Réussir à la mode ULCO : repêcher les étudiants à la dérive

Par Céline Manceau, publié le 01 Juillet 2014
8 min

Pour aider ses étudiants à mettre le cap sur leur diplôme, l'université du Littoral-Côte-d'Opale booste, à la rentrée 2014, son dispositif de soutien à la réussite en licence. Voici comment.

Pas question pour l'ULCO (université du Littoral-Côte-d'Opale) de naviguer à vue avec des étudiants qui cumulent parfois plusieurs "facteurs" d'échec en fac : un parcours scolaire chaotique pour certains, des difficultés financières pour d'autres et, pour beaucoup, une absence de projet professionnel défini et des lacunes dans certaines matières fondamentales.

Détecter très tôt d'éventuels risques de décrochage

Pour les aider à mettre le cap sur leur diplôme, l'ULCO booste, à la rentrée 2014, son dispositif de soutien à la réussite en licence. Un mois à peine après le début des cours, tous les inscrits en première année de droit, sciences (sauf biologie) et STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) seront soumis à un test informatisé de positionnement, dans les locaux de la fac.

"Ce test ne donnera pas lieu à une note, mais il sera obligatoire dans l'emploi du temps, précise Sabine Duhamel, vice-présidente du CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) et professeur de géographie. Pour convaincre les étudiants de le passer, nous exposerons sa finalité : détecter très rapidement d'éventuelles difficultés afin d'y remédier."

Au menu : des questions sur le projet professionnel et la motivation, mais aussi des QCM (questionnaires à choix multiples) d'expression écrite et orale, car "les lacunes en orthographe sont un des principaux freins à la réussite en fac", précise Agnès Noyer, professeur de physique, chargée de mission vie et réussite étudiante. Les nouveaux étudiants devront également répondre à une interrogation de connaissances sur leur filière. À terme, toutes les licences seront concernées par le test.

Des mesures prises en fonction des résultats

"Si les résultats montrent un manque de travail, les étudiants devront s'inscrire obligatoirement au tutorat. Si c'est un défaut d'orientation, rendez-vous sera pris avec le SUAIOP (Service universitaire d'accueil, d'information et d'orientation professionnelle), pour envisager une réorientation", explique Sabine Duhamel. "On propose depuis longtemps du tutorat, mais les étudiants n'arrivent pas à savoir s'ils en ont besoin. Le test fonctionnera aussi pour les bons élèves qui n'ont pas forcément conscience de l'être et que nous pourrons accompagner vers des études longues", poursuit Agnès Noyer.

Quant à ceux qui ne viendront pas passer le test, ils seront identifiés comme décrocheurs et, là encore, ils seront contactés par le SUAIOP, avec plusieurs solutions à la clé, dont le PRREL (programme régional de réussite en études longues), porté par les six universités de la région Nord-Pas-de-Calais (les 3 lilloises, celles de l'Artois du littoral et de Valenciennes).

Le premier volet du PRREL est un DU (diplôme d'université) de réinsertion dans l'enseignement supérieur. Pendant un ou deux semestres, les étudiants qui auront pris le large, quelle que soit leur filière de départ, peuvent retourner en cours – ce qui peut leur éviter de perdre leur bourse ! – pour préparer leur éventuel retour en fac à la rentrée suivante. Ils prennent des cours de langues, de français, quelques enseignements disciplinaires, un module de projet personnel et professionnel. Ils effectuent même un stage de six semaines.

Parallèlement au DU baptisé "Tremplin", il existe aussi un PRREL soutien. Celui-ci est destiné à des bacheliers professionnels (11 % des inscrits à la rentrée 2013), technologiques (25 % des inscrits) ou de série générale sans mention et, prioritairement boursiers, qui ont du mal à suivre. Cette fois, les étudiants ne quittent pas leur filière – DEUST (diplôme d'études universitaires, scientifiques et techniques), DUT (diplôme universitaire de technologie), licence –, qu'ils soient en première, en deuxième ou en troisième année, mais prennent des cours de soutien ou de remise à niveau, avec à la clé une bourse de 500 € pour les assidus.

Pour ceux qui ont les finances à marée basse, l'ULCO consacre depuis deux ans 30 % de son Fonds de solidarité à des aides d'urgence.

L'argent n'est pas une carotte, mais une façon de prendre en compte toute la dimension de la vie étudiante. Ainsi, pour ceux qui ont les finances à marée basse, l'ULCO, depuis deux ans, consacre 30 % de son FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes, dont sont dotées toutes les universités) à des aides d'urgence. Les montants varient de 45 à 500 € (pour un total de 45.000 € par an) et sont destinés à du dépannage: se nourrir, payer une facture d'électricité...

