1. Peut-on réussir dans le milieu de la télévision si on n'a aucune relation ?

Peut-on réussir dans le milieu de la télévision si on n'a aucune relation ?

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Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

Un heureux hasard marque le début d’une longue carrière dans l’audiovisuel

 
"Sous des apparences cool, dans un milieu qui fait rêver, c’est un métier très exigeant", précise Alexandra Pisanti, 48?ans. Chargée de production de l’émission Zone interdite sur M6, elle ne connaissait personne dans le milieu quand elle est rentrée à l’âge de 21 ans comme secrétaire commerciale chez VCF (Vidéo communication France), prestataire de services audiovisuels. Un coup de chance, pour la jeune femme qui a grandi dans le milieu de la mode. Elle dépose une candidature le bon jour, est retenue et commence par faire des devis de location de matériel audiovisuel au service commercial. C’est l’époque de l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française). Les productions télé et cinéma défilent dans les studios de Boulogne-Billancourt. Alexandra Pisanti y côtoie alors Guy Job, réalisateur pour la télévision, et approfondit ses connaissances. Après 3 ans chez VCF, la société fusionne avec une autre et Alexandra, dernière arrivée, est licenciée. Un directeur de production lui propose alors un poste de scripte en régie pour une chaîne qui se crée : M6. Alexandra décroche un contrat à durée indéterminée comme scripte, apprend le synthé et tape les génériques d’émissions pendant plus de 10 ans.


Chargée de production de Zone Interdite sur M6

 
En 1998, sa carrière fait un bond. Alexandra Pisanti se voit proposer de s’occuper de la production de l’émission Zone interdite, toujours sur M6. "Chaque sujet, chaque émission a un type de prod adapté, précise-t-elle. Certains sujets sont plus compliqués que d’autres et il faut prévoir les budgets, en veillant à respecter l’enveloppe globale fixée pour chaque émission dans le cadre d’un budget annuel." Aujourd’hui, Alexandra accueille des stagiaires, "avec une convention uniquement", précise-t-elle. D’après la chargée de production, les tâches les plus ingrates peuvent donc permettre de se distinguer et de montrer sa capacité d’intégration dans une équipe. Et pour Alexandra Pisanti, si la gestion des budgets, les piges, la gestion de la masse salariale, la convention collective, et la maîtrise d’Excel peuvent s’acquérir à l’école, le reste s’apprend avec l’expérience et dépend beaucoup de la personnalité. "On peut tout voir chez un stagiaire, même dans la façon dont il sert le café : s’il est extraverti, s’il est malin, gentil…", note-t-elle. C’est de cette manière, "complètement irrationnelle", reconnaît Alexandra, que l’un d’eux a récemment fait l’unanimité jusqu’à se rendre indispensable.


Bien connaître les gens pour composer les meilleures équipes possibles

 
"C’est autant un métier de relationnel et un travail d’équipe avec les gens qui font les sujets qu’un métier de gestion", insiste la chargée de production. Du relationnel avec les intermittents aussi, qu’Alexandra prend le temps de bien connaître. En général, ce sont les journalistes de la rédaction qui choisissent leur équipe, composée d’un chef opérateur de prises de vues et d’un ingénieur du son. Mais quand il faut en trouver un, c’est Alexandra qui s’en charge. Elle fait tourner environ 20 chefs opérateurs et autant d’ingénieurs du son "qui travaillent bien", précise-t-elle. Et qu’Alexandra connaît très bien, ce qui lui permet de prendre aussi en compte ce qu’elle sait d’eux en fonction du style de sujet et de la manière de travailler de chacun des membres de l’équipe de tournage. "J’ai même un mariage à mon actif ! Un ingénieur du son et une journaliste, qui se sont tellement bien entendus en tournage qu’ils ont fait des enfants", s’amuse-t-elle. Depuis 2 ans, elle constate que certains chefs opérateurs et ingénieurs du son, intermittents du spectacle, viennent régulièrement vers elle pour demander du travail. "Un effet de la crise sans doute. Même si les très bons n’ont toujours pas de problème", ajoute-t-elle.


Les achats de sujets en externe et les plateaux

 
Il lui faut également maîtriser la technique et les contraintes imposées par les conditions de tournage afin de calculer et d’adapter au mieux les coûts à son budget. Elle gère certains aspects des relations avec les sociétés de production auxquelles l’émission achète certains sujets. À côté de l’éditorial, pris en charge par les rédacteurs en chef de l’émission, Alexandra s’occupe, par exemple, des contrats qui fixent le prix d’achat de la minute diffusée et des aides du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée). Quant aux plateaux de l’émission, c’est encore à la chargée de production que revient de prévoir l’ensemble des moyens humains, techniques et financiers disponibles. "Il ne faut pas oublier que même si c’est de l’audiovisuel, c’est une entreprise, et qu’on gère de l’argent", affirme-t-elle.


Juste à côté de Mélissa Theuriau

 
Un métier exigeant, qu’Alexandra avoue faire avec plaisir et sincérité, ravie d’être dans un univers qui a aussi sa part de magie et d’exception. À commencer par la présentatrice et rédactrice en chef de l’émission, Mélissa Theuriau, "belle à tomber", prévient Alexandra, avant de nous montrer le bureau qu’elle occupe, à 3 pas du sien. Pour la chargée de production, le fait de côtoyer de si près quelqu’un de très exposé médiatiquement impose d’être hyper pro et de faire preuve de beaucoup de discrétion. Là encore, c’est avec l’expérience qu’elle estime avoir acquis ses compétences et la légitimité qui lui permet de se sentir bien à sa place à côté de quelqu’un "qui a 6.000 personnes dans sa vie quand tu en as 200", plaisante Alexandra. Maillon indispensable de la chaîne de développement et de réalisation d’une émission dont l’image est portée par une journaliste qui n’en est pas à sa 1ère couverture de magazine, Alexandra Pisanti a sa théorie. "Pour rester près des grands et pour durer, il faut être un people de ton métier !"
 

Les métiers de l'audiovisuel // (c)POUR ALLER PLUS LOIN

À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


Sommaire du dossier
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