1. Le piston dans le cinéma : mythe ou réalité ?

Le piston dans le cinéma : mythe ou réalité ?

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Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

Le cinéma, nombreux sont ceux qui sont "tombés dedans quand ils étaient petits". Il suffit de regarder défiler un générique de film pour constater que certains patronymes reviennent parfois plusieurs fois ou nous rappellent quelque chose. Charlotte Gainsbourg, Laura Smet, Anthony Delon, Chiara Mastroianni, font partie des plus célèbres. C’est le cas également de Mathieu Kassovitz, qui ne s’est pas formé de manière académique. Avec un père réalisateur et une mère monteuse, l’acteur, réalisateur et producteur, a découvert précocement l’univers du cinéma. Même chose pour Stéphane Elmedjian dont la mère était monteuse pour le cinéma. Son nom ne vous dit sans doute rien, mais il est un de ces "enfants de la balle" et travaille aujourd’hui comme chef monteur. Stéphane pense avoir eu envie de faire ce métier presque malgré lui, "comme une suite familiale logique, parce que je baignais dans ce milieu".


Apprendre sur le tas n’apporte pas le talent

 
Évidemment, être biberonné sur un tournage ou en salle de montage finit par en faire un milieu naturel. Et un futur terrain de jeu. Car il est plus facile d’apprendre "sur le tas", lorsqu’on y est né ! C’est sans doute la raison pour laquelle "1/3 des gens du métier sont des filles et fils de", estime Daniel Szuster, aujourd’hui directeur de production et qui travaille dans le cinéma depuis 40 ans. Mais le cinéma est exigeant, et ce n’est pas parce qu’on y est né qu’on y réussit. De même qu’on peut heureusement y trouver sa place sans y être né. À condition d’aller à la rencontre d’une famille de cinéma (car il y en a plusieurs), et de lui prouver son attachement au 7e art, sa motivation et son talent.


Rencontre, hasard, rencard

 
C’est ce qu’a fait Daniel Szuster, directeur de production de 68 ans, dont 40 passés dans une famille de cinéma qui l’a adopté, puis dans celle qu’il a créée à son tour. Môme débrouillard et audacieux, la chance lui a souri il y a 40 ans. L’un de ses bons copains du lycée Voltaire à Paris tourne dans des films, en tant qu’acteur. Son père, Maurice Urbain, l’accompagne sur un tournage, avec de nombreux enfants. À l’époque, les rats courent les Halles, au cœur de Paris, et la DDASS interdit à l’équipe de tourner avec des enfants dans cet endroit insalubre. Daniel Szuster pense alors aux souterrains de son lycée, qui ressemblent aux Halles. Il explique la situation au proviseur qui accepte et en parle au père de son copain, alors mécanographe. Celui-ci revient vers l’équipe avec cette proposition de lieu de tournage. Il est engagé comme régisseur. "Maurice Urbain est ensuite devenu l’un des directeurs de production les plus cotés de l’époque, sur des films comme Jules et Jim de François Truffaut ou encore Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy, se souvient Daniel. Et un jour il m’a appelé pour que je sois assistant réalisateur sur un long métrage sur lequel il travaillait."

> Pour en savoir plus, lisez Les Métiers du cinéma paru aux éditions l’Etudiant.


L’acte de reconnaissance

 
Grâce à son anglais parfait, Daniel Szuster devient rapidement "spécialiste des grosses machines américaines et anglaises", comme il les appelle. Il prend ensuite conscience qu’il n’a pas envie de réaliser, mais de "faire fonctionner cette machine". Et il apprend, petit à petit. Stagiaire régie, régisseur adjoint, régisseur général et enfin, directeur de production. Une voie qu’il a choisie "pour être sur le terrain, sur le tournage, avec les techniciens, les projecteurs…".


L’adoption

 
Et Daniel Szuster est sûr que l’adoption est encore possible. D’autant que, pour lui, les métiers de cinéma s’apprennent encore sur les tournages. Encore faut-il oser frapper à toutes les portes, clamer sa passion et son envie d’apprendre, jusqu’à ce que s’ouvre enfin celle d’une "famille de cinéma" susceptible de vous "adopter", pour un 1e puis un 2e tournage. Une démarche qui pourrait sembler simple, mais qui n’est finalement pas si répandue. Et si frapper à toutes les portes ne suffit pas pour attester de son talent ou sa passion, pour Daniel Szuster, la sincérité se voit et fait la différence. "Cela n’a rien à voir avec un examen, avec quelque chose de scolaire, c’est difficile à expliquer, c’est du feeling, ose Daniel Szuster. La sincérité se voit, s’entend, même chez un môme de 18 ans qui demande à travailler sur un film en nous disant ce qu’il veut apprendre comme métier. Que ce soit dans le costume, le maquillage, la photo, le son, le montage, peu importe ! S’il débarque avec une conviction, une vraie, alors il pourra commencer comme assistant et apprendre son métier petit à petit, dans le cinéma, en participant à différents tournages."


Le parrainage

 
Un feeling que Daniel Szuster a ressenti plusieurs fois. Il en évoquera 2. Un souvenir d’une trentaine d’années, dans la société de production de Pierre Richard où il travaille alors. Daniel Szuster se souvient d’avoir accueilli Jean-Yves Asselin, avec sa passion comme seul curriculum vitae. Jean-Yves Asselin est aujourd’hui un directeur de production confirmé et notamment le producteur exécutif d’Oscar et la dame Rose, réalisé par Éric-Emmanuel Schmitt, et sorti en salle le 9?décembre 2009. Et plus récemment, de Guillaume, "qui s’était autoproduit en famille pour réaliser avec une petite caméra des courts métrages dont il avait même fait la musique". Son patronyme, qui n’est pas celui d’une lignée de cinéma, a échappé à Daniel Szuster, mais pas son talent. Et le directeur de production n’a aucun doute sur sa sincérité "parce que filmer est pour lui un besoin", lâche-t-il.


La mère passion

 
Une conviction, un besoin, qui ont mené Daniel Szuster à la direction de productions de films de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, d’André Téchiné, de Roman Polanski, entre autres. Une passion qui semble inaltérable et anime toujours ce jeune homme de 68?ans. D’une main, il prépare sa retraite dans le Sud de la France, de l’autre il se lance dans l’adaptation d’un roman d’Irène Némirovsky au cinéma. Dire qu’on est trop vieux pour continuer, et évoquer un projet de film qui nous fait vibrer dans la phrase suivante, avec l’exaltation d’un débutant, c’est sans doute cela la marque des passionnés. Des passionnés qui semblent se reconnaître. Et finissent par former une famille, leur famille de cinéma.

Les métiers de l'audiovisuel // (c)POUR ALLER PLUS LOIN

À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


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