1. L’alternance dans l'audiovisuel : un bon moyen de se constituer un réseau pour trouver un emploi ?

L’alternance dans l'audiovisuel : un bon moyen de se constituer un réseau pour trouver un emploi ?

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Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

L’alternance est à la mode. Perçue comme une manière de se former à la fois "sur le tas" et à l’école, elle est également un bon moyen de découvrir et de rentrer dans le milieu professionnel auquel on se destine. Tout en se constituant un petit réseau de futurs employeurs potentiels. "Dans le domaine de l’audiovisuel le réseau est très fermé, note Denis Aboulin, responsable du secteur audiovisuel au Greta du Velay (43). Pourtant il faut réussir à y rentrer pour pouvoir aller d’un boulot à l’autre en étant recommandé." Selon Geneviève Poinat-Berekbaum, conseillère d’orientation psychologue spécialisée dans l’audiovisuel au CIO (Centre d’information et d’orientation) Médiacom à Paris, l’alternance reste en effet "un bon moyen de se faire connaître et d’étoffer son carnet d’adresses, à condition de tenir le rythme, plus difficile qu’en formation initiale classique, car les périodes de vacances sont moins nombreuses".


Alternance ou scolaire, des taux de réussite comparables au BTS

 
"Il est nécessaire de souligner que l’enseignement traditionnel demeure objectivement une voie plus facile et moins éprouvante physiquement du fait d’une plus grande disponibilité de l’étudiant pour ses études", n’hésite pas à préciser, sur son site Internet, un groupe d’écoles privées qui proposent des formations classiques ou en alternance dans le domaine de l’audiovisuel. En alternance, le travail en entreprise s’ajoute aux études et l’on pourrait penser que cette dimension nuit à la réussite des apprentis. D’après Denis Aboulin, "les taux de réussite au BTS (brevet de technicien supérieur) des jeunes qui suivent chez nous une formation en alternance et de ceux qui ont un statut scolaire sont comparables". Pour la session 2009 du BTS métiers de l’audiovisuel, les chiffres de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) font apparaître des taux de réussite un peu plus faibles chez les apprentis qui ont préparé les options métiers du son, métiers de l’image, montage et postproduction que pour ceux qui avaient un statut scolaire. Mais ils égalent les 100 % dans les options techniques d’ingénierie et exploitation des équipements et gestion de production.


Une formation avec un statut de salarié

 
Cette solution reste intéressante si vous êtes prêt à renoncer au rythme "étudiant" pour passer en mode "salarié". Grâce à un contrat de travail aidé, contrat de professionnalisation ou d’apprentissage, vous pouvez vous faire embaucher par une entreprise ou un organisme et bénéficier d’un statut de salarié pendant vos 2 ans de préparation au BTS par alternance. Selon votre âge, vous pouvez percevoir entre 65 et 80 % du SMIC. Et que vous soyez dans un établissement public ou privé, les frais de scolarité sont pris en charge par l’entreprise qui vous emploie et par l’État. "L’autre avantage de l’alternance, note le responsable du secteur audiovisuel au Greta du Velay, c’est que ce n’est plus le dossier qui prime. Si une entreprise donne son accord pour prendre un jeune qui l’intéresse, nous le prenons en formation."

> Pour en savoir plus, lisez "Bien choisir sa formation en apprentissage ou en alternance" paru aux éditions l’Etudiant.


La difficulté de trouver une entreprisepour vous accueillir

 
Encore faut-il trouver une entreprise susceptible de pouvoir vous accueillir de manière satisfaisante. Pour les BTS option métiers de l’image, l’alternance est parfois compliquée. "Avec des caméras à 15.000€, on commence à donner du travail à un cameraman lorsque celui-ci est formé", constate Denis Aboulin. En son, c’est plus simple, car les techniciens commencent généralement par réaliser des câblages. Les plus polyvalents restant les techniciens d’exploitation des équipements audiovisuels, qui préparent l’option D du BTS métiers de l’audiovisuel et sont susceptibles de travailler à tous les niveaux de la chaîne qui véhicule l’information, du branchement des caméras jusqu’aux serveurs, en passant par le câblage. Ce sont eux qui sont accueillis le plus facilement par les entreprises.


La polyvalence est appréciée

 
L’option D, c’est celle qu’a choisie Arnaud Gauvrit. Le jeune homme de 20 ans a pu apporter la preuve de sa polyvalence chez Soft audiovisuel à Clermont-Ferrand (63), où il travaille en alternance tout en préparant sa 2e année de BTS métiers de l’audiovisuel au Puy-en-Velay. "Arnaud a d’abord joué un rôle d’assistant et peut aujourd’hui gérer des machines plus complexes, s’occuper du cadre pour certaines prises de vues ou traiter des dossiers liés à la production", détaille Geoffrey Adam, son tuteur chez Soft audiovisuel, société qui propose des prestations autour du son, de la vidéo et de la lumière pour des événementiels, des conférences d’entreprises, et des festivals, comme celui du court métrage de Clermont-Ferrand. Les compétences du jeune homme de 20 ans sont appréciées et pourraient bien déboucher sur une embauche. "Si l’entreprise en a la possibilité, ce que je ne peux pas certifier pour l’instant", modère Geoffrey Adam.


