1. Comment faire un premier film en tant que réalisateur ?

Comment faire un premier film en tant que réalisateur ?

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Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

Avec une sélection pour la Semaine de la critique à Cannes en 2009, des critiques chaleureuses et 170.000 entrées, son premier long métrage est une réussite. Mathias Gokalp est le réalisateur de "Rien de personnel", sorti en salle en septembre 2009. 10 ans se sont écoulés entre la fin de sa formation à l’INSAS (Institut national des arts du spectacle et des techniques de diffusion) à Bruxelles et ce premier film. Vous vous dites peut-être que Mathias Gokalp est du genre un peu lent. Détrompez-vous ! C’est tout le contraire. Il est le premier de sa promo à avoir réalisé un premier long métrage. Une envie née lorsque Mathias n’avait que 7 ou 8 ans, et qui n’a cessé de grandir avec lui. Vous ressentez la même ? Alors n’hésitez pas à vous inspirer librement du parcours de Mathias pour sortir votre film en 2022 !


Une vocation qui naît tôt et ne se couche pas de bonne heure

 
Enfant, Mathias Gokalp fréquente assidûment les salles obscures de ses grands-parents, exploitants. Dès l’âge de 10?ans, il commence à filmer en super 8. Bon élève et grand lecteur, il décroche un bac C (ancien bac S), poursuit ses études supérieures en prépa littéraire et enchaîne avec une maîtrise de lettres modernes. "Les études de lettres étaient ce qui me demandait le moins d’effort et me laissait donc le plus de temps pour faire des courts métrages", se souvient-il. Pendant ses années à la fac, Mathias en réalise 3, grâce à des bourses du type Défi-jeunes, subvention en cofinancement proposée alors par le ministère de la Jeunesse et des Sports. "Chaque court était réalisé avec un petit budget, autour de 500 à 1.000€", précise-t-il.


Une école de cinéma en Belgique

 
Fort de son expérience, et toujours sûr de sa vocation, il tente le concours de la Fémis, et celui de l’INSAS, école publique belge réputée et axée sur le documentaire. À ce moment-là, Mathias aurait sans doute préféré être reçu à la Fémis, mais il est choisi par l’INSAS, qui fait un effort louable "pour ne pas sélectionner que des candidats qui ont des profils de normaliens" et prend en compte les travaux personnels déjà menés par le candidat. Avec le recul, il estime que son "expérience ailleurs qu’en France, où l’héritage cinémato­graphique est lourd, constitue un énorme avantage". D’autant qu’il tombe dans une promo formidable, composée de gens avec lesquels Mathias s’entend très bien. Parmi eux se trouve Ariane Mellet, chef monteuse, qui montera tous ses films, y compris "Rien de personnel".

> Pour en savoir plus sur les cursus et les admissions à l’INSAS.


Le temps d’apprendre

 
Le réalisateur rencontre alors des comédiens, des producteurs et des techniciens et agrandit sa famille de cinéma. "À l’époque, le monde du court métrage était plus ouvert qu’aujourd’hui. Depuis 15 ans, le secteur s’est professionnalisé", reconnaît Mathias. De ses 4 années d’école de cinéma, il garde le souvenir d’un "temps de réflexion, d’une éducation systématique, d’une approche construite qui permettaient d’avoir une vue d’ensemble. Et de la mise à disposition des moyens matériels nécessaires pour travailler sans impératifs de financements ni contraintes pesantes." En 1e année, Mathias réalise un documentaire de 4 minutes sur lequel il travaille 6 mois, puis un autre de 20?minutes en 3 mois et enfin un projet personnel tout au long de la dernière année. Mathias signe ensuite la réalisation de 2 courts métrages, qui l’amènent à fréquenter les festivals. Et à rencontrer Christophe Orcand, chef opérateur sortant de l’école Louis-Lumière, qui l’accompagnera sur son premier long métrage.


Rencontre avec ses producteurs

 
L’un de ses court métrages reçoit une aide du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) et le réalisateur part alors en quête d’un producteur en France. C’est là qu’il rencontre Antoine Rein et Fabrice Goldstein, jeunes gens de son âge diplômés de l’ESSEC, grande école de commerce, et qui démarrent la production de courts. S’il est certain qu’il aurait fait du cinéma même sans passer par une école, Mathias avoue y avoir trouvé un sentiment de légitimité par la reconnaissance de son désir. Un sentiment qu’il juge essentiel "dans un métier difficile d’accès, qui impose de faire preuve d’une motivation énorme et d’une détermination aveugle". Avec ses producteurs, la confiance et l’émulation s’accompagnent d’un vrai dialogue artistique. Mathias participe à l’élaboration de 3 courts métrages et 2 documentaires à leur demande. 2 courts métrages le distinguent. "Mi-temps", nominé aux European Film Awards en 2002, et "Le Droit Chemin", qui obtient le Prix SACD à la Quinzaine des réalisateurs en 2004.

> Pour en savoir plus sur les aides du CNC.


