1. Palmarès des écoles de journalisme : devenir journaliste en passant par la fac
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Palmarès des écoles de journalisme : devenir journaliste en passant par la fac

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À l'université Paris 8, les futurs journalistes peuvent s'orienter vers une licence professionnelle métiers de l’information. // © M. Oui
À l'université Paris 8, les futurs journalistes peuvent s'orienter vers une licence professionnelle métiers de l’information. // © M. Oui

En dehors des formations reconnues par la profession et des écoles privées, une troisième option, peu coûteuse, se développe pour les journalistes en herbe : l’université. Il existe une quinzaine de ces cursus, répertoriés par l’Etudiant.

Alors qu’elle pensait passer les concours des écoles reconnues à l’issue de sa licence d’info-com à l’université Paris 8, Kelly découvre l’existence d’une licence professionnelle dans sa fac. Son intitulé : techniques journalistiques pour les nouveaux médias. "Je n’avais pas envie de faire de longues études et le côté pratique et multimédia de la licence m’a donné envie", raconte-t-elle. Diplômée en 2015, la jeune journaliste explique ne pas avoir eu trop de difficultés à trouver du travail à l’issue de sa licence : son stage de fin d’études a débouché sur des piges régulières.

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Multimédia, science, histoire : à chaque cursus sa coloration

En dehors des établissements reconnus par la profession, il existe désormais une quinzaine de formations universitaires, un peu partout en France, avec plusieurs niveaux d’entrée. Pour les bacheliers, l’IUT (Institut universitaires de technologie) d’Allier, à Vichy, recrute pour son DUT (diplôme universitaire de technologie) information-communication option journalisme. Pour les titulaires d’un bac+2, plusieurs licences pro sont possibles, dont celle choisie par Kelly à Paris 8. Enfin, au niveau du master, une dizaine de formations, plus ou moins spécialisées, sont répertoriées : elles vont du master de journalisme généraliste de l’université de Cergy-Pontoise au master de journalisme scientifique à l’université Paris-Diderot. La culture, l’audiovisuel, le multimédia, la science, l’histoire, à chaque cursus sa coloration. Attention donc lors de votre choix, de prendre la spécialisation qui vous correspond le mieux ! Et ces parcours ont des avantages certains : un accès possible à tous les niveaux d’études et des tarifs allant de 189 € (licence) à environ 400 € (master). Pour des formations automatiquement reconnues par l’État.

Les formations universitaires en journalisme non reconnues

Établissement/ Ville Diplôme Niveau d’entrée/Niveau de sortie Frais de scolarité (première année) Alternance
IUT d’Allier (Université Clermont-Auvergne)/Vichy "DUT information-communication, option journalisme Bac/DUT (bac+2) 184 € Non
Université Clermont-Auvergne/Vichy Licence professionnelle métiers de l’information : métiers du journalisme et de la presse – journalisme de proximité et environnement numérique Bac+2/Licence pro 184 € Non
Université Vincennes-Saint-Denis Paris 8/Saint-Denis Licence professionnelle métiers de l’information : métiers du journalisme et de la presse – techniques journalistiques pour les nouveaux médias Bac+2/Licence pro 184 € Non
Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis/Valenciennes Licence professionnelle journaliste rédacteur d’images et de son Bac+2/Licence pro 184 € Possible (contrat pro)
Université de Lorraine/Metz et Nancy Licence information-communication, parcours journalisme (spécialisation en L3) Bac – bac+2 pour le parcours/ Licence 184 € Non
Université de Cergy-Pontoise/Gennevilliers Master journalisme Bac+3/Master 256 € Possible (contrat pro)
ICOM (université Lumière Lyon 2)/Bron Master nouvelles pratiques journalistiques Bac+3/Master 256 € Non
Université de Lorraine/Metz Master journalisme & médias numériques Bac+3/Master 256 € Non
Université de Lille/Villeneuve-d’Ascq Master information et médiation scientifique et technique, parcours journalistes et scientifiques Bac+3/Master 256 € Non
Université Paris-Nanterre/La Défense Master arts, lettres, langues, mention humanités et industries créatives – parcours : journalisme culturel Bac+3/Master 256 € Non
Université Paris-Diderot/Paris XIIIe Master cinéma, documentaire, médias, spécialité journalisme, culture et communication scientifiques Bac+3/Master 256 € Non
Université de Montpellier/Montpellier Master métiers du journalisme Bac+4/Master 256 € Possible
Université Sorbonne Nouvelle/Paris (Ve) Master professionnel journalisme culturel Bac+4/Master 256 € Possible (contrat pro)
Master 2 professionnel journalisme franco-allemand Bac+5/Master 256 € Non
Master 2 langues, littératures et civilisations étrangères et régionales, spécialité journalisme européen Bac+6/Master 256 € Non
Université catholique de Lille/Lille Master histoire, parcours journalisme et documentation Bac+3/Master De 5.890 à 9.990 € (selon revenus parents) Non

