1. Peut-on travailler dans l’audiovisuel sans avoir un statut précaire ?

Peut-on travailler dans l’audiovisuel sans avoir un statut précaire ?

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Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

Si pour vous l’absence de statut précaire, c’est de signer un CDI (contrat à durée indéterminée), alors il y a peu de chance que vous échappiez à la précarité en travaillant dans l’audiovisuel. Et l’imprévisibilité liée à votre domaine d’activité risque d’être une source d’angoisse si vous êtes de ceux qui aiment savoir de quoi demain sera fait. Parmi les salariés de l’audiovisuel et du spectacle vivant, la part des actifs sur CDD (contrat à durée déterminée) est de 70%, alors qu’elle ne représente que 17% de l’ensemble de la population active occupée, révèle l’enquête Emploi 2006 de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). Dans le secteur, les CDD d’usage, appelés aussi "contrats d’usage", sont souvent conclus. Ce sont des contrats bien particuliers. Sans prime de précarité ni limitation de durée, ils correspondent à des emplois temporaires par nature.


Le domaine de l’imprévisibilité et de la concentration des revenus

 
L’audiovisuel est donc un domaine où les contrats sont courts. Un jour par-ci, un jour par-là, quelques mois sur un long métrage ou l’équivalent d’une année scolaire sur des émissions qui figurent dans une grille de programmes d’une chaîne de télé ou d’une station radio. Ces 10 dernières années, la durée moyenne d’un contrat dans l’audiovisuel et le spectacle est passée de 20 à 5 jours en moyenne. Et l’audiovisuel est aussi le domaine de la concentration des revenus. Les 10 % des salariés du secteur qui ont gagné le plus se sont partagé environ 50 % des revenus en 2005. C’est l’une des conclusions du rapport de la Commission permanente sur l’emploi du CNPS (Conseil national des professions du spectacle). Alors, bien sûr, les CDI existent aussi dans le secteur, mais quel que soit le métier artistique ou technique visé, vous risquez de collectionner les employeurs. Plutôt que de rêver de réussir à décrocher un CDI, avec presque aussi peu de chance que la lune, autant voir si l’imprévisibilité des missions et les incertitudes liées à la précarité du secteur ne cacheraient pas aussi de bons côtés.


Le confort tue-t-il la création ?

 
Pour Alexis Barbier-Bouvet, monteur, réalisateur et ingénieur du son sur des documentaires, un statut routinier et l’intégration dans une société seraient inappropriés à la création. "Lorsque je vais bosser sur un nouveau projet, je suis motivé pour trouver de nouvelles idées. Cela ne marcherait pas de la même façon si j’allais au travail tous les jours. On ne peut pas se lever tous les matins avec des idées. La création, ce n’est pas l’usine", affirme Alexis. Le monteur vit bien son statut de free lance, qui lui permet de changer de rythme et de monter des sujets variés avec des styles différents, allant du documentaire de 100 minutes pour Arte à des formats plus courts pour Canal+. Une diversité qu’il apprécie, reconnaissant s’être "bien amusé en essayant de trouver récemment une manière agréable et inventive de mettre en forme un reportage consacré au business du barbecue pour Capital". Et ses compétences ajoutées de réalisateur et d’ingénieur du son ont déjà emmené ce trentenaire autour du globe pour partager parfois le quotidien de peuplades lointaines, auxquelles les touristes n’ont jamais accès.


"Faire ses heures" : ça veut dire quoi ?

 
Depuis ses débuts dans l’audiovisuel, Alexis a toujours "fait ses heures" et perçu les indemnités de chômage pendant les périodes creuses. "En janvier je n’ai pas de travail, explique le monteur, mais je ne relance rien parce que je sais que je serai occupé sur un nouveau projet en février." Le père de famille reconnaît aujourd’hui un double avantage à l’intermittence. Bien gagner sa vie et pouvoir s’accorder 2 mois de vacances l’été. Mais il sait que sa condition reste assez exceptionnelle et évoque un de ses proches qui "débute dans le métier et n’y arrive pas". Ce régime, aussi intéressant et attractif que les métiers du spectacle eux-mêmes, dépend de votre durée de travail dans le secteur. Il faut en effet avoir travaillé 507 heures au cours des 10 derniers mois, pour les ouvriers et les techniciens (annexe 8 de la convention de l’assurance chômage), ou pendant les 10 mois et demi écoulés pour les artistes (annexe 10). Et ce n’est pas parce que vous ferez une bonne année, qui vous permettra de bénéficier du régime spécial, que la suivante sera la même. Sur 2 ans, la moitié de ceux qui ont accès à ce régime d’assurance chômage en sortent. Depuis 2006, une allocation du Fonds de professionnalisation et de solidarité financée par l’État est proposée aux artistes et techniciens qui ne remplissent pas la condition de durée minimale de travail requise pour l’obtention des indemnités de chômage, mais qui ont effectué 507 heures dans les 12 mois (365 jours) précédant la fin du dernier contrat de travail. Au cours de l’année 2006, un peu plus de 100.000 allocataires ont été indemnisés au moins une journée par l’une des deux annexes et/ou par l’allocation du Fonds de professionnalisation et de solidarité.

