1. Supérieur
  2. Licence / Université
  3. Conseils d'administration des universités : quel rôle pour les étudiants élus ?
Décryptage

Conseils d'administration des universités : quel rôle pour les étudiants élus ?

Envoyer cet article à un ami
Dans chaque conseil d'administration, des étudiants élus sont chargés de vous représenter. // © shocky/Adobe Stock
Dans chaque conseil d'administration, des étudiants élus sont chargés de vous représenter. // © shocky/Adobe Stock

L'année 2020 est synonyme d’élections dans les universités, les représentants du personnel et les présidents arrivent en effet au terme de leur mandat de quatre ans. Mais les étudiants ne sont pas en reste. Tous les deux ans, plusieurs d’entre vous peuvent être élus au conseil d’administration (CA) et influer sur la vie étudiante, les formations, ou encore le budget de l’université.

Le conseil d'administration (CA) détermine la politique de l’université. À ce titre, il est consulté sur les formations, la recherche, le budget, l’élection du président ou encore les libertés universitaires, syndicales et politiques des étudiants. Il est composé de représentants des professeurs, des enseignants chercheurs, du personnel, mais aussi des étudiants. Les étudiants sont élus par les autres étudiants au suffrage direct.

Dahmane Dehmouni, étudiant en Master 1 innovation et communication à l’université Sorbonne Paris-Nord (ex-Paris 13), a été réélu en novembre dernier pour un deuxième mandat au conseil d’administration. Aux côtés de cinq autres étudiants, il représente la communauté étudiante auprès de l’université.

"Notre rôle consiste à défendre les intérêts des étudiants et à faire des propositions pour améliorer les conditions d’études et de vie. Nous faisons aussi l’intermédiaire entre les étudiants et l’administration. Et parfois, nous les représentons pendant les commissions disciplinaires, un peu comme des avocats", explique Dahmane.

Un rôle très chronophage : il faut assister aux réunions du CA, où se déroulent les votes, mais aussi faire des propositions à l’université avant les votes, discuter avec les étudiants… "Nous sommes très sollicités par les étudiants, notamment en septembre, par ceux qui n’ont pas réussi à s’inscrire. Il faut les écouter et trouver des solutions", explique le jeune homme.

Lutter contre la précarité étudiante

En deux ans, les étudiants élus au CA de l’université Sorbonne Paris-Nord ont fait changer les choses. Un budget de 200.000 euros a été débloqué pour exonérer de frais d’inscription des étudiants non boursiers mais en difficulté. Plus d’une centaine de jeunes ont profité de cette aide, selon Dahmane. Un partenariat avec le CROUS a aussi permis de créer un espace de vie étudiant.

Lire aussi : Gel des loyers et trêve hivernale : les mesures contre la précarité étudiante

Pour ce nouveau mandat, la liste de Dahmane a mis en avant de nouvelles revendications : "l’arrêté licence nous a privés de plusieurs droits, comme la compensation des notes ou le redoublement. Nous voulons rétablir la compensation entre les semestres". Les étudiants élus veulent aussi lutter contre la précarité étudiante, avec l’ouverture d’une épicerie solidaire sur le campus. Autre piste : un suivi personnalisé des étudiants en difficulté financière par des assistants sociaux, voire le déblocage d’une bourse supplémentaire.

Favoriser les échanges

Germain L’Hostis, étudiant en 1ère année à l’école d’ingénieurs ESPCI Paris, consacre lui aussi une grande partie de son temps à son mandant d’élu au CA de l’université PSL. Contrairement à Dahmane Dehmouni, il n’a pas été élu au suffrage direct. Le CA de l’université PSL regroupe en effet 11 établissements (le Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique, l’École nationale des chartes, l’École nationale supérieure de Chimie de Paris, l’École nationale supérieure des Mines de Paris, l’École normale supérieure, Paris-Dauphine…) et ce sont les étudiants élus au CA de chaque établissement qui ont voté pour leurs trois représentants au CA de l’université PSL.

"Plusieurs établissements devaient être représentés sur chaque liste. J’ai candidaté avec des amis de l'ENS, des Mines et de Chimie Paris", raconte Germain. Sa liste, arrivée première au suffrage, a fait campagne sur l'identité de PSL. "On n’avait pas l’impression de faire partie de la même université. On souhaite accentuer le sentiment d'appartenance à la même université."

Germain L’Hostis et Arnaud Jégou, élus au conseil d'administration de l'université Paris Sciences et Lettres. // © Nelly Manoukian/ PSL
Germain L’Hostis et Arnaud Jégou, élus au conseil d'administration de l'université Paris Sciences et Lettres. // © Nelly Manoukian/ PSL

Pour créer cette dynamique, l’étudiant avance plusieurs pistes, comme un tournoi de sport inter-écoles, un budget dédié aux associations étudiantes inter-établissements et la possibilité de découvrir des cours dispensés dans d’autres établissements. "Par exemple, je m’intéresse à la culture, mais il n’y a pas de cours dans ce domaine en école d’ingé. Je pourrais assister à un cours de théâtre au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique".

Acquérir de nouvelles compétences

Avant chaque CA, les étudiants élus de PSL doivent contacter les étudiants élus de chaque établissement. D’une part, pour leur demander leur avis, et d’autre part, pour faciliter la mise en place des décisions prises en CA, qui s’appliquent ensuite à tous les établissements.

Ils sont aussi en contact avec les vice-présidents "vie étudiante", les associations et les syndicats. Les étudiants élus ont un poids conséquent : ils sont consultés à chaque réunion préparatoire, comme en ce moment sur la création de formations inter-établissements.

Le mandat d’étudiant élu est donc prenant, mais il permet de développer de nombreuses compétences. "C’est très professionnalisant, notamment en termes de médiation. Ça permet de faire des rencontres que je n'aurais jamais été amené à faire", souligne Germain. "On apprend à étudier un budget, à argumenter et à débattre. J’ai atteint un bon niveau en négociation", ajoute Dahmane. Un vrai plus pour votre CV.