1. Faut-il être journaliste pour présenter une émission de télé ou de radio ? Le témoignage de Mélissa Theuriau

Faut-il être journaliste pour présenter une émission de télé ou de radio ? Le témoignage de Mélissa Theuriau

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Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

"À l’école de journalisme, on avait plutôt insisté sur le fait que je devais faire de la radio, parce que ma voix passait bien, mais personne n’avait eu le flair de voir que je pouvais être faite pour la présentation", s’amuse aujourd’hui Mélissa Theuriau. À l’époque, l’étudiante de l’ICM (Institut de la communication et des médias) d’Échirolles près de Grenoble, ne se doutait pas non plus qu’elle incarnerait l’émission Zone interdite et se voyait même plutôt derrière la caméra. Mélissa s’était tournée vers la formation de JRI (journaliste reporter d’images) pour satisfaire son envie d’exercer "un métier super libre, qui permet de partir aux 4 coins du globe. Avec l’idée qu’on pouvait parler aux gens des choses injustes, pour lutter contre les préjugés."


Présenter : la cerise sur le gâteau

 
Aujourd’hui présentatrice et corédactrice en chef de l’émission de reportages Zone interdite depuis 4 ans, Mélissa Theuriau reconnaît que c’est un réel plaisir de pouvoir ainsi "intéresser un grand nombre de téléspectateurs à des sujets qui font voler certains clichés, voire les faire changer d’avis". Et si la présentation de l’émission n’est qu’une part de son travail, "c’est la cerise sur le gâteau !", reconnaît la journaliste. Une cerise à laquelle elle a goûté peu de temps après sa sortie d’école de journalisme, sur Match TV d’abord, puis sur LCI. La jeune diplômée est alors au desk de la chaîne d’information en continu, "enfermée dans un bureau à rédiger, relire et parfois corriger des papiers. Un travail plutôt ingrat par lequel il faut être prêt à passer quand on commence, pour multiplier les rencontres, les expériences, épaissir son carnet d’adresses et avancer dans ce milieu", conseille Mélissa.


Lancée à l’antenne en remplacement d’un congé maternité

 
"Je suis l’exemple type de la chance incarnée. Arrivée à l’antenne très peu de temps après ma sortie d’école, parce qu’on m’a proposé le remplacement d’une journaliste en congé maternité", reconnaît-elle, ajoutant sans fausse modestie qu’elle a su relever le défi du direct. Sans aucun plaisir au départ. "Sans oreillette et sans filet le premier jour, je me souviens d’avoir ressenti un stress énorme. Même si j’avais fait quelques petits exercices à l’école, j’étais totalement en apnée la première semaine", compare la journaliste. Le plaisir est venu après, assez vite. Et cela n’a pas échappé à Jean-Claude Dassier. Le patron de la chaîne propose alors à la jeune journaliste d’être titulaire d’une tranche horaire. Une aubaine pour Mélissa, qui espérait troquer sa vie de pigiste contre une place fixe pour pouvoir payer son loyer. Pour la journaliste, "ces 6 ans de direct à raison de 6 directs par jour, c’était une super école !".


Des stages dans les chaînes d’information

 
Pendant ses vacances, l’étudiante quittait Grenoble pour enchaîner les stages. Et conseille aux journalistes débutants qui veulent aller vers la présentation de journaux télévisés ou d’émissions d’information de "faire des stages dans des chaînes comme BFM, I-Télé ou LCI". Sur ces chaînes d’info, les visages présents à l’antenne changent souvent. "Les besoins pendant les vacances d’été peuvent créer des opportunités, si vous êtes efficace et souriant", insiste Mélissa Theuriau. Elle recommande aussi de ne pas être trop pressé, même si vous sortez d’une école de journalisme réputée. "À Zone interdite, les stagiaires commencent par servir le café ou faire des photocopies, comme on l’a tous fait, mais on leur fait vite confiance et ils partent généralement en tournage avec les journalistes de la rédaction", se félicite la corédactrice en chef de l’émission.