Pour en savoir plus sur le statut d’intermittent du spectacle, consultez le site de Pôle emploi.


Une situation plus difficile pour les réalisateurs que pour les techniciens

 
Céline Bozon, chef opératrice, estime que, dans le cinéma, la situation reste plus favorable aux techniciens qu’aux réalisateurs. Parce que les techniciens peuvent, comme elle, travailler sur 3 ou 4 films par an, alors qu’un réalisateur met au moins 3 ans pour faire un film. Ses amis réalisateurs ou scénaristes occupent bien souvent des emplois complémentaires pour gagner leur vie. Certains sont aussi lecteurs pour Arte au sein d’une commission de scénarios ou enseignants au lycée en option cinéma-audiovisuel. Pendant les 2 ans d’écriture de son premier long métrage Rien de personnel, sorti en septembre 2009, Mathias Gokalp a dû réaliser des captations de conférences scientifiques et donner des cours de cinéma dans des lycées et au Cours Florent. À condition d’être dispensées dans certains établissements répertoriés, ces heures d’enseignement sont prises en compte pour le calcul des heures de travail des artistes qui relèvent de l’annexe 10 de l’assurance chômage. Céline Bozon se réjouit d’avoir plusieurs projets pour 2010 et déplore que de talentueux camarades de la Fémis aient dû "changer totalement de voie pour gagner leur vie" ou "trouver des petits boulots alimentaires, qui n’ont rien à voir avec le cinéma, pour vivre sans renoncer au septième art".


Se diversifier pour diminuer la précarité

 
Malgré son expérience et son réseau, Dorothée Guiraud, chef costumière dans le cinéma depuis 1992, reconnaît avoir "un peu ramé en 2009, après avoir fait 4 films en 2008". Les périodes de creux, elle les a occupées à la création de bijoux et d’une ligne de sacs. Quand il ne travaille pas comme réalisateur de documentaires pour la télévision, Christophe Busché alterne des contrats plus courts en tant que chef opérateur de prises de vues sur des reportages que d’autres réalisent. Devenu réalisateur, le JRI (journaliste reporter d’images) a renoncé à sa carte de presse pour bénéficier du régime spécial d’assurance chômage des intermittents du spectacle, en tant que réalisateur et chef opérateur de prises de vues. Lorsqu’une société de production lui confie la réalisation d’un reportage de 90 minutes, il peut bénéficier aujourd’hui de 3 mois de contrat. Une visibilité énorme pour celui qui s’est accommodé de ne pas savoir de quoi sera fait la semaine suivante lorsqu’il ne se consacrait qu’à la prise d’images. "Même si c’est toujours difficile à vivre quand personne ne vous propose rien", l’intermittent se rassure en s’appuyant sur ces 15 années d’expérience pour garder confiance, relancer ses contacts et trouver de nouveaux projets pendant les périodes creuses.

Un rempart contre la routine

 
Si la routine vous est insupportable, la variété de vos projets pourrait bien devenir une source de joie. C’est d’ailleurs le principal avantage relevé par les professionnels qui vivent l’alternance de périodes avec et sans travail. Ils affirment le plaisir éprouvé lorsqu’ils en ont. Évidemment, ce plaisir a surtout été évoqué par ceux qui n’ont pas été confrontés à de trop longues périodes sans travail et qui bénéficient depuis plusieurs années des indemnités spécifiques de chômage prévues pour les intermittents du spectacle. Autant prévoir des débuts difficiles, sans se décourager pour autant. Après tout, pourquoi pas vous ?
 

Les métiers de l'audiovisuel // (c)POUR ALLER PLUS LOIN

À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


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