Montrez-vous curieux et motivé

En revanche, si ces formations ne sont pas aussi difficiles d’accès que celles des écoles reconnues, elles demeurent sélectives, notamment à partir de bac+3. Après un examen du dossier, les candidats peuvent être soumis à des écrits de rédaction, d’actualité ou de culture générale, puis à un oral face à des enseignants et des journalistes en activité. "Nous essayons de déterminer la motivation du candidat, si son projet professionnel est suffisamment précis et, surtout, s’il est en adéquation avec ce qu’offre le master", explique Franck Rebillard, responsable du master de journalisme culturel de l’université Sorbonne-Nouvelle.

Hugo, lui, s’est tourné vers le master de journalisme culturel à l’université Paris-Nanterre, séduit par les longues périodes de stages proposées. Lorsqu’il postule, ils sont une cinquantaine de candidats pour 12 places. "À l’écrit, il y avait une dissertation sur les médias. Puis, pour l’entretien de motivation, j’ai dû me présenter pendant dix minutes, puis répondre aux questions du jury. Tout s’est passé assez simplement. Mon conseil : se montrer curieux. Si vous avez une passion, un blog, il faut le mettre en avant pendant l’oral", suggère Hugo, sorti l’an dernier, qui pige désormais pour "Politis".

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Hugo était issu d’une formation pluridisciplinaire, avec la licence Humanités de Nanterre. Mais tous les parcours ont leur chance. "Un tiers de nos étudiants vient d’une filière information et communication, un tiers de lettres modernes ou de classes préparatoires littéraires et le dernier tiers d’autres cursus : le droit, la philosophie, les sciences ou une formation à l’étranger. Ce que nous recherchons avant tout, c’est la passion de l’information. Nous apprécions par exemple les expériences autodidactes, associatives ou les créations de webzines, qui sont des preuves de motivation et d’engagement", souligne Franck Rebillard, de Paris 3.

Théorie et pratique

Une fois les oraux passés et l’inscription faite, viennent les cours. Et si la théorie conserve une place de choix dans ces formations universitaires, la pratique est elle aussi mise en avant. Attention, le programme varie d’une formation à l’autre. "Dès la première année, nous avons abordé tous les types de médias via des cours pratiques qui représentaient les trois quarts du cursus. En télé et radio, nous partions sur le terrain en duo pour produire un sujet, pendant une journée, pour tourner, enregistrer et monter, comme en rédaction", explique Gaëlle, diplômée du master nouvelles pratiques journalistiques de Lyon 2.

En revanche, en termes de matériel, tout dépend de la fac. "Il est certain que nous manquions de moyens techniques par rapport aux écoles, nous n’avions qu’une caméra pour 12 étudiants, par exemple. Il fallait se débrouiller avec ce qu’on avait, mais nos intervenants étaient de qualité. Et en sortant du master, tous les élèves savaient écrire un article et réaliser un sujet", souligne Hugo, de Nanterre.

L'université Lyon 2 propose un master nouvelles pratiques journalistiques. // © université Lyon 2
L'université Lyon 2 propose un master nouvelles pratiques journalistiques. // © université Lyon 2

La longueur des stages varie d’un établissement à l’autre, là aussi, renseignez-vous sur le cursus qui vous donne envie, selon votre profil. Davantage de stages signifie plus de temps dans une rédaction, au contact de professionnels, mais aussi moins de cours.

