1. Admission en filière sélective : passez le cap de l'entretien
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Admission en filière sélective : passez le cap de l'entretien

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Même si l'entretien tourne à la discussion à bâtons rompus, sachez rester maître du jeu. // © plainpicture/Cavan Images/Jonathan Chapman
Même si l'entretien tourne à la discussion à bâtons rompus, sachez rester maître du jeu. // © plainpicture/Cavan Images/Jonathan Chapman

Si vous avez été convoqué à un entretien de motivation, c'est que votre dossier a été jugé intéressant. Entraînez-vous à vous présenter pour bien défendre votre candidature à l'oral, mais surtout restez vous-même ! Les conseils d'étudiants et de responsables de formations, extraits de l'ouvrage “Réussir sa candidature pour entrer en filière sélective” de Séverine Maestri.

L'entretien dure en général entre vingt minutes et une demi-heure en moyenne. Le temps de faire bonne ou mauvaise impression. S'il peut tourner à une discussion à bâtons rompus et paraître convivial, sachez rester maître du jeu. Comme le dit très pertinemment Stéphanie Duval, coordinatrice pédagogique “admissions et certifications” chez Initiatives, organisme de formation aux carrières du social et du médico-social : “Plus vous donnez des pistes, plus vous orientez le jury. Moins vous en dites, plus le jury vous amènera sur des terrains que vous n'avez pas forcément envie d'aborder.”

Dans certaines écoles où les langues sont importantes, une partie de l'entretien peut se dérouler dans la langue de Shakespeare, comme à l'ESCAET (École supérieure de commerce et d'administration des entreprises du tourisme) par exemple : “Le dernier quart d'heure de l'entretien se déroule en anglais”, explique Constance Huckendubler, directrice de la formation initiale. Dans ce cas, la seule solution est de s'entraîner afin d'être prêt pour le “jour J”. Surtout si vous avez indiqué sur votre CV être quasiment bilingue et que vous cherchez vos mots. Devant votre miroir, face à un proche bienveillant ou, mieux, devant quelqu'un capable de vous corriger, il va falloir dérouler votre CV en anglais. Si votre formation est proche des médias, vous pouvez tenter de vous entraîner en parlant d'un sujet d'actualité qui vous a marqué les jours précédents. Si une partie de la formation se déroule en anglais, votre capacité à vous exprimer dans cette langue sera décisive pour la sélection ; si vous devez l'utiliser ponctuellement, l'exigence de l'examinateur sera moindre.

Soyez positif

Ne dites pas : “Je n'ai pas fait de stages”, “Je n'ai aucune expérience professionnelle”, “Je n'ai pas de loisirs !”. Si tel est le cas, accentuez plutôt les qualités qui vous permettraient de suivre la formation désirée et commencez plutôt vos phrases par : “J'ai…”, “Je suis…”.

Si vous voulez que le responsable croie en vous et ait envie de vous prendre dans sa formation, il faut que vous-même croyiez en vous ! Et si reconnaître ses faiblesses est une force, car l'étudiant parfait n'existe pas, il est plus opportun ici d'évoquer ses points forts que ses points faibles.

Ne mentez pas !

Certains se survendent comme ils ont parfois exagéré certaines de leurs compétences sur le CV. Là encore, vous ne serez pas sélectionné sur un mensonge et il vaut mieux être soi-même. Didier Zaraya, responsable des licences professionnelles techniques journalistiques à l'université Paris 8, explique qu'il cherche des étudiants passionnés par les médias : “Parfois en entretien certains se disent très motivés et passionnés par les médias ; or, lorsqu'on creuse un peu et qu'on leur demande ce qu'ils lisent, ce qu'ils écoutent comme radios, là il n'y a rien. S'ils n'ont aucune culture média, cela devient rédhibitoire.”

Autre exemple, heureusement anecdotique, rapporté par Michaël Korchia, enseignant en marketing à la Kedge Business School à Bordeaux : “Un étudiant en entretien a annoncé qu'il parlait plusieurs langues (dont le russe et le suédois) et j'étais en binôme avec un collègue qui, fait exceptionnel, et malheureusement pour le candidat, parlait près d'une vingtaine de langues. Mon collègue s'est alors adressé à lui en plusieurs langues, mais le candidat n'en comprenait pas une seule. Il avait menti. Pour lui l'aventure s'est terminée là !”

Nous pourrions multiplier les exemples mais, vous l'aurez compris, quelques secondes de “paraître” peuvent vous faire revenir à la case départ, comme cet étudiant qui, en entretien pour une formation en informatique, disait rêver de travailler dans la restauration ! Un manque d'analyse sur vos véritables motivations peut vous perdre. Vous n'avez pas postulé par hasard dans la formation. Et si, dès le départ – c'est-à-dire au moment de la rédaction de votre lettre – vous avez fait le point sur vos envies, ce sera tout naturellement que vous montrerez, en entretien, l'adéquation entre vos projets d'études et la formation. Votre démarche paraîtra logique.

Quelques questions types

Parlez-moi de vous…

Entraînez-vous à répondre à cette question qui consiste à retracer votre parcours. “Je leur demande de se présenter, de présenter leur parcours et leur projet professionnel, explique Valérie Pham-Trong, directrice de IONIS-STM, et si ce sont des admissions parallèles en fin de dernière année, je leur pose la question suivante : si demain vous deviez postuler dans une entreprise, où enverriez-vous votre CV ? Comme notre école se destine à des secteurs bien identifiés tels ceux de l'énergie, des biotechnologies ou des TIC [technologies de l'information et de la communication], par exemple, cela me permet de voir s'ils ont ou non une bonne vision du marché. S'ils n'ont aucune idée d'entreprise, cela les dessert forcément à ce niveau de la sélection, mais en général ils sont capables de citer quelques entreprises du secteur.”

Pourquoi avoir choisi cette formation (cette option, cette école, etc.) ?

Le responsable cherche à savoir quelles circonstances vous ont conduit à vous intéresser à un secteur ou un métier et à choisir cette formation plutôt qu'une autre ? Il s'agit pour lui de savoir si vous êtes sûr de vous. Vous pouvez associer ce choix à des activités extrascolaires ou des passions qui lui sont liées.

Que vous a apporté ce stage (cette expérience professionnelle, ce job…) ?

Le responsable de formation voudra peut-être en savoir davantage sur une de vos expériences ou un de vos stages pour évaluer, cette fois-ci, vos compétences. Lors de l'entretien à l'école Sup de Co Montpellier, les étudiants doivent évoquer “deux expériences de leur choix dans lesquelles ils étaient acteurs”, explique Thierry Dupuich, responsable du développement et des concours du programme Bachelor à Montpellier Business School (groupe Sup de Co Montpellier).

Pourquoi vous plutôt qu'un autre ?

Voilà une question qui en déstabilise plus d'un. “Pour tester la motivation des candidats en entretien, je leur dis souvent : ‘J'ai 100 candidats avec un bon dossier comme vous, pourquoi je vous prendrais… vous ?’ Me répondre ‘Je suis très motivé’ n'est pas un argument suffisant. Si l'élève parvient à faire une synthèse de son parcours et à se projeter de manière cohérente dans le secteur d'Internet, cela me suffit, mais il faut argumenter”, explique Philippe Métayer, directeur du DUT MMI (métiers du multimédia et de l'Internet) à Bordeaux 3.

En revanche, dire “Parce que je suis le meilleur”, même sur le ton de l'humour, est la pire des réponses.

Que faites-vous en dehors du temps scolaire ?

Voilà une question qui n'est jamais innocente. C'est à ce moment-là qu'il faut parler de vos passions (sportives, culturelles…), de votre investissement associatif, bref, de ce qui fait votre personnalité. “Pendant l'entretien, raconte Robin, élève ingénieur à l'ENSIACET, le jury m'a fait parler de mes activités sportives car j'ai longtemps pratiqué le handball. Ils m'ont demandé ce que cela m'avait apporté, ce à quoi j'ai répondu que j'avais appris l'esprit de cohésion et d'équipe. Et comme j'étais capitaine, j'ai ajouté avoir appris à manager une équipe et cela leur a plu.”

Restez vous-même

Comment s'habiller ?

Le meilleur moyen de savoir comment s'habiller est de se demander quels sont les “codes” de votre futur secteur professionnel ou votre futur métier, ce qui n'est pas évident surtout pour les jeunes bacheliers. On admettra davantage une tenue classique et sobre dans une formation commerciale ou marketing et on acceptera qu'un futur étudiant en école d'arts puisse s'habiller dans un style plus original, personnel, voire un peu excentrique.

Julie, 17 ans, admise à l'EBP International à Bordeaux, raconte avec humour son arrivée, le jour de son entretien oral : “Je ne savais pas qu'il fallait s'habiller sobrement. Moi j'avais mis un tee-shirt vert à fleurs, un pantalon bleu et des chaussures à talons et on ne voyait que moi ! Bref, je n'avais pas du tout la tenue adéquate et lorsque j'ai vu toutes les filles en tailleur j'ai demandé à quelqu'un de me prêter un pull noir et je ne l'ai plus enlevé.”

Thierry Dupuich résume ainsi cette problématique : “Il faut une tenue professionnelle afin de montrer que vous avez coupé le cordon avec votre statut de lycéen ce qui n'est pas toujours évident car le passage psychologique de lycéen à étudiant du supérieur ne se fait pas en deux mois d'été.” Difficile concrètement de se projeter, mais bannissez les couleurs trop voyantes ou le “look vacancier” tout en choisissant une tenue confortable. Nul besoin d'emprunter le costume de votre cousin si vous n'êtes pas à l'aise avec ce type de tenue.

Évitez de jouer un rôle

Comme le dit très justement Julie : “Si on joue un rôle pendant l'entretien, on est condamné à jouer ce rôle tout au long de la formation, et ce n'est pas possible, alors autant être soi-même.” Ne confondez pas “s'adapter à la personne que vous avez en face de vous” et “jouer un personnage qui n'est pas vous”. C'est cette nuance que les examinateurs percevront tout de suite et ils vous soupçonneront de cacher quelque chose. Ce manque d'honnêteté les rendra méfiants, alors que vous cherchez à les séduire. L'entretien est avant tout un échange, au cours duquel il faut rester naturel.

Le B.A.BA

Jérôme Saillard, responsable d'un DUT GTE (génie thermique et énergie) en alternance, fait passer des “entretiens blancs” à ses élèves qui cherchent une entreprise d'accueil pour leur diplôme afin de les préparer à leur futur entretien d'embauche : “Nous sommes plusieurs enseignants à faire passer ces oraux. On leur apprend à ne pas mettre les coudes sur la table, à se tenir droit, à ne pas dire qu'ils connaissent le secteur s'ils n'ont jamais travaillé de près ou de loin dans le secteur de l'énergie, à regarder l'interlocuteur dans les yeux, à ne pas être complètement introverti, à s'asseoir quand on le leur demande. On insiste surtout sur la forme, car sur le fond les entreprises savent qu'ils ont juste leur bac et n'ont pas d'expérience, mais elles veulent avoir en face d'elles des jeunes motivés et curieux.”

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux Éditions de l'Etudiant :
Réussir sa candidature pour entrer en filière sélective”,
par Séverine Maestri.

Sommaire du dossier
Entretien collectif, mise en situation… les autres oraux des filières sélectives Admission en filière sélective : dans les coulisses d'un entretien de motivation