1. AES ou éco-gestion : quelle licence pour vous ?
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AES ou éco-gestion : quelle licence pour vous ?

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A Tours, des étudiants de l'UFR de droit, économie et sciences sociales. // © Université de Tours – A. Chézière
A Tours, des étudiants de l'UFR de droit, économie et sciences sociales. // © Université de Tours – A. Chézière

L'économie vous intéresse, mais vous hésitez entre une licence AES (administration économique et sociale) et une licence économie et gestion ? Quelles sont leur similitudes, leurs différences ? Dans leurs programmes, leurs débouchés… Nos conseils pour vous orienter vers la filière qui correspond le plus à votre profil et vos attentes.

Parce que les licences d'AES (administration économique et sociale) et d'éco-gestion sont toutes deux axées autour de l'économie, nombre d'étudiants ont le sentiment que ces deux filières proposent des formations assez semblables. À tort ! En effet, la formation en AES est plus généraliste et davantage tournée vers la fonction publique, tandis que l'éco-gestion demande de solides compétences en maths et s'ancre dans la réalité économique des entreprises.

Plutôt spécialiste en économie ou généraliste ?

La première grande différence entre les licences d'AES et d'éco-gestion réside dans le caractère pluridisciplinaire de la première. "En AES, la formation est composée d'environ un tiers de droit, un tiers d'économie et un tiers de sciences sociales et culture générale, avec des matières comme la sociologie, l'histoire des idées politiques ou la géographie, sans oublier les langues vivantes, énumère Eric Devaux, responsable de la filière AES à l'université de Limoges. C'est très bien pour des lycéens qui n'ont pas une idée précise de ce qu'ils souhaitent faire, mais cela demande une grande ouverture d'esprit."

L'important, pour ne pas être déçu, est de ne pas être focalisé sur un domaine. "Il faut aimer la polyvalence, estime Sylvain, en L3 à Lyon 3. Car en cours, on passe du droit à la comptabilité et au marketing." Reste, ensuite, à travailler régulièrement, d'autant que ce n'est pas évident d'être bon partout ! En effet, les deux premières années d'AES sont assez générales, et "parfois un peu trop théoriques notamment en droit civil ou droit des affaires", considère Sylvain, heureux d'avoir ensuite pu se spécialiser vers le management. 

Une orientation privilégiée par son université, tandis que la voisine Lyon 2 est davantage tournée vers la fonction publique. En effet, les licences AES ne sont pas toutes identiques, et il est important de bien se renseigner sur le programme avant de s'inscrire.

En économie-gestion, ces deux matières, qui donnent son nom à la filière, occupent une place prépondérante. "On étudie beaucoup l'histoire en lien avec les grands événements économiques, par exemple en comparant comment les différents pays ont réagi après le premier choc pétrolier, ou en s'intéressant à la création de l'Union européenne d'un point de vue à la fois économique et politique", explique Anaïs, en L2 à l'UPEC (université Paris-Est-Créteil). Une approche complétée par des cours de finances, marketing ou comptabilité.

Comme pour l'AES, c'est aussi en L3 qu'intervient une spécialisation plus pointue dans la filière économie et gestion. Les étudiants doivent alors choisir entre deux parcours : gestion, ou économie et finance.

Plutôt scientifique ou littéraire ?

Si les deux formations comportent des maths, en AES, il s'agit surtout de statistique et de macro-économie, qui donnent rapidement lieu à des illustrations de cas concrets. En revanche, les maths sont "beaucoup plus abstraites en éco-gestion où l'enseignement ressemble à celui dispensé en licence de maths, prévient Stéphane Goutte, responsable de la licence éco-gestion à Paris 8. Toute une partie du programme porte sur de l'analyse, avec l'utilisation de fonctions à une ou plusieurs variables."

Pour franchir ce qui apparaît à beaucoup comme une barrière, il est important de se sentir à l'aise en maths, ou, du moins, de ne pas y être réfractaire. "J'ai de bonnes bases, reconnaît Dieu-Mien, en L3 d'éco-gestion à l'université de Cergy-Pontoise. Cela m'aide car on se sert de dérivées ou d'intégrales pour construire des modèles économiques, par exemple pour calculer le taux d'intérêt pour le remboursement d'un prêt."

Cependant, rassure Stéphane Goutte, si le niveau en maths de la L1 d'éco-gestion est exigeant, les étudiants peuvent opter pour une deuxième puis une troisième année moins scientifique en s'orientant vers la gestion. Les férus de chiffres, quant à eux, choisiront l'option économie-finances.

En outre, certaines universités, dont Paris 8, proposent des cours de remise à niveau en maths pour les volontaires, avant la rentrée. "On incite notamment les bacs technos à venir, insiste Stéphane Goutte. D'autre part, des tests sont réalisés en début d'année. En fonction des résultats, nous proposons aux plus faibles des heures supplémentaires qui leur permettent de faire plus d'exercices ou de se faire réexpliquer certains points du cours."

