1. « J'hésite entre une licence d'arts plastiques et une MANAA »
Décryptage

« J'hésite entre une licence d'arts plastiques et une MANAA »

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À 17 ans, Déborah se partage entre Marseille et Avignon. Dès le collège, elle n'a pas hésité à quitter la cité phocéenne pour s'installer au pied du palais des Papes. Laconique, elle s'explique : « Un lycée marseillais me permettait bien de suivre des cours d'arts appliqués, mais j'ai préféré partir en internat en Avignon. » Mordue de décoration, de peinture et de mode, elle est en terminale L options arts plastiques et hésite entre la fac et une prépa en vue d’un BTS ou d’un DMA.

La passion pour la décoration et la mode, pour Déborah, c’est de famille ! Son père, peintre-décorateur, et sa mère, férue de décoration intérieure et qui rêvait elle-même de devenir styliste, lui ont d'ailleurs toujours laissé mettre la main à la pâte. « On a beaucoup de livres sur la décoration qui traînent à la maison. Si j'ai parfois aidé mon père, je préfère faire des collages, sculpter ou coudre quelques vêtements... »

Styliste…

Mélanger les couleurs, les matières, les pois et les rayures... Deborah n'aime pas suivre mais précéder la mode. Pour se forger son propre goût, elle a des astuces, comme rechercher sur Internet les photos des nouvelles créations de Jean Paul Gaultier, Karl Lagerfeld, Vivienne Westwood ou John Galliano (« J'aime sa folie. Il n'a aucune mesure »). Avec ses amies, elle se rend aussi plusieurs fois par semaine dans son enseigne préférée : « On essaie les vêtements les plus moches avant de prendre des photos. Ainsi, on est sûres de savoir ce qu'on ne veut pas porter ! » s'amuse-t-elle.

… ou photographe

Depuis peu, Deborah s'est découvert une nouvelle passion : la photographie. Son idole ? David LaChapelle. « J'aime son mélange d'univers parallèles, son côté décalé... Mes amies apprécient son esthétisme. Moi, je préfère les touches de trash qu'il intègre dans son travail. » Du coup, Deborah hésite sur son avenir. Doit-elle suivre une année de MANAA (mise à niveau en arts appliqués) en vue d'intégrer un BTS (brevet de technicien supérieur) design de mode, textile et environnement et pourquoi pas poursuivre en école d'art ? Ou alors faire une fac d'arts plastiques, pour se donner davantage le temps de la réflexion ?

Une année obligatoire avant un BTS ou un DMA

La MANAA a été mise en place pour des élèves issus des bacs généraux et des brevets de techniciens qui souhaitent poursuivre leurs études en BTS arts appliqués ou industries graphiques, ou encore obtenir un DMA (diplôme des métiers d'arts). Aujourd'hui, seuls les titulaires d'un bac STI spécialité arts appliqués peuvent accéder directement à ces formations supérieures, qui mènent aux carrières d'architecte, de décorateur d'intérieur ou de styliste.
Gare à ne pas confondre la MANAA et les autres préparations aux écoles d'art, ces dernières n'étant ni obligatoires ni limitées à certains bacs ! La MANAA, qui a pour but de faire découvrir aux élèves le domaine des arts appliqués (design de produit, d'espace, de communication visuelle et de mode), ne peut être dispensée que dans des lycées publics ou dans certains lycées privés habilités à le faire.

Apprendre à concevoir en MANAA

Les élèves apprennent à concevoir, tout en respectant un cahier des contraintes, esthétiques ou techniques. En design de mode, par exemple, les élèves doivent connaître les propriétés d'un tissu, ce qu'il est possible ou non de réaliser avec, etc. Deborah fait la moue : « J'ai fait une seconde arts appliqués et j'ai détesté toutes ces contraintes. C'est pour cette raison que je me suis réorientée en arts plastiques... Ce que j'aime, c'est créer. »

La fac pour se donner plus de temps…

Histoire et philosophie de l'art, dessin, sculpture ou encore analyse des arts plastiques... : l'éventail des cours est large en fac d'arts plastiques, surtout en première année. « Notre mission est de donner des outils généraux tant sur le plan théorique que pratique, explique Ivan Toulouse, responsable des arts plastiques à Paris 8. C'est pour cette raison que nous obligeons nos premières années à suivre un enseignement diversifié avec des cours de musique, de philo, etc. C'est en mangeant de tout qu'un artiste peut grandir ».
Selon les universités, les cours peuvent varier. Certaines proposent une spécialité en photographie, d'autres en audiovisuel. En troisième année, outre un enseignement sur les pratiques artistiques, des spécialités en art contemporain, arts numériques ou conservation des biens culturels sont possibles.

… et se laisser plus d’ouvertures

Certaines facs font passer un test aux candidats qui souhaitent s'inscrire en première année ou les admettent après avoir étudié un dossier de « préinscription pédagogique ». Si tous les bacheliers sont acceptés, les titulaires d'un bac L représentaient un peu plus de 50 % des inscrits en 2005. Deborah semble tentée : « Je pourrais encore toucher à tout et faire de la photo avant de me décider... Je me rends compte que j'ai encore besoin de références. »

Réussir sa terminale

Si Deborah opte pour la MANAA, elle sait qu'elle devra travailler d'arrache-pied dès cette année. Seuls les bacheliers fraîchement diplômés ou qui l'ont été l'année précédente peuvent s'y inscrire. Une présélection étant faite sur dossier, inutile de dire que les notes de terminale sont scrutées à la loupe. Entre autres... « La majorité des dossiers que nous recevons proviennent de candidats issus de la série L, souligne Isabelle Willer, professeur et coordinatrice des sections arts appliqués au lycée Denis-Diderot de Marseille. La concurrence est si forte entre eux que nous les présélectionnons sur leurs notes de première et de terminale. Et nous ne nous limitons pas aux notes des matières artistiques. Nous regardons également celles des matières générales. »

Une forte sélection en MANAA

Pour seulement 45 places, le lycée marseillais ne reçoit pas moins de 400 demandes d'inscription. Les dossiers, qui sont à retirer dès janvier ou février selon les établissements, doivent être remplis par les professeurs de terminale, comprendre les bulletins scolaires, un échantillon des productions artistiques du candidat, ainsi qu'une lettre de motivation. Les élèves présélectionnés doivent ensuite plancher pendant trois heures sur une épreuve nationale, écrite et graphique. Sont jugés leur créativité, leur curiosité intellectuelle, leur sens de l'actualité, critique, esthétique et plastique, ainsi que leur maîtrise de la communication écrite et graphique.

Un cursus exigeant à la fac

Si la sélection est moins rigoureuse en première année de fac d'arts plastiques, elle n'en est pas moins présente soit dès le deuxième semestre (au moment des réorientations), soit au niveau du master. Bon nombre des diplômés de la filière s'orientent vers l'enseignement. En 2005, pour 2 768 candidats au CAPES (certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement secondaire) d'arts plastiques, seuls 190 postes étaient ouverts. En 2006, seuls 16 postes sont proposés en agrégation d'arts plastiques, 10 en arts appliqués.
D'autres diplômés bifurquent vers des écoles d'art spécialisées. Les concours d'entrée de certaines écoles de photographie, comme celle d'Arles (13), ne sont accessibles qu'au niveau bac + 2. Quatre années d'études préalables ou d'expérience artistique sont même indispensables pour celle de Tourcoing (59).

Pour Deborah, la fac semble l'option la plus séduisante. Mais... « je dois travailler cette année pour savoir enfin de quoi je suis capable. Après, on verra... »


Déborah commente ses notes
- Bac de français : 6/20 à l'écrit, 9/20 à l'oral. Ce n'est pas mon point fort ! Et puis, étudier Corneille... Je préfèrerais travailler sur des textes d'Amélie Nothomb.

- Épreuves anticipées de maths : 17/20. Si les cours sont bien faits, je n'ai pas vraiment besoin de travailler les maths à la maison.

- Épreuves anticipées de physique-chimie-SVT : 13/20. Cela correspond à ma moyenne sur l'année, mais mes notes étaient fluctuantes.

- Histoire/Géographie : 12,7/20. L'an dernier, ma prof était géniale. Elle vivait, mimait tout ce qu'elle nous racontait... C'était vraiment passionnant.

- Anglais : 10/20. J'adore parler anglais, mais je ne connais pas mes conjugaisons. Cela me pose des problèmes à l'écrit.

- Arts plastiques : 14/20. Ma matière préférée.... C'est la seule chose dans laquelle je m'investis vraiment. Ça me plaît et, du coup, j'ai envie de travailler.

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