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Témoignage

Etudiants ultra-marins et étrangers : après le confinement, partir ou rester ?

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Sur le campus de Paris 8, à Saint-Denis, de nombreux étudiants étrangers bénéficient de la distribution de paniers alimentaires. // © Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA
Sur le campus de Paris 8, à Saint-Denis, de nombreux étudiants étrangers bénéficient de la distribution de paniers alimentaires. // © Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA

Leurs familles à des milliers de kilomètres, étudiants étrangers et ultra-marins se sont retrouvés seuls et sans revenus dans leurs chambres étudiantes. Les aides des Crous et des universités se sont révélées insuffisantes, et la solidarité entre étudiants et professeurs a pris le relais. Se pose désormais une épineuse question : rentrer et abandonner leurs ambitions, ou rester en France, et le cas échéant, comment ?

Au téléphone, Radia chuchote. Il ne faut pas qu'elle réveille l'amie qui l'héberge depuis la mi-mars. Pas facile, dans la chambre de 17m2 du Crous où elle vit depuis qu'elle a dû quitter sa sous-location dont le loyer s'élevait à 350 euros. Car avec le confinement, la jeune Guinéenne a perdu le contrat qui lui permettait de gagner 324 euros par mois pour dix heures de travail hebdomadaires dans la restauration.

Début avril, elle patientait dans la file du Secours Populaire, sur le parvis de l'université Paris 8. Avec le panier distribué chaque semaine et la carte alimentaire de 100 euros délivrée par l'université, elle pourra tenir jusqu'à la fin du confinement. L'établissement lui a aussi promis un virement de 250 euros et une aide pour acheter un ordinateur.

Etudiants ultra-marins : l'impossible retour ?

Au-delà des aspects financiers, le "mal du pays" est aussi tenace pour ces étudiants. Ludwig, Réunionnais de 18 ans, est arrivé en métropole en août dernier pour suivre un cursus d'histoire/histoire de l'art à l'université de Clermont-Ferrand. La fenêtre de sa chambre du Crous donne sur le boulevard : "Quand j'ai vu toutes les familles venir chercher les étudiants de mon bâtiment, sachant que moi, j'allais rester là, ça a vraiment été un coup dur".

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Deux mois qu'il est tout seul à son étage, alors que, dès la mi-mars, il voulait rentrer à la Réunion, rejoindre sa mère malade. Sur ses 455 euros de bourse, il doit payer son loyer de 250 euros, ses 100 euros de nourriture… mais aussi économiser pour son billet retour.

L'éloignement des familles précarise les étudiants ultramarins : 41% sont boursiers, contre 38% en moyenne en France, et doivent compter sur la solidarité des associations diasporiques. Les espoirs d'aides suscités par le discours du président de la République le 13 avril ont été douchés le 2 mai par un courrier de la ministre de l'Outre-mer annonçant seulement que les bénéficiaires des aides de Ladom (Agence de l'Outre-mer pour la mobilité), qui offre un billet aller-retour aux étudiants boursiers, pourront rentrer plus tôt chez eux. "On est loin de tous en bénéficier. Il y a ceux qui pourront rentrer et les autres", s'indigne Annecie Boyer, vice-présidente de l'UERH.

La nouvelle annonce du ministère des Outre-mer, faite le lundi 18 mai, a certainement constitué une bouffée d'air pour ces étudiants qui pourront finalement bénéficier de tarifs spéciaux pour des vols en direction des Antilles, de la Guyane et de la Réunion. Ils auront à présenter un justificatif de leur statut au moment de la réservation de leur voyage via Air France ou Air Austral.

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Etudiants étrangers : plus de précarité

Comme sur les étudiants ultramarins, le confinement s'est refermé tel un piège sur les étudiants étrangers. Issus pour une grande partie des classes moyennes de pays en développement, ils deviennent bien souvent à leur arrivée en France, des étudiants pauvres, que le confinement a jeté dans l'extrême pauvreté. Du côté des établissements et des Crous, aucune politique ne leur est spécifiquement adressée.

Comme tous les étudiants, ils bénéficient des aides spécifiques d'urgence des œuvres universitaires, dont le plafond est passé de 200 à 500 euros, et des fonds d'urgence débloqués par les universités. Ceux qui bénéficient des APL ajouteront à cela l'aide de 200 euros annoncée par Edouard Philippe le 4 mai. Bienvenus, ces divers coups de pouce n'ont malheureusement pas suffi.

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Une solidarité auto-organisée

À Paris 8 comme à Orléans, ce sont bien leurs situations qui ont alerté le syndicat Sud, qui s'est mis en lien avec le Secours Populaire. "On a envoyé un message pour proposer de s'inscrire aux distributions le lundi à 19 heures. Mardi, à 10 heures, on avait 180 demandes, et 700 à la fin de la semaine", raconte Sophie, syndicaliste. Parmi elles, une majorité d'étudiants étrangers qui viennent chaque mercredi récupérer leurs colis.

Même constat à Orléans, où Lucille Mollet, enseignante, détecte dès le début du confinement des étudiants qui n'ont plus de quoi manger, en majorité d'origine africaine. "Un jeune Ivoirien ne recevait plus l'aide financière de sa mère, enseignante, dont le salaire s'était interrompu avec le Covid-19." Elle organise un réseau d'enseignants pour leur porter des courses.

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Rester ou partir ?

Bien que les titres de séjours aient été prorogés de six mois, les étudiants étrangers savent qu'un échec aux examens peut être synonyme de non-renouvellement du droit à étudier en France. À l'Université Sorbonne-Paris Nord, à Villetaneuse, où l'on compte 5.000 étudiants étrangers, la question est sérieusement examinée. "Entre les grèves et le Covid-19, on peut dire que l'année scolaire 2019–2020 a été vraiment pourrie. On est dans un cas de force majeure, et les étudiants qui n'ont pas pu faire leur stage ne seront pas sanctionnés. Nous allons faire preuve de souplesse", affirme Daniel Verba, chargé des relations internationales.

Les étudiants étrangers vont bientôt devoir choisir : rester en France dans des conditions sociales très dégradées, ou rentrer dans leur pays, sans savoir si et quand ils pourront revenir.