Selon l'enseignant de Paris 8, les étudiants qui ont le plus de chances de réussir en éco-gestion sont issus d'un bac S ou d'un bac ES spécialité maths. "Même si les titulaires d'un bac ES classique doivent pouvoir suivre", précise-t-il. La licence AES demande davantage de qualités d'expression, écrite ou orale, notamment pour les matières juridiques, plus "littéraires" qui demandent de savoir rédiger des études de cas et argumenter. D'où "les difficultés que peuvent rencontrer les titulaires d'un bac STMG, contrairement aux ES, observe Éric Devaux. C'est alors la motivation qui fait la différence."

À noter : il est possible de rejoindre une filière éco-gestion, plutôt au sein du parcours gestion, en troisième année, après un BTS ou un DUT dans ces domaines : à Paris 8, c'est le cas d'un tiers des étudiants de L3.

Des filières sélectives dans chaque licence

Qu'il s'agisse d'AES ou d'éco-gestion, de nombreuses universités proposent des parcours sélectifs pour les meilleurs étudiants. Ces deux licences peuvent en effet être intégrées à l'IAE (Institut d'administration des entreprises) qui sélectionne les candidats sur dossier. Si l'offre est plus fréquente en éco-gestion (dès la L1 à Nantes ou Perpignan, en L3 à Caen, Brest ou Orléans), elle existe aussi en AES (à Nancy ou Lyon 3 dès la L1).

En outre, quelques établissements ont mis en place des filières sélectives singulières, telles que le "parcours ++" de l'UPEC (université Paris-Est-Créteil) qui s'adresse aux étudiants désireux de découvrir ou de se lancer dans l'entrepreneuriat.

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À l'université Paris-Est Créteil, en amphi d'économie-gestion. // © UPEC / Nicolas Darphin

Des débouchés plus larges en éco-gestion

Concernant les débouchés, gardez tout d'abord en tête que les licences AES, comme économie et gestion, ne sont pas professionnalisantes et qu'il vaut mieux poursuivre en master pour trouver un emploi. À moins que vous ne soyez tentés par les concours de la fonction publique. Dans ce cas, c'est filière AES qui vous y préparera le mieux, dès le niveau bac+3, ouvrant la voie au domaine de la gestion territoriale. Avec, à la clef, des postes notamment de chargé de mission sur les finances locales, les aides sociales ou l'éducation.

L'enseignement reste aussi un débouché possible, qu'il s'agisse du concours de professeur des écoles ou du CAPES d'éco-gestion. Ici, chaque filière a ses avantages et ses points faibles. "Le programme d'AES comporte une part de sociologie importante qui peut manquer aux économistes. Mais ceux-ci se rattrapent sur les maths", relève Éric Devaux.

Après un master, selon sa spécialité, la filière AES donnera accès à des postes de cadre, fonctionnaire ou contractuel, dans l'administration d'État ou les collectivités territoriales, ainsi que dans le secteur de l'économie sociale et solidaire, mais aussi à des emplois assez divers dans le privé : assistant du directeur des ressources humaines ou du responsable commercial international, conseiller clientèle, gestionnaire dans une PME, assistant juriste d'entreprise…

Le choix reste cependant plus ouvert pour les étudiants d'éco-gestion, qui ont accès à davantage de masters et donc, in fine, des débouchés plus variés dans la banque, l'assurance ou la gestion de patrimoine, mais aussi l'analyse financière, l'audit ou le notariat, ainsi que les ressources humaines ou le marketing.

Si certains secteurs sont accessibles après les deux filières, les métiers ne sont pas la mêmes. "Par exemple, en RH, un diplômé d'AES s'occupera de droit ou de gestion des contrats de travail, tandis que celui d'éco-gestion aura une vision comptable et s'intéressera au coût du travail", indique Stéphane Goutte. De même, dans une banque, le premier sera plutôt chargé de clientèle quand le second travaillera sur des propositions de contrat ou de plafond d'assurance." Au-delà des secteurs professionnels, ce sont surtout les approches qui diffèrent. La vôtre reflétera la formation que vous aurez suivie.

L'échec en AES : d'abord une question d'orientation
La première année de licence d'AES fait partie des filières qui affichent les taux d'échec les plus importants à l'université : seul un quart des étudiants inscrits en L1 passe directement en deuxième année. Contre un peu plus de 40 % en économie-gestion.
Loin d'être lié à niveau d'exigence – celui-ci est en effet identique pour les deux filières –, l'échec en AES vient d'abord et surtout du manque de motivation de nombreux étudiants, lié à une erreur d'orientation. Pour preuve, plus de la moitié des étudiants d'AES changent de discipline ou quittent l'université à l'issue de leur première année (pour savoir si vous êtes vraiment fait pour une licence AES, faites notre test).
Quant à l'éco-gestion, "l'échec vient le plus souvent des difficultés en maths et en micro-économie, les UE (unités d'enseignement) les plus théoriques", observe Stéphane Goutte, enseignant à Paris 8.

Sciences économiques : une filière en voie de disparition ?
Extrêmement scientifique, avec une forte dose de maths, la licence de sciences économiques a tendance à disparaître des offres de formation des universités. Si elle reste proposée par les universités Paris-Dauphine ou Toulouse 1 – Capitole, elle est ailleurs peu à peu remplacée par le parcours économie-finance de la licence éco-gestion, qui capte la majorité des effectifs : les étudiants y sont aujourd'hui quatre fois plus nombreux qu'en AES.