Des initiatives pour aider au raccrochage

Par Isabelle Maradan et Emmanuel Vaillant, publié le 16 Octobre 2009
5 min

Ils décrochent leur bac puis décrochent de la fac. Pas forcément mauvais élèves ou paresseux, nombreux sont ceux qui quittent l’université sans diplôme. Certains reprennent le chemin des études. Le plus souvent par une autre voie. Enquête, témoignages et conseils.

"Beaucoup ont tenté l’aventure de l’université avec un bac techno ou un bac pro et se retrouvent en échec, observe Zohra Redjem, responsable de l’expérimentation “Rebond” à l’AFIJ (Association pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés). Quand ils reviennent, ils privilégient l’alternance parce qu’ils ne veulent plus de ce qui les a fait quitter la fac." Depuis 2001, l’association, connue pour accueillir des jeunes diplômés, a vu arriver un nouveau public : des jeunes qui ont décroché de l’enseignement supérieur. Pour faire face à ces nombreuses demandes et accompagner ces jeunes, l’AFIJ a mené en 2004 une première action ciblée en Haute-Garonne. "Rebond" en est une extension nationale.
 

Organiser le repérage

 
"Il faut prendre au sérieux le terme même de décrochage. Il y a là l’idée forte que l’étudiant n’a plus prise, insiste Gérard Boudesseul, coauteur d’une enquête sur le décrochage étudiant publiée en 2009 par le Céreq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications). C’est pourquoi tout est bon à prendre pour redonner confiance et pour inciter les décrocheurs à raccrocher." Plusieurs universités semblent avoir pris la mesure du phénomène. Elles ne se contentent pas simplement d’inviter les étudiants à se rendre dans un CIO (centre d’information et d’orientation). Elles proposent des solutions concrètes.
 

Prévenir le décrochage

 
C’est le cas de l’université Paris 8, où les chargés de TD (travaux dirigés) ont été mis à contribution pour lutter contre le décrochage avec un volet "prévention". Des bilans de rentrée sous la forme de séances de discussion sont proposés dès la fin octobre aux élèves de L1. Ils permettent aux étudiants de s’exprimer et d’en faire part aux enseignants. "Notre objectif, souligne Marie-Louise Azzoug, responsable du SCUIO, est d’aider à faire prendre conscience des difficultés rencontrées par les étudiants, qu’il s’agisse de soucis touchant à l’organisation du travail, de rythme et de contenus des cours ou de problèmes d’emploi du temps, afin qu’ils se sentent mieux intégrés." Par ailleurs, des tuteurs d’accueil jouent un rôle pivot pour orienter les étudiants un peu perdus.

 

Cibler les filières sensibles

 

La prévention du décrochage s’organise aussi à Paris 10-Nanterre. Sandrine Collette, responsable du CREFOP (Centre de relations avec les entreprises et de la formation permanente), qui met en place un nouveau dispositif d’accompagnement, mentionne que "faire raccrocher les étudiants exige une démarche active qui consiste d’abord à les repérer et à établir un diagnostic". Dès le mois d’octobre, dans les trois licences de psychologie, d’AES (administration économique et sociale) et d’arts du spectacle, qui comptent le plus de décrocheurs, les chargés de TD sont incités à repérer les absents et à inviter ceux qui donnent les premiers signes de découragement à suivre un dispositif spécialement aménagé. Au programme : du développement personnel, de l’aide à la construction de projet, des stages, des remises à niveau à la carte…, par groupe d’une quinzaine d’étudiants qui peuvent sortir du dispositif dès qu’ils ont trouvé leur voie. "Au terme de ce cursus, les étudiants passent un DU [diplôme d’université] qui leur permet d’enchaîner sur une autre licence, de s’orienter vers un DUT (diplôme universitaire technologique), voire même de tenter une insertion professionnelle", note Sandrine Collette.
 

Réorienter les décrocheurs

 
À l’université de Bretagne-Occidentale, les étudiants bénéficient d’un dispositif baptisé O2 (Objectif orientation) destiné à les aider à changer d’orientation. "Chaque année, nous prenons en charge de 70 à 80 étudiants qui ont été détectés par leur enseignant référent, rapporte Gweltaz Hugen, responsable du dispositif. Nous les accompagnons pour construire un nouveau projet professionnel avec des tests d’intérêts, des stages, un travail sur le CV et la lettre de motivation, etc." La plupart redémarrent sur des formations courtes, telles que DUT ou BTS, le plus souvent en alternance.

 

Partir en BTS sans perdre une année

 

Autre dispositif qui a fait ses preuves : le "BTS 18 mois". L’avantage de la formule, c’est une scolarité qui débute en mars. Ce qui permet à des étudiants en échec à l’université de ne pas perdre une année. Ce fut le cas pour Sabrina, une étudiante qui a entamé une licence d’arts plastiques avant de rejoindre le lycée Jacques-Brel à La Courneuve pour y suivre un BTS communication. Deux lycées nancéens et un lycée messin accueillent également des raccrocheurs en BTS dans le secteur tertiaire. "À partir du mois de janvier, une campagne d’information est lancée dans les universités par voie d’affichage et relayée par les professeurs", indique Laurence Naert, chef du service académique d'information et d’orientation de Nancy-Metz. Une première promotion d’étudiants a passé ses examens en juin 2009 avec des taux de réussite comparables à ceux des étudiants qui les préparent en deux ans. "Nos professeurs nous disent souvent que nous sommes plus motivés que ceux qui ont commencé en septembre", confie Sabrina, une étudiante. Décrocher pourrait donc devenir un atout. À condition de reprendre des études.

Articles les plus lus

A la Une Université

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !