24 heures de garde avec un interne en médecine

Par Virginie Bertereau, publié le 20 May 2009
6 min

Christophe Vidal, 27 ans, est en troisième année d’internat de médecine. Sa spécialité : la chirurgie orthopédique. De l’examen classant national aux responsabilités d’interne de garde, il nous fait vivre le parcours et le quotidien des médecins en devenir.

"La panoplie d’interne en chirurgie de garde, c’est jean, baskets, téléphone". Le ton est donné. Une garde de 24 heures, du moment où l’on s’empare du téléphone relié à tout l’hôpital jusqu’au lendemain, s’apparente à une compétition sportive.

Première épreuve : courir de service en service pour trouver des lits pour ses patients. "Il est 7 h du matin, je commence ma garde à l’hôpital Lariboisière et je n’ai pas de place disponible. S’il y a des urgences, je ne sais pas où les mettre…", s’inquiète Christophe. Le service de chirurgie orthopédique, qui compte de 65 à 70 patients, est déjà "complet". Toute la matinée, Christophe va donc appeler ses collègues de chirurgie digestive, de rhumatologie, etc. et négocier des lits.

Deuxième épreuve : prêter main forte aux médecins en consultation et s’occuper des patients qui doivent être hospitalisés. "La garde, c’est une consultation d’urgence". Quand il n’est pas de garde, Christophe reçoit lui aussi des patients le mardi matin. "En une matinée, on voit environ 36 patients : cela fait 2’30 pour chacun. Mais comme on prend plus de temps, on a en général deux ou trois heures de retard".

Troisième épreuve : passer aux urgences. "Les urgences à Lariboisière, c’est 350 passages par jour. On regarde ceux qui ont besoin d’être opérés". Ce jour-là, c’est plutôt calme. Deux personnes attendent dans le hall. Un patient pas très net se fait poser un plâtre par un urgentiste dans un box. Un homme, qui a fait une chute de trois mètres, attend sur le brancard dans le couloir. Il sera bon pour une opération du talon. Une patiente qui s’était mordue le doigt est partie. "Ici, on voit défiler de tout..."

Quatrième épreuve : donner son avis aux confrères des autres services (par exemple, sur une hernie discale en rhumatologie).

Cinquième épreuve : rédiger des comptes-rendus d’hospitalisation. "Un travail purement administratif."
 

Rien ne sort de la salle de garde…

 
Vers 13h, c’est la pause déjeuner. Bien sûr, l’heure n’est pas fixe. Tout dépend du travail. Ce jour-là étant calme, Christophe déjeune avec deux autres internes du service et Fred, chef de clinique, dans la salle de garde. Pour tous les médecins, c’est la salle mythique de l’hôpital. Une salle réservée aux médecins et étudiants en médecine qui tient lieu de réfectoire, de défouloir (mais moins qu’autrefois, paraît-il…). Une salle régie à des règles très strictes. "Rien ne peut sortir de la salle de garde", déclare solennellement Christophe. Sous le sceau du secret, on ne pourra donc rien raconter ici… Juste une coutume : en entrant dans la salle, tout le monde fait le tour des tables pour toucher le dos des confrères et ainsi les saluer.
 

Opérer jusqu’au bout de la nuit

 
Sixième épreuve : négocier des places pour ses patients en radiologie.

Septième épreuve : passer dans le service de chirurgie orthopédique, donner ses prescriptions aux infirmiers, signer les résultats des analyses.

Huitième épreuve : expliquer avec patience et douceur leur situation aux malades, en convaincre certains de se faire opérer, leur trouver une place à Lariboisière ou ailleurs...

Neuvième épreuve : interrompre toute tâche pour une urgence. Un ouvrier est tombé de deux étages en sciant les dalles. Il faut l’ausculter. C’est un miraculé : il doit juste subir une opération du tendon d’Achille. Mais il faut lui trouver un lit.

Dixième épreuve : participer au staff de 17h30 et étudier les opérations à venir.

Onzième épreuve : organiser le programme du bloc opératoire. Pour ce soir, ce sera ablation de broches de doigt, reprise de cicatrice de rachis cervical, opération du tendon d’Achille, et plus si affinités... "De petites chirurgies. D’habitude, nous avons plus de gros os cassés et d’urgences", assure Christophe. Mais la garde n’est pas finie… Ce soir, Frédéric, un chef de clinique, et Tobias, un externe allemand en France grâce au programme Erasmus, sont également réquisitionnés. "La législation dit qu’un interne n’a pas le droit d’opérer seul. Mais cela reste flou… En pratique, on peut être seul physiquement avec un chef à proximité, notamment pour de "petites" interventions comme une plaie à la main, un abcès, une fracture de poignée ou de cheville... De toute façon, on connaît nos limites et on ne prend pas de risques", confie Christophe.

Douzième épreuve : attendre que les anesthésistes, occupés par des urgences vitales, soient disponibles et commencer les opérations.
A 20 h, Frédéric et Christophe prennent finalement la décision d’opérer le doigt sous anesthésie locale en salle de consultation. Pour l’opération suivante, au bloc, il faudra attendre minuit… "On commence par le plus urgent : la reprise de cicatrice du rachis cervical. On s’occupera ensuite du tendon d’Achille. Une journée type, c’est de dix à quinze opérations en comptant les urgences de la nuit. La durée des interventions peut varier de cinq minutes à six heures", explique Christophe.
A 4h30 du matin, un homme blessé à de multiples endroits par une arme blanche lors d’une rixe bouleverse les plans des médecins. L’opération débute à 5h30 en compagnie de l’équipe d’ORL, qui s’occupe de leur partie.
A 6h30, les chirurgiens sortent du bloc. Ils n’ont pas dormi de la nuit. "En général, on n’opère pas de minuit à 6 h. On débute plutôt vers 20 h. Mais il y a des imprévus et il faut que les infirmiers et les anesthésistes soient disponibles", précise Christophe, plutôt en forme.

Un jour sans fin


Selon la règle, les médecins ne sont pas censés s’occuper des patients le lendemain d’une garde. "Dans les faits, on revoit les patients opérés, on "finit le travail". Il m’est également arrivé d’enchaîner avec ma consultation ou le staff de fin d’après-midi", raconte Christophe. A 7h45, en arrivant au staff du matin, il transmet le téléphone à l’interne de garde du jour.


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