1. LEA ou LLCER : quelle licence vous conviendrait le mieux ?
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LEA ou LLCER : quelle licence vous conviendrait le mieux ?

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Séance en laboratoire de langues à l'université de Caen // © UNICAEN / Bérangère Haëgy
Séance en laboratoire de langues à l'université de Caen // © UNICAEN / Bérangère Haëgy

Désireux de vous lancer dans un cursus dédié aux langues, vous êtes nombreux à hésiter entre les filières LEA (langues étrangères appliquées) et LLCER (langues, littératures et civilisations étrangères et régionales). Nos conseils pour faire votre choix en toute connaissance de cause.

Après le bac, allez-vous opter pour une licence LEA ou LLCER ? Difficile de choisir entre ces deux voies qui reposent toutes les deux sur d'importantes compétences linguistiques. Cependant, si l'exigence académique est la même, les débouchés et les matières enseignées sont bien distincts.

Des métiers plus ou moins ancrés dans la réalité économique

Attirée par les langues étrangères, Nina n'avait pas de projet professionnel bien défini, comme beaucoup au lycée. "J'ai choisi LEA parce qu'il y a plus de débouchés", raconte la jeune fille, aujourd'hui en L3 anglais/allemand à la Sorbonne-Nouvelle (Paris 3). Il est vrai que la filière LEA ouvre sur une palette de métiers assez vaste, dans des univers professionnels variés.

Le premier domaine est celui de la traduction spécialisée. Quel que soit leur secteur d’activité, les entreprises ont besoin d’experts pour traduire des contrats, des textes de communication interne destinés à des locuteurs de différentes langues ou des notices d'utilisation. Autres débouchés possibles : le commerce, avec les métiers de la logistique ou de la vente, ainsi que la coopération internationale, à travers la gestion de programmes humanitaires. Si les domaines d'exercice peuvent ainsi varier, il s'agit dans tous les cas d'emplois très ancrés dans le monde socio-économique.

De son côté, la filière LLCER mène principalement aux métiers de l'éducation, de la formation et de la recherche auxquels on accède en général après un concours de la fonction publique, comme celui de professeur des écoles ou le CAPES. La traduction, littéraire cette fois, peut constituer une activité complémentaire. Cependant, prévient Boris Czerny, directeur adjoint de l'UFR des langues vivantes étrangères à l'université de Caen, "elle fournit rarement des revenus suffisants pour vivre".

Par ailleurs, certaines universités proposent aujourd'hui des parcours qui permettent aux étudiants de LLCER d'acquérir de nouvelles compétences, notamment autour de la gestion de projets et de l'utilisation des outils numériques. Objectif : ne pas se cantonner à l'enseignement mais diversifier les débouchés, comme l'explique Véronique Jude, directrice de l'UFR de langues étrangères de l’université Stendhal-Grenoble 3 : "Après une formation complémentaire en master, un diplômé peut se tourner vers le secteur du livre, du patrimoine, voire du tourisme". L’enseignante pointe aussi un autre domaine porteur : celui de "l'industrie de la langue, qui est en lien avec le développement du e-learning et le succès des MOOC (Massive online open courses) en entreprise".

Etudiants du département d'études nordiques (LLCER) de l'UFR des langues vivantes étrangèresÉtudiants du département d'études nordiques (LLCER) de l'UFR des langues vivantes étrangères. // © UNICAEN
 

Un goût pour la linguistique ou pour la gestion ?

Conséquence de ces débouchés très différents, les matières enseignées ne sont pas les mêmes.

La filière LLCER est centrée sur une langue vivante mais avec la possibilité d'en choisir une seconde. La formation repose tout d’abord sur des cours de langue, littérature, histoire et civilisation, et elle compte aussi une solide formation en linguistique. "C'est un passage obligé", souligne Taieb, en L2 LLCER arabe à l'université Bordeaux-Montaigne, qui apprécie surtout la dimension culture générale de ces études : "Cela nous ouvre sur d’autres horizons et les cours de civilisation permettent de comprendre comment le monde arabe contemporain s'est construit".

En LEA, si les deux langues vivantes obligatoires comptent pour les deux tiers de la formation, les sciences sociales sont incontournables. Dès lors, mieux vaut être sûr de résister aux cours de gestion, droit, comptabilité avant de s’engager dans cette voie ! "La formation est très variée mais c’est assez difficile en raison de ces nouvelles matières avec lesquelles on doit se familiariser", témoigne Vanessa, en L3 de LEA espagnol/portugais à Paris 3 après un bac L. "Ne plus faire de littérature me manque un peu, glisse-t-elle. Pour compenser, je lis des œuvres. Cela me permet d'acquérir du vocabulaire, mais c'est surtout pour ma culture personnelle !"

