Quelle différence entre les métiers d'image à la télévision et au cinéma ? (Partie 2)

Par Isabelle Maradan, publié le 20 Avril 2011
5 min

Radio, télé, ciné, animation, ou maquillage : vous nous avez posé des questions sur les formations et les métiers de l'audiovisuel lors des salons de l'Etudiant. Des inscriptions dans les écoles aux débouchés dans le secteur, les réponses extraites du livre d'Isabelle Maradan "Les Métiers de l'Audiovisuel", paru aux éditions l'Etudiant.

"La plupart des gens travaillent comme assistant caméra pendant une dizaine d’années avant de pouvoir prétendre à un poste de chef opérateur ou de directeur de la photographie", confirme Céline. Mais d’après la chef opératrice, qui n’a fait qu’un film comme assistante, il peut être plus facile de franchir ce pas rapidement après la sortie d’école. "Même si rien ne vous prépare à la gestion d’équipe et que cela peut être violent quand on sort d’un univers très artistique comme celui de la Fémis, la difficulté me semble plus grande pour ceux qui restent assistants pendant une dizaine d’années. À 34-35 ans, ce n’est pas simple de devenir chef d’équipe, parce que cela nécessite de redémarrer à zéro, de devoir faire à nouveau ses preuves et de prendre le risque de quitter une fonction qui permet de gagner sa vie pour avoir moins de travail en tant que chef opérateur au départ", prévient Céline.


Le chef opérateur est le chef d’équipe

 
D’autant que, vu de la place d’assistant, le rôle de chef opérateur n’est pas toujours enviable "parce qu’une grande part de mon travail consiste à gérer une équipe de 7 à 10?personnes, assistants, stagiaires, machinos, électros et parfois d’autres cadreurs", justifie Céline. Généralement, la jeune femme est seule au cadre ou avec un cadreur supplémentaire. "Il n’y a que sur de très grosses productions, comme les films de Luc Besson, que le directeur photo est responsable de plusieurs cadreurs", précise-t-elle. Sur un tournage, Céline gère aussi la relation avec le directeur de production et est en lien artistique étroit avec le metteur en scène. Une relation artistique forte, mais pas forcément durable.


Dépendre du désir des autres

 
"Dans le cinéma, on dépend du désir des autres, admet Céline. Quand Gatlif m’a choisie comme chef op, j’avais 25?ans. Cela a dû être dur pour son précédent chef op." La chef opératrice pose un regard lucide sur un monde professionnel dans lequel elle conseille d’être acharné. "Si on n’est plus désiré, on n’a plus de travail. Il ne faut pas se leurrer, les carrières de chef op s’arrêtent vite et dépassent rarement les 45?ans. Peut-être que le désir s’émousse…" Certains sont parfois tentés de changer de métier, par goût et peut-être aussi pour éviter de lasser. Une solution plutôt mal vue dans un monde très cloisonné. Céline évoque à ce sujet un ingénieur du son d’une cinquantaine d’années bien installé dans son métier, travaillant avec beaucoup de monde, et que plus personne n’a appelé lorsqu’il a voulu devenir chef opérateur. Ou encore le cas de Bruno Nuytten, qui a travaillé comme chef opérateur avec le réalisateur Claude Berri, entre autres, sur Jean de Florette et Manon des sources. "Il est passé à la réalisation (notamment avec Camille Claudel), et n’a plus jamais travaillé ensuite comme chef opérateur", assure la jeune femme.


Plus de protectionnisme que de passerelles

 
Si les passerelles n’existent quasiment pas dans le cinéma lui-même, elles sont également rares entre cinéma et publicité ou télévision. D’après Céline, "un metteur en scène de cinéma a, par exemple, du mal à travailler avec un chef op quand il sait qu’il est passé par la réalisation de documentaires pour la télévision." La peur du regard d’un réalisateur sur l’autre et le manque de considération, voire le mépris, du cinéma pour le monde de la télévision, dominent. Par ailleurs, la chef opératrice adorerait filmer pour des pubs, mais n’y arrive pas. "Mais il ne faut pas voir cela comme quelque chose d’uniquement négatif, nuance Céline Bozon. Il y a sans doute aussi un truc de protection qui a son intérêt parce qu’il garantit l’assise des chefs op là où ils sont."


Au cinéma, difficile de changer de fonction

 
L’autre tentation à laquelle Céline ne cédera pas, c’est le montage. "À l’école, on faisait tous les postes et c’est le deuxième truc qui me plaisait énormément. Mais je n’essaierai pas", avoue Céline. Pour elle, "les gens n’aiment pas que tu cumules plusieurs fonctions". Alors la chef opératrice assiste au montage des films dont elle signe l’image, quand elle le peut, en fonction de sa relation avec les monteurs et les réalisateurs. "Le montage est intimement lié à la mise en scène. On a des discussions concrètes et précises sur le film qu’on est en train de faire, des échanges sur l’image, les choix de prises. C’est là que notre travail prend forme ou pas", conclut Céline. Reste que la jeune femme est pour l’instant bien occupée, par un métier qu’elle aime, et qui la comble. Un long métrage, c’est "2 mois de travail sur la préparation du film, 3 mois en tournage et parfois 1 mois en postproduction", explique la chef opératrice. À 35 ans, Céline Bozon en tourne 3 par an. Question de talent… Et de désir.
 

Les métiers de l'audiovisuel // (c)POUR ALLER PLUS LOIN

À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Les Métiers de l'Audiovisuel", par Isabelle Maradan.


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