L’accord de l’entreprise, sésame pour une place en formation

 
Après avoir été refusé dans les établissements publics préparant au BTS métiers de l’audiovisuel, option métiers de l’image, qu’il visait, Alexis Cros s’est tourné finalement vers l’alternance et vers l’option C, montage et postproduction au Puy-en-Velay. "J’avais tenté l’ensemble des BTS des lycées publics en France après avoir obtenu mon bac scientifique avec mention assez bien en juillet 2009", précise l’apprenti. Sa rentrée, le jeune homme l’a faite en fac de cinéma à Montpellier, le temps de trouver une entreprise d’accueil. Alexis alterne 4 mois en entreprise et 1 mois et demi au lycée Charles-et-Adrien-Dupuy, du Puy-en-Velay. "Je voulais vraiment faire ce BTS parce que je préfère avoir une formation technique et non seulement théorique, comme c’était le cas en fac. Mais j’ai choisi la moins scientifique et la plus artistique des options", précise Alexis. L’apprenti, qui ne pouvait pas se payer une école privée, touche aujourd’hui 550€ par mois et reconnaît que cette formule lui impose un rythme soutenu. Mais il apprécie d’avoir déjà un pied dans le monde professionnel et de faire ses armes dans une petite société d’événementiel à Nîmes, où vit son père. À 18 ans, Alexis envisage déjà de "monter à Paris, où il se passe le plus de choses dans l’audiovisuel !" Cameraman autodidacte, il hésite encore à reprendre une formation en prise de vues après son BTS, certain que le montage lui servira toujours.


Des aménagements possibles pour mettre un pied dans l’entreprise

 
Côté production, Alexandra Pisanti, chargée de production de l’émission Zone interdite sur M6, n’a jamais vu passer d’étudiants en alternance "parce qu’il serait bien rare que les périodes que le jeune doit passer en entreprise coïncident précisément avec la phase de production d’une émission. Ce qui est indispensable pour vivre une expérience formatrice." Certaines écoles, comme l’EICAR, école privée hors contrat à La Plaine-Saint-Denis (93), peuvent proposer au cas par cas des aménagements qui permettent aux étudiants de s’adapter aux besoins de l’entreprise. Lorsqu’elle préparait son BTS métiers de l’audiovisuel option A, gestion de production, à l’EICAR, Judith Naudet a pu bénéficier d’une dispense de cours d’1 semaine par mois pour travailler comme assistante de production sur le jeu télévisé "Tout le monde veut prendre sa place", animé par Nagui sur France?2. "Un arrangement exceptionnel, car l’école prépare au BTS en formation initiale", précise Georges Touati, directeur de l’école. Pour l’alternance, il faut attendre la 3e année de professionnalisation proposée par l’EICAR.


La plupart des entreprises d’accueil se situent à Paris, Lyon et Marseille

 
Une autre contrainte non négligeable est posée par la répartition géographique des entreprises (chaînes de télévisions, sociétés de production ou d’événementiel, théâtres…), qui se situent dans la plupart des cas à Paris, Lyon et Marseille. Pour s’y adapter au mieux, les BTS dont s’occupe Denis Aboulin, au Greta du Velay, fonctionnent par modules de formation. Les étudiants alternent 5 ou 6 semaines de cours et 7 ou 8 semaines en entreprises. Là encore, pour prendre en compte les impératifs de production de l’entreprise, le choix des périodes en centre de formation est une décision commune du Greta, selon les contraintes du programme du BTS et des places disponibles, et de l’entreprise.

> Pour vous aider à trouver une entreprise d’accueil dans le cadre d’un contrat en alternance, consultez nos offres.


Confronter ses idées reçues avec la réalité des métiers de techniciens

 
Pour Denis Aboulin, l’alternance est une manière de prendre conscience des réalités des métiers préparés, "ce sont des métiers de techniciens, que les jeunes méconnaissent. La plupart du temps, ils s’imaginent qu’ils vont faire du cinéma, de la télévision ou mixer des CD, pour ceux qui se destinent au son. Comme si un gars qui a le permis pouvait conduire une Formule 1", compare le responsable du secteur audiovisuel au Greta du Velay. Et Denis Aboulin voit régulièrement des jeunes "qui reviennent d’entreprise en affirmant qu’ils ne s’attendaient pas à ça". Ça, ce sont les horaires atypiques qui imposent souvent de travailler pendant les jours fériés, durant le week-end et en soirée, ainsi que la découverte d’un univers où les rémunérations sont plus souvent au cachet ou en CDD d’usage, qu’en contrat à durée indéterminée.


Peu d’abandons et la poursuite d’études possible après le BTS

 
Même si les métiers préparés en BTS métiers de l’audiovisuel ne correspondent pas forcément à l’image que l’on peut en avoir avant de les découvrir, Denis Aboulin n’a vu que 2 ou 3 personnes abandonner en cours de formation durant les 3 années écoulées. Une partie de ceux qui décrochent le BTS option métiers de l’image s’orientent même ensuite vers une école de journalisme pour devenir JRI. Et, pour le responsable de formation, comme c’est encore souvent une logique de formation en interne qui pousse les sociétés à accueillir des jeunes en alternance, ils sont nombreux à y rester après les 2 ans de préparation du BTS. L’alternance reste donc un bon moyen de vous faire une idée précise de la réalité de ces métiers en allant y voir de très près. Elle permet de vivre une première expérience professionnelle importante. De multiplier vos chances d’avoir un premier contrat dans l’entreprise qui a contribué à vous former ou ailleurs en valorisant cette expérience. Et de compter vos premières heures de vol vers l’intermittence ?

Les métiers de l'audiovisuel // (c)POUR ALLER PLUS LOIN

À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


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