Etudiants en langues à l'université Grenoble 3 Stendhal
Étudiants en langues à l'université Stendhal-Grenoble 3. // © Bérangère Haëgy

Un même niveau d'exigence

Comptant le même nombre d'heures de cours, les licences LEA et LLCER demandent enfin, comme toutes les filières universitaires, un important investissement personnel. "Dans une filière comme dans l'autre, il faut être curieux, passionné, et ne pas se contenter du cours, rappelle Boris Czerny qui conseille aussi de "profiter de la présence d'étudiants étrangers sur le campus pour échanger avec eux".

D’autre part, Véronique Jude remarque que "la formation en LEA paraît parfois plus attractive parce qu'elle est pluridisciplinaire. Mais les contenus ne sont pas dilués !", prévient-elle. En effet, maîtriser le vocabulaire économique ou juridique dans une langue étrangère est aussi ardu qu'être à l'aise avec les figures de style littéraires. "Il faut avoir un esprit critique, avance aussi Nina, en LEA à Paris 3, et être capable d'argumenter pour expliquer, par exemple, pourquoi le keynésianisme, instauré en Angleterre après la Seconde Guerre mondiale, a fonctionné à un moment donné de l'histoire et pas à un autre. Et tout cela en anglais bien sûr !"

Mais n'allez pas croire qu’à l’inverse, la licence LLCER soit de tout repos ! Taieb ne s'attendait pas à ce que "cette formation demande un esprit aussi mathématique. En grammaire par exemple, les élèves les plus rigoureux sont ceux qui réussissent le mieux", constate l'étudiant bordelais.

Tous les enseignants le répètent : les exigences sont aussi élevées en LEA qu'en LLCER. Dès lors, ce sont surtout vos goûts personnels, vos affinités pour telle ou telle matière, et si possible votre projet professionnel qui vous aideront à prendre la bonne décision.

 

4 idées reçues sur les filières LEA ou LLCE à l'université
#1. Il faut avoir un bac ES pour réussir en LEA, un bac L pour cartonner en LLCER.
"Cette vision des choses est très réductrice !", rejette Véronique Jude, directrice de l'UFR de langues étrangères de l’université Stendhal-Grenoble 3. S'il est assez logique de s'inscrire en LEA après un bac ES, ne jamais avoir fait d'économie n'est pas du tout rédhibitoire. À condition d'avoir une appétence pour ce type de matière. De la même manière, la voie LLCER n'est pas réservée aux littéraires.
"Avec un bon niveau en langue, les bacs généraux s'en sortent bien dans les deux filières", constate Véronique Jude, qui parle en revanche de "réussite contrastée pour les bacs techno : les STMG (Sciences et technologies du management et de la gestion) suivent assez bien en LEA, alors que c'est plus compliqué en LLCER".
Quant aux bacs pro, ils rencontrent en général des difficultés, comme dans toutes les filières universitaires.

#2. Les études en LLCER sont déconnectées de la réalité.
Cliché ! Si la filière LLCER privilégie l'étude en profondeur de textes littéraires, les exercices proposés s'appuient également sur des articles de journaux ou émissions de radio, ne serait-ce que pour mettre en évidence la différence de fonctionnement interne des différents types de discours.
Quant aux cours de civilisation, ils ne se cantonnent pas à l'Antiquité ou à la Renaissance ! L'époque contemporaine est également largement abordée, comme le souligne Boris Czerny, directeur adjoint de l’UFR de langues vivantes étrangères de l’université de Caen : "Face à des étudiants qui étudient le russe, on ne peut pas faire abstraction de ce qui se passe en Ukraine ou en Crimée !"

#3. Il n'y a pas de passerelles entre LEA et LLCER.
Faux ! Certaines universités proposent de suivre des options afin de pouvoir se réorienter sans perdre une année. C'est le cas, par exemple, à Caen, où choisir l'option économie et droit en L1 de LLCER permet de rejoindre une L2 de LEA. De même, une option littérature et civilisation en L1 de LEA ouvre la possibilité d'entrer l'année suivante en L2 de LLCER. En outre, alors que la filière LLCER prévoit une langue en majeure et une autre en mineure, un étudiant caennais peut intervertir ses deux langues à l'issue de sa première année.

#4. Il faut déjà maîtriser la langue avant d'entrer en LEA ou LLCER.
Pas nécessairement : dans certaines langues rares, et selon les universités, il est possible de commencer une licence LEA ou LLCER en grand débutant. Renseignez-vous auprès de l’UFR de langues étrangères, chacun ayant sa politique en la matière.