L’immense chemin d’un long métrage, d’une idée à la projection en salle

 
Assistant sur des courts, des moyens métrages et des documentaires pour la télé, Mathias fait également ses armes comme assistant en régie du journal télévisé de la RTBF (Radio télévision belge francophone). Pendant ce temps, il se lance dans l’écriture d’un projet de premier long métrage, sur une jeune femme qui s’occupe de personnes âgées. Après 4 ans d’écriture et de recherche de financements, ce projet n’aboutit pas. Cette épreuve n’entame en rien la motivation de Mathias, qui tire les leçons de son expérience et se lance dans l’écriture d’un nouveau projet avec une co-scénariste rencontrée lors de l’élaboration de ce premier scénario. Mathias Gokalp travaille pendant 1 an avec Nadine Lamari et le projet est validé par les producteurs, rencontrés 10 ans plus tôt. Antoine Rein et Fabrice Goldstein ont grandi avec lui et réalisé depuis quelques longs métrages. S’ensuivent 2 ans d’écriture et 1 an de recherches de financements, en parallèle desquelles le jeune homme gagne sa vie en réalisant des captations de conférences scientifiques et en intervenant dans les lycées parisiens ou au Cours Florent, sous l’impulsion du Pôle d’éducation à l’image de la Ville de Paris, puis en province, à la demande de Pôles identiques en région. "Il y a des moments où l’on a le sentiment de s’éloigner de ce que l’on veut vraiment faire, admet Mathias Gokalp, mais l’enseignement permet de garder un pied dans la réalité. C’est une des tensions de ce métier : trouver le temps libre pour mener des projets et avoir des activités qui permettent d’avoir des revenus."


Casting et financements, étroitement imbriqués

 
Le scénario de "Rien de personnel" est presque abouti lorsque Mathias échange avec ses producteurs à propos des acteurs susceptibles de jouer les personnages. "Il est très difficile, voire impossible, de faire un premier film sans acteur connu ou reconnu. Le public ne va pas voir un film s’il ne connaît personne qui joue dedans", observe-t-il. À l’écriture, Mathias reconnaît s’inspirer de personnages réels et non d’acteurs. Mais il avoue avoir pensé à Denis Podalydès lors de l’écriture de son rôle dans le film. L’acteur a d’ailleurs été le premier à qui le scénario a été proposé. Et également le premier à l’accepter. Certains acteurs n’acceptent aucun premier film, ce qui n’est pas le cas de Jean-Pierre Darroussin ou de Zabou Breitman, très vite conquis par le scénario. Parallèlement, la recherche de financements se précise, encouragée par l’engagement de ces acteurs.


Le réalisateur dans le tunnel du tournage

 
Après 2 mois de préparation, le tournage dure 1 mois et demi. Le jeune réalisateur se souvient d’un moment très intense, très fort, une période de sa vie qu’il n’est pas près d’oublier. "Pendant le tournage, on n’a pas une demi-heure pour ne rien faire. Quand on s’arrête, on dort, ironise Mathias. Même si on ne fait pas soi-même les costumes, on veille à ce que tout soit prêt 2 heures avant le début du tournage et on remet ça en fin de journée pour préparer le tournage du lendemain." Pour le réalisateur, quels que soient les moyens disponibles, le tournage est une course contre la montre, une lutte contre l’argent et l’imprévu, qui nécessite une grande détermination. Le film est tourné dans un décor unique, avec un budget serré de 2,5 millions d’euros. À 36 ans aujourd’hui, le jeune réalisateur estime avoir été porté et pu faire face à ce tourbillon grâce à ses 10 années d’expérience. "On n’est pas fragile parce qu’on a acquis une certaine confiance en soi qui fait que l’on résiste mieux à l’inquiétude quant aux résultats et à ses capacités", analyse Mathias. Avec parfois le sentiment de manquer de recul pendant le tournage "comme si on peignait dans le noir et qu’on ne voyait qu’après ce qu’on a fait", compare Mathias.


Le montage, la dernière phase d’écriture

 
Vient ensuite le temps du montage. Mathias Gokalp partage cette toute dernière étape de l’écriture de son film avec Ariane Mellet, sa chef monteuse depuis l’école. Une étape qui l’a guidé pendant tout le tournage et qu’il n’a jamais perdue de vue, se demandant si chaque plan réalisé était satisfaisant. "Pour moi, la pratique du tournage ne s’apprend pas en tant que tel, mais en salle de montage", précise Mathias. Tout s’enchaîne ensuite très vite. À la fin mars 2009, le film est à peine terminé qu’il est sélectionné pour la Semaine de la critique à Cannes en mai, juste avant que 115 copies ne soient distribuées pour sa sortie en salle en septembre. Le nombre de spectateurs dépasse les espérances du réalisateur que 100.000 tickets vendus auraient satisfait. Il frôle le double.


L’écriture d’un deuxième film pour enfants

 
Depuis, Mathias Gokalp vit, engrange des expériences personnelles et affine son regard sur le monde. Une étape essentielle pour ce jeune réalisateur qui aime à citer le Portugais Manoel de Oliveira, plus vieux cinéaste encore en activité, disant : "C’est entre les films que le réalisateur fait son métier." Sans délaisser pour autant l’écriture, "une phase que j’aime beaucoup, parce que tout est possible", confie le scénariste. Avec sa complice Nadine Lamari, il tente de mettre des mots sur l’envie d’un de ses producteurs en écrivant un scénario de film pour enfants à partir d’un roman. La production négocie les droits du roman et travaillera sur la recherche de financements pendant que les scénaristes donneront vie aux personnages. Avant 40 ans, Mathias devrait entamer le tournage de son 2e long métrage. À voir en famille, d’ici à 3 ou 4 ans.
 

Les métiers de l'audiovisuel // (c)POUR ALLER PLUS LOIN

À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


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