Teaching assistants : les limites d’un système ?

publié le 21 May 2007
6 min

SUPINFO, école pionnière dans la formation de bac + 5 en informatique, connaîtrait-elle de sérieux bugs ? 2 de ses 32 sites régionaux, en conflit avec la direction de l’école, conseillent aux étudiants de ne plus s’inscrire sur le portail centralisé. La mise en place à la rentrée 2009 du e-learning à une large échelle, sans tutorat, est vivement critiquée par des étudiants sur plusieurs forums. Le président de Supinfo est par ailleurs en procès pour des contentieux financiers et sur l’utilisation abusive de la marque avec 3 des 6 franchises signées récemment. Que se passe-t-il exactement à SUPINFO ? Pour vous aider à y voir plus clair, l’Etudiant a enquêté.

Le principe pédagogique de Supinfo est de donner un même emploi du temps aux étudiants de ses différents sites. "Cette programmation simultanée des cours oblige les directeurs régionaux à trouver et recruter des intervenants extérieurs spécialisés dans un domaine disponibles au même moment. Il fallait donc trouver une autre solution. La politique de Supinfo a été de recruter ses propres étudiants", constate un ancien directeur régional qui a tenu a rester anonyme.

De fait, une grande partie des cours de Supinfo est dispensée par des élèves de l’école (essentiellement ceux des 3e, 4e et 5e années), organisée autour de "laboratoires" dédiés à une technologie (labo Apple, labo Microsoft…). Jusqu’à présent, ces élèves-formateurs (Supinfo certified trainer, SCT) dispensaient des cours en échange d’une exonération de frais d’inscription l’année suivante et/ou de l’acquisition de crédits de formation. "La première année, des étudiants dit "formateurs" se déplaçaient sur toute la France pour donner des cours, explique un ancien étudiant ayant suivi les 3 dernières années de l’école. Ces étudiants passionnés ne comptaient pas leurs horaires."

Une grève a menacé l’an passé, certains formateurs dénonçant le remboursement très tardif par l’école de frais de déplacement et de logement. Depuis la rentrée 2009, les élèves qui enseignent doivent prendre le statut d’auto-entrepreneur, sont payés en honoraires et encadrés par des professeurs.

Un autre ancien de Supinfo, qui a enseigné comme "SCT", dénonce de son côté la qualité de la formation reçue précisément pour enseigner aux autres étudiants : "Théoriquement, ces SCT sont au minimum des admis en 3e année. Pour ma part, je suis passé SCT dès la fin de ma première année. Une fois l'année passée c'était à nous, anciens, de former de nouveaux SCT pour remplacer ceux ayant quitté l'école. Ces 3 mois furent les pires que j'ai connus en formation : la direction de Supinfo a accepté tous les postulants sans aucun tri sur les compétences."

Ce système de "teaching assistant" à l’anglo-saxonne est défendu par la direction, qui lui reconnaît cependant quelques lacunes : "Le programme de cours inclut l’entrepreneurship et, avec ce statut, on apprend aux étudiants à piloter une affaire", argumente Alick Mouriesse, qui ajoute quand même que "cette année, certains étudiants n’ont pas reçu de formation pédagogique avant de donner leurs premiers cours. Ils ont été formés depuis."

Droit de réponse de Supinfo

A la suite de la publication de notre dossier « Que se passe-t-il à Supinfo ? », Supinfo nous a adressé le droit de réponse qui suit.

« Supinfo est un établissement d’enseignement supérieur privé fondé en 1965. L’école reconnue par l’Etat français depuis 1972, délivre un titre d’expert en informatique et systèmes d’information. Monsieur Alick Mouriesse, ancien élève de Supinfo, en est devenu le président en 1999.

Supinfo est devenue la première école d’informatique en France, à la fois par le nombre d’étudiants qu’elle forme et sa couverture nationale.

Elle innove en matière de pédagogie et d’enseignement, à travers ses laboratoires pédagogiques, son corps professoral et ses solutions technologiques comme Campus-Booster.

Nous nous développons à l’international et avons ouvert des écoles notamment en Chine, au Royaume-Uni et au Canada. L’école encourage en effet la mobilité internationale.

Une enquête TNS-Sofres d’août 2007 classe Supinfo à la troisième place des écoles d’informatique préférées des recruteurs et dans le top 20 national de toutes les écoles d’ingénieurs. Suprinfo jouit d’une excellente image auprès des entreprises, comme en témoigne le président de Microsoft France, parrain de la promotion 2006, qui la qualifie d’ « école prestigieuse ».

Depuis 2009, les établissements sont gérés en France par des entreprises franchisées, selon une répartition géographique. Si nous sommes effectivement en procès avec certains franchisés, nous démentons avoir tenu à leur égard les propos qui nous sont imputés dans cet article. »

La réponse de l’Etudiant

Letudiant.fr a bien contacté Monsieur Alick Mouriesse, président de Supinfo, avant publication de son enquête, et confirme la totalité de son enquête ainsi que les propos qui lui sont imputés.

Si nous laissons à M. Mouriesse la responsabilité de la présentation de son école au sein de ce « droit de réponse », nous devons néanmoins préciser que Supinfo n’est pas une école d’ingénieurs habilitée par la CTI (Commission des titres d’ingénieur).

Fabienne Guimont, avec Sylvie Lecherbonnier
Février 2010

Pour en savoir plus
En complément de notre dossier, l'enquête d'Educpros sur Supinfo et ses franchises. 

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