Coronavirus : la situation inégale des étudiants face aux examens à distance

Par Arnaud Delayre, publié le 05 Juin 2020
6 min

En raison de la crise sanitaire, les partiels ont lieu à distance en cette fin de semestre. Plusieurs étudiants témoignent de leurs difficultés face à des décisions de dernière minute et des problèmes d’équipement numérique.

Personne ne l’a vu venir. Le Covid-19 a transformé l’année universitaire 2019–2020 en un casse-tête inédit. Pour préparer la tenue des examens, certaines universités se sont mobilisées dès le début du mois d’avril. À Aix-Marseille, professeurs et étudiants élus ont rédigé avec la direction une charte pour assurer leur bon déroulement. Parmi les modalités votées et adoptées en CFVU (Commission de la formation et de la vie universitaire), le "10 améliorable". Autrement dit, toutes les notes obtenues pendant le confinement en dessous de 10 ne sont pas comptabilisées. Un gros coup de pouce pour les étudiants.

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Tiers temps non respecté

Malgré cela, bon nombre d’entre eux ont rencontré des difficultés. Une grande partie des examens se font désormais en ligne, sur la plateforme Ametice, et ils ont souvent lieu les uns après les autres. "À cause de mes problèmes de santé, j’ai le droit à un tiers temps, mais je n’ai pas pu l’utiliser. Mes partiels de comptabilité managériale et de droit se chevauchaient et ça m’a pénalisé pour la compta", explique Allan, en deuxième année d’AES (Administration économique et sociale) à Aix-Marseille Université. "Mon droit à un temps supplémentaire a été bafoué".

Pour Maud, en première année de master d’éco-gestion à AMU et élue de la FAMI (Fédération Aix-Marseille Interasso), la durée des épreuves a aussi posé problème. "Deux semaines avant le partiel, mon prof nous envoie par mail la date, la durée et le nombre de questions pour l’examen, soit une heure pour répondre à 40 questions", détaille l’étudiante.

Puis, deux jours avant le jour J, les modalités changent. Il faut maintenant renseigner le QCM de 40 questions en seulement 20 minutes. "Je me suis plainte au professeur et il a décidé de nouvelles modalités, encore une fois. On est passé à 120 questions en une heure". Une situation partagée par beaucoup d’étudiants, selon les témoignages que l’on peut lire sur différents forums, comme "Bordel de Droit".

Connexion internet défaillante

Rendre un examen ou bien un devoir maison nécessite par ailleurs une bonne connexion… que ne possèdent pas tous les étudiants de France. Cette disparité face à l’accès à internet s’est accentuée avec le confinement. "Ma box saute régulièrement. À cause de ça, j’ai rendu deux devoirs en retard", peste Baptiste, en première année de philosophie à Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Et pas besoin d’habiter une zone blanche pour rencontrer ce problème. Confinée dans le 5e arrondissement de la capitale, Katel, en première année d’une double licence sciences politiques-droit, elle aussi à Paris 1, met "30 minutes pour ouvrir un mail", et plus longtemps encore pour se connecter à un partiel en ligne, auquel accèdent environ 40.000 étudiants en même temps. Inévitablement, le site sature et saute.

Maria, étudiante en 3e année de droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, est rentrée auprès des siens en Vendée au début de la crise sanitaire. Depuis le début du confinement, elle cumule les problèmes. "Mon ordi portable m’a lâchée, ma connexion est pourrie et j’ai attrapé le Covid-19", énumère-t-elle. "La vraie galère c’était pour rédiger les DM à la main et les envoyer ensuite par mail avec une capture d’écran pour prouver ma bonne foi aux professeurs".

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Accès à un ordinateur personnel

Selon une enquête de Paris 1 Panthéon-Sorbonne réalisée par mail auprès de l’intégralité des étudiants de l’université, 27% des répondants n’ont pas accès à un ordinateur personnel. Soit ils n’en n’ont pas, soit ils le partagent avec l’ensemble de la famille. Chez Inès, en première année de lettre à Sorbonne-Université, le seul ordinateur disponible est aussi utilisé par ses parents. "Je me suis sentie abandonnée par l’université. Ils ont parlé d’une minorité d’étudiants touchés, sauf que 27% c’est déjà trop", regrette l’étudiante descendue rejoindre sa famille dans le Sud-Ouest de la France au moment du confinement.

Pour remédier au problème d’accès à internet et à un ordinateur personnel, Paris 1 a mis en place une aide financière à hauteur de 500 euros maximum pour accompagner les plus démunis dans l’achat de cet équipement indispensable vu les circonstances. Cette décision a été prise le 14 avril dernier. "J’attends toujours le versement !", enrage Maria. Comme elle, plus de 2.000 étudiants ont fait la demande de ce soutien financier.

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