dans un premier temps, les étudiants ne pourront pas intégrer les SSII [sociétés de services en ingénierie et informatique]. Ils auront 3 possibilités : monter leur entreprise, trouver un poste dans une start-up ou aller travailler dans une des entreprises partenaires de l'école, telle que Free. Heureusement, au bout d'un certain temps, ce qui va compter pour un développeur, c'est ce qu'il a réalisé, plus que les diplômes.

Quels sont, selon vous, les points forts d'une formation en école d'ingénieurs ?

La diversité des apprentissages. En école d'ingénieurs, on ne fait pas que de l'informatique. On suit des cours de sciences humaines, de langues vivantes, de droit, et on a un peu de philosophie si on a de la chance. C'est beaucoup moins spécialisé que l'on peut le croire. Quant à ceux qui disent que les cursus sont "vieux", avec au programme des technologies dépassées, il me semble que c'est globalement faux.

Qu'est-ce que l'école 42 peut apporter de plus ?

Déjà, son lancement fait que l'on parle du métier de développeur ! Par ailleurs, si l'école acquiert une légitimité, elle pourra fonctionner, et les étudiants pourront intégrer les SSII. Mais je crains que les premiers sortis ne paient les pots cassés. Il y aura des personnes qui y seront formés et qui n'auraient pas pu l'être ailleurs, ce qui est très bien ! L'école 42 ouvre ainsi la formation, mais je ne pense pas qu'elle bousculera les profils des développeurs.

Les entreprises apprécient l'initiative de Xavier Niel

Du côté du monde professionnel, les réactions sont positives. "Cet établissement est un produit d'avenir, affirme Patrick Valverde, directeur de TVT Innovation, qui accompagne les entreprises numériques dans la région toulonnaise. Aujourd'hui, les contenus de formation doivent être en lien direct avec le monde de l'entreprise, pour répondre aux besoins du secteur. Et puis, ce qui est intéressant dans la démarche de Xavier Niel, c'est qu'elle donne une chance à des jeunes qui n'ont pas forcément réussi dans un cursus classique. Pour moi, c'est porteur d'espoir."

Au sein de Pasc@line, association qui regroupe des entreprises du numérique et des écoles d'ingénieurs, les visions divergent. "Il y a une réaction méfiante de la part des acteurs institutionnels concernant, par exemple, la sélection des étudiants, constate Christian Colmant, délégué général de la structure. Mais les entreprises se reconnaissent plutôt dans ce mode de fonctionnement."

La société d'ingénierie et de recrutement Ametix a, de son côté, annoncé d'emblée son soutien à l'école 42, en faisant une "offre d'embauche ferme aux 1.000 premiers sortis de 42, pour un salaire annuel brut de 45.000 €", à des postes de lead développeurs, directeurs techniques et architectes Web. 

Céline Authemayou