Convaincre davantage les recruteurs

En revanche, contrairement aux écoles reconnues, ces étudiants ne bénéficient pas de réseaux d’anciens influents et peuvent moins compter sur la renommée de leur formation pour s’insérer. "À l’université comme ailleurs, les formations peuvent être différentes les unes des autres, avec des budgets, des réseaux professionnels, un suivi de l’insertion professionnelle et des encadrements variés. Elles n’ont pas la réputation, la “marque” de certaines écoles. Je conseille donc de discuter avec les responsables et les anciens étudiants pour en savoir plus sur chaque cursus", avertit Emmanuelle Reungoat, responsable du master de journalisme de l’université de Montpellier (34).

Les étudiants doivent se dépasser pour convaincre les recruteurs. Si la tâche est parfois ardue, certains s’en sortent bien. Camille, 24 ans, fraîchement diplômée du master de journalisme de l’université de Lorraine, a ainsi signé son CDI (contrat à durée indéterminée) dans un hebdomadaire à Metz. Cependant, elle est consciente qu’un diplômé d'université gagnera à s’armer aussitôt que possible pour affronter le marché du travail : "Au cours de la formation, il faut faire un maximum de choses de son côté : devenir pigiste, avoir un blog et surtout mettre à profit la liberté et le temps qu’offre la fac pour creuser une réflexion sur des sujets et glaner des contacts pour son réseau. En gros, ne pas tout miser sur ce qui est offert dans le cadre de la formation et créer sa propre chance", insiste la jeune journaliste.

Soyez force de propositions

Même conseil de Cyril, désormais pigiste à Euronews. Ce diplômé de l’ICOM à Lyon 2 met en garde ses successeurs : "C’est sûr, avec ce parcours, il ne faut pas attendre que cela tombe du ciel, il faut être force de propositions, construire sa carrière, chercher ceux qui pourront aider, trouver soi-même ce que l’on aime, sans le confort d’une grande école qui met plusieurs options sur la table", prévient-il.

Tout cela paie : Cyril se déclare aujourd’hui heureux de son métier. De son côté, Camille, de l’université de Lorraine, insiste : "Il ne faut pas non plus se décourager. On nous a beaucoup répété que ce serait difficile, car nous ne sortons pas d’une école reconnue. Mais c’est à nous de nous construire par et pour nous-mêmes. Il faut mettre à profit les atouts que la fac nous apporte comme un bon bagage culturel, une façon de questionner le monde et ce côté moins formaté qui aide à penser en dehors des cadres." De quoi former de futurs professionnels aguerris. Ne reste plus qu’à voir si l’aventure vous tente.

Optez pour un IEP en journalisme

Autre piste intéressante : plusieurs IEP (instituts d’études politiques) proposent également des spécialisations et diplômes nationaux de master en journalisme, à partir du niveau M1. Renseignez-vous : l’accès peut également se faire via des épreuves d’admission ou directement en M2. À chaque IEP ses spécialisations. À Sciences po Aix-en-Provence, ce sont les enjeux internationaux. L’IEP de Lyon offre une spécialisation en journalisme, médias et territoires ; celui de Rennes se penche sur le reportage et l’enquête, tandis que celui de Toulouse se veut plus généraliste. Pour un journaliste en herbe inquiet d’un parcours à la fac, ce passage par un IEP, un établissement public, peut être une bonne option.

Et pourquoi pas une autre formation ?

Nombreux sont les journalistes qui ont fait carrière sans passer par une formation dédiée à ce métier. Si vous avez déjà un pied dans un média, que ce soit grâce à des piges, un stage ou un réseau personnel, rien ne vous oblige à effectuer un cursus dans le journalisme. Par exemple, dans la presse quotidienne régionale, un bon correspondant de presse peut se faire remarquer et gagner en galons. Notez aussi que certains médias dédiés à des secteurs bien définis recrutent avant tout des spécialistes du domaine : ainsi, plusieurs titres de presse agricole ou scientifique privilégient des ingénieurs ou des titulaires d’études de science dans leurs rédactions à des diplômés en journalisme généraliste.