La présentation, c’est le charisme

 
Pour elle, la qualité principale de quelqu’un qui présente une émission, c’est le charisme naturel. "Il ne suffit pas d’être journaliste pour présenter un journal télé ou un magazine d’information, note la présentatrice. Il y a de très grandes plumes, de très bons journalistes, qui n’ont pas le charisme qu’on attend d’une présentatrice ou d’un présentateur." Pour cette raison, Mélissa Theuriau s’étonne de l’existence d’écoles de présentation, qu’elle ne connaît pas. Et la journaliste doute que cela puisse s’apprendre. "Les gens qui sont à la présentation plaisent parce qu’ils ont un style, une différence, qu’ils sont charismatiques, comme Christine Ockrent, Marie Drucker…"


La journaliste est aussi co-rédactrice en chef de l’émission

 
Comme les femmes qu’elle cite, Mélissa n’est pas seulement présentatrice et est même d’abord journaliste. D’où sa fonction de corédactrice en chef du magazine de reportages. "À la télé ou en radio, on peut ne pas être journaliste pour présenter une émission de divertissement, mais pas pour de l’info. Et je pense que si je n’étais qu’à la présentation, je m’ennuierais un peu", ajoute Mélissa Theuriau. En étant aussi à la rédaction en chef de l’émission, elle participe à la recherche des thématiques et suit les différentes étapes de réalisation des sujets, jusqu’au montage et au final cut, avec ses deux corédacteurs en chef. Pour la jeune femme, ce statut lui permet de s’investir dans les choix de la rédaction de Zone interdite, "qui prend le temps de s’intéresser à des sujets aussi difficiles que le handicap invisible, comme nous l’avons fait pour l’amnésie. Cela fait 2 ans que je me battais pour que l’on y consacre une émission", confie la journaliste au lendemain de la diffusion.


L’exposition médiatique n’entrave pas son rôle journalistique

 
En pleine préparation d’une émission sur le combat d’ouvriers qui rachètent leur usine, la journaliste se réjouit de continuer à exercer son métier et d’aller sur le terrain afin de recueillir des témoignages pour les plateaux de l’émission. "Dans quelques jours, je pars en Bretagne rencontrer les ouvriers que Tony Comiti a suivi pendant plusieurs mois. Zone interdite prend le temps de gestation nécessaire à ce genre de sujet." Mélissa Theuriau estime que sa notoriété et sa pipolisation n’ont pas changé son rapport aux personnes qu’elle interviewe pour l’émission. "Ce sont toujours des rencontres hors du commun. J’aborde les choses avec beaucoup de simplicité, de naturel, d’empathie, et je pense que les gens le perçoivent. Lorsqu’ils sont stressés, ce n’est pas par mon exposition médiatique, c’est par la télé ! Mais on prend le temps d’une rencontre sincère avant que la caméra ne tourne. Ce sont des moments forts et je garde souvent le lien avec les gens rencontrés", ajoute-t-elle.


L’équilibre entre vie familiale et vie professionnelle

 
Mélissa Theuriau se sent aujourd’hui parfaitement comblée avec Zone interdite, qu’elle a préféré à la proposition de TF1, qui voulait faire d’elle le joker de Claire Chazal à la présentation du 20 heures. La jeune femme a récemment arrêté son émission Deux ou trois jours avec moi sur Paris Première, qui proposait de découvrir un lieu et sa culture avec un people, mais lui semblait moins essentielle que le magazine d’information. D’autant que la jeune maman confie avoir une vie privée au moins aussi riche que sa vie professionnelle et entend bien y consacrer suffisamment de temps. La journaliste n’oublie pas pour autant que sa voix de radio est toujours là et n’a pas abandonné l’idée d’en faire un jour. "La route est longue", conclut la jeune femme de 31 ans. Pour sûr. Mais en moins de 10 ans, la JRI pigiste pour Canal+ a déjà fait du chemin.


Pour en savoir plus sur le métier de journaliste, retrouvez le témoignage de Samuel Étienne.
 

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À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


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