L’UJF côté santé : la PACES en pleine révolution numérique

Par Virginie Bertereau, publié le 26 Novembre 2013
5 min

L’utilisation du multimédia en PACES (première année commune aux études de santé) est une autre illustration des efforts déployés par l’université Joseph-Fourier–Grenoble 1 pour innover. À ce jour, elle reste la seule fac française à préférer l’apprentissage sur DVD et le tutorat aux cours en amphi bondé.

À l'université Joseph-Fourier Grenoble 1, les cours de PACES (première année commune aux études de santé) ne sont pas tout à fait comme les autres... Dès 2006, la fac a opté pour des cours multimédia accompagnés d'un tutorat personnalisé.

Une révolution partie d'une insatisfaction. "On constatait bien que les amphis, avec 1.700 étudiants, étaient surchargés, les cours plus ou moins bien faits, plus ou moins bien pris. On voulait rendre l'étudiant plus acteur de sa formation que preneur de cours, stressé, condamné au bachotage", explique Patrice Morand, PU-PH (professeur des universités - praticien hospitalier) en virologie, assesseur du deuxième cycle de médecine.

La faculté adopte alors les cours sur DVD. "Au départ, je ne savais pas trop sur quoi j'allais tomber. J'avais un peu d'inquiétude. Une heure de DVD équivaut à deux heures de cours magistral. Mon problème était de savoir s'il fallait que je retranscrive tout ou pas, avoue Florian, 22 ans, étudiant aujourd'hui en quatrième année de médecine. Finalement, j'ai choisi de ne pas tout recopier – c'était trop épuisant –, mais je prenais bien les cours en notes". En 2010, l'association des étudiants a créé un polycopié officieux sur lequel chacun peut s'appuyer. Le document a reçu cette année l'approbation de la fac.

DVD, QCM corrigés et tutorat personnalisé

Mais le dispositif ne revient pas simplement à fournir aux élèves des cours enregistrés et de les laisser errer dans la nature. Les étudiants reçoivent chacun un DVD en début de semestre. Ils le regardent, à leur rythme, pendant une semaine. En deuxième semaine, ils posent des questions sur le site Mediatice-grenoble.fr. "Cette méthode m'a servi car je ne suis pas du matin. J'ai pu choisir quand travailler, de 9h30-10h à minuit", témoigne Florian.

En troisième semaine, ils se retrouvent par groupe de 100 environ, face au professeur, pour des séances de deux heures préparées à partir des questions formulées sur le site. Cela permet de réaliser des exercices sous forme de travaux dirigés. La quatrième semaine est consacrée à un entraînement dans les conditions du concours (QCM en temps limité, puis correction) avec des tuteurs – des étudiants de troisième année – qui ont préparé des questions types avec le professeur. On compte environ un tuteur pour 15 étudiants. Deux séances hebdomadaires de deux heures sont programmées en soirée. Le sort du dispositif repose beaucoup sur ce tutorat.

Un seul inconvénient : la solitude

Florian, étudiant en 4e année de médecine à l'université Joseph-Fourier Grenoble 1Sept ans après son lancement, le bilan se révèle plutôt positif. "Les cours des professeurs se sont nettement améliorés en passant au DVD. Le support est vu par tout le monde et les étudiants évaluent tout ce qui est enseignement (qualité du cours, questions/réponses, tutorat) par ordinateur. En dessous de 75% de taux de satisfaction, on considère que les choses doivent être améliorées", indique Patrice Morand.

Pour Florian (photo ci-contre), les choses sont claires : "Je n'aurais jamais réussi le concours si j'avais été largué dans un amphi. Le seul inconvénient, c'est la solitude. C'est agréable de suivre ses cours en pantoufles chez soi, mais il faut apprendre à gérer son indépendance... Je passais huit heures par semaine au total à la fac. Le reste du temps, quand je me sentais seul, j'allais travailler dans les salles informatiques. J'ai fini par me créer un petit groupe", confie Florian.

Question égalité des chances, l'université compte sur le tutorat personnalisé gratuit pour réduire les inscriptions en prépa privée et, par conséquent, les inégalités sociales. Question résultats, plus d'étudiants réussissent un concours lors de leur première tentative : 51 % de primants sont aujourd'hui recensés, contre 20 à 40 % au temps des amphis chahuteurs. En outre, la faculté obtient des résultats stables à l'ECN, l'examen classant national de sixième année.

LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE APRÈS LA PACES
Forte de son succès, l'UJF n'entend pas arrêter sa révolution numérique à la PACES, voire aux études de médecine. La pédagogie inversée devrait ainsi être proposée en deuxième et troisième années. "On veut diminuer le nombre de cours magistraux et faire en sorte que les étudiants se posent des questions avant de voir le professeur. D'ici la rentrée 2014, nous serons prêts à passer 50 % des cours en DVD. Seule limite : il n'y a pas de concours en deuxième et troisième année. La tentation sera grande pour les étudiants de venir au cours sans avoir regardé le DVD ou, inversement, de ne travailler que sur ce support", s'attend Patrice Morand.

L'UJF est déjà très impliquée dans les iECN,les épreuves classantes nationales sur tablette numérique prévues pour 2016. "Les personnes qui s'en occupent sont des ingénieurs de Grenoble", se félicite Patrick Lévy, président de l'UJFet par ailleurs président de l'UNF3S (Université numérique francophone des sciences, de la santé et du sport). Pour tester l'outil, les examens de 4e, 5e et 6e années de médecine ont été passés sur tablette en juin 2013. "Ce n'est pas du tout un gadget. C'est assez précurseur de ce que l'on pourrait faire dans d'autres domaines", souligne Patrick Lévy. À quand la révolution numérique pour tous les examens ?

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