Une bouée de sauvetage pour le porte-monnaie

Si beaucoup d'étudiants de l'ULCO vivent encore chez leurs parents, ces derniers ne peuvent pas toujours subvenir à leurs besoins, notamment pour assurer le coût du transport. Amandine, inscrite en L3 culture et médias prend le bus – le BCD, le Boulogne-Calais-Dunkerque –, pour aller de Calais (où elle vit), à Dunkerque(où elle étudie), ce qui lui revient à 45 € par mois (le bus étant gratuit uniquement pour les boursiers). Mais pour sa camarade Marion, l'arrivée à l'université a entraîné l'achat d'une voiture pour effectuer le même trajet (environ 70 kilomètres aller-retour). Son budget transport avoisine les 200 € par mois, qu'elle finance en travaillant dans une garderie scolaire, matin et soir.

"Je ne peux pas faire autrement en raison des horaires de bus qui ne conviennent pas, et j'ai passé une annonce pour du covoiturage, mais je n'ai pas eu de réponse", explique-t-elle. À la rentrée 2014, elle partira à Lille 3 pour préparer une licence pro de bibliothécaire chargée de la valorisation des ressources documentaires, afin d'entrer rapidement sur le marché sur travail, tandis que Marion restera à Dunkerque, en master aménagement du territoire.

Portrait de fac ULCO : la bibliothèque Saint-Louis à Boulogne // © ULCO
La bibliothèque Saint-Louis à Boulogne // © ULCO.

Convaincre et séduire le vivier estudiantin

Objectif de l'ULCO ? Par une voie ou par une autre, amener tous ses étudiants à bon port, quel que soit leur parcours en amont ou les difficultés rencontrées, d'ordre personnel ou liées à la fac. Pauline, en master 1 de droit à Boulogne-sur-Mer, en a fait l'expérience : "Cette année, j'ai été gravement malade et, au dernier moment, je n'ai pas pu me présenter aux partiels. Quinze minutes après que ma mère a appelé la fac pour prévenir, j'avais le directeur au téléphone et tout le monde s'est organisé pour que je puisse passer le rattrapage. Nous sommes peu nombreux, alors les profs nous connaissent : nous étions 300 en première année de droit et nous sommes 23 dans ma promo de master. Quand je discute avec des amies, inscrites en droit à Lille 2, je me rends compte des différences, y compris d'un point de vue méthodologique : les cours sont meilleurs ici."

Encore faut-il que les étudiants en soient convaincus avant d'arriver à l'université. C'est un aspect sur lequel travaille l'ULCO, toujours dans le cadre de son dispositif de soutien à la réussite en licence. Des enseignants de la fac se rendent dans les lycées de la région pour expliquer aux élèves, mais aussi et surtout à leurs parents, que "l'université d'aujourd'hui, ce n'est pas celle d'hier, raconte Sabine Duhamel. Avant d'entrer dans le détail des formations proposées et des débouchés, nous décrivons l'ensemble des dispositifs d'accompagnement. Et nous démystifions : à part en droit ou en STAPS, les cours à 300 en amphi, ça n'existe pas !"

Ce qui n'existe pas non plus – et c'est là que ça pêche –, c'est une vie festive étudiante hors les murs de l'université. À Dunkerque, pourtant célèbre pour son carnaval, il n'y a pas grand-chose à faire dans la ville, à part fréquenter, à deux pas du resto U, le centre commercial Marine avec son McDo et son hypermarché Leclerc. Idem sur les autres campus de Boulogne-sur-Mer, Calais et Saint-Omer, distants de moins de 100 kilomètres les uns des autres.

Pauline le reconnaît : "J'ai un peu fait la tête lorsque mes parents m'ont imposé d'étudier le droit à Boulogne-sur-Mer plutôt qu'à Lille où il existe une vraie vie nocturne. Ici, on ne trouve pas l'équivalent d'une rue de la soif !" Quatre ans plus tard, elle ne leur donne pas tort... du point de vue des études seulement. Pour les sorties, les quatre villes universitaires sont recalées.

Tous dans le même bain pour les langues et le projet professionnel
Imperceptibles sans doute pour les étudiants de l'ULCO, certaines innovations du dispositif de soutien à la réussite en licence bousculent quelques habitudes universitaires en s'imposant dans tous les cursus. La première concerne l'apprentissage de langues (au choix : anglais, allemand, espagnol, italien, néerlandais, chinois, russe, arabe et français langue étrangère).
Sur chacun des quatre sites de l'ULCO, les cours de langues (25 heures par semestre) seront, dès la rentrée 2014, communs à tous les étudiants : ils seront inscrits par groupe de niveau – et non selon leur filière –, et pourront passer des certifications ou des tests de langues reconnus comme le test de Cambridge. Ce dispositif vaut pour les trois années de licence et s'étendra, à compter de 2015, aux deux années de master.
Cette organisation sera aussi celle du PPP (projet personnel et professionnel) : il a été structuré en cinq modules identiques pour tous les étudiants de la fac, à valider au fur et à mesure de l'avancée dans les études.

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