Le magistère de physique d'Orsay : un parcours d'excellence à Paris-Sud

Par Sophie Blitman, publié le 22 Avril 2013
7 min

Depuis plusieurs années, Paris-Sud a développé des parcours d'excellence, exigeants et sélectifs. Parmi eux, le magistère de physique. Adossée aux laboratoires de recherche de l'université, particulièrement réputés dans ce domaine, cette formation est destinée aux étudiants d'un niveau scientifique élevé, prêts à plonger dans l'abstraction. Quitte ensuite à se diriger vers une école d'ingénieurs, beaucoup plus concrète.

"Une super licence" : voilà comment Patrick Puzo décrit le magistère de physique dont il est responsable à l'université Paris-Sud. En 1re année, les enseignements sont en effet les mêmes que ceux de L3 (licence 3e année) mais les élèves du magistère doivent suivre des cours supplémentaires en physique et en anglais, effectuer un stage en laboratoire et avoir 12/20 de moyenne pour passer en 2e année. S'ils obtiennent entre 10 et 12/20, ils quitteront le magistère mais pourront poursuivre en M1 classique.

Réciproquement, un étudiant de L3 peut choisir en options les UE (unités d'enseignement) obligatoires pour le magistère. Des résultats supérieurs à 12/20 lui permettront, s'il le souhaite, de rejoindre le parcours en 2e année."C'est avant tout une question de niveau", insiste Patrick Puzo. D'où la sélection à l'entrée de ce diplôme universitaire.


Un recrutement sélectif

Chaque année, environ 400 candidatures sont envoyées pour une centaine de places disponibles en 1re année. Les résultats scolaires et les lettres de recommandations demandées dans le dossier sont examinés par les responsables de la formation. Au total, 80 % des étudiants du magistère viennent de CPGE (classes préparatoires aux grandes écoles) car "il y a une autocensure de la part des étudiants venant de l'université : peu d'entre eux candidatent", souligne Patrick Puzo. En revanche, la diversité géographique est de mise, puisque "141 lycées sont. représentés sur 245 qui ont des prépas en France", détaille le responsable de la formation


Le choix de l'université pour réfléchir à son projet

Intégrer le magistère de physique d'Orsay, c'est opter pour une filière sélective à l'université.

Université Paris-Sud - Claire - magistère de physique d'Orsay © S.Blitman mars 2013Aujourd'hui en 2e année de magistère, Timothée (photo), 20 ans, s'est d'abord dirigé vers une maths sup' au lycée Pothier d'Orléans (45). Une orientation "un peu par défaut, confie-t-il, parce que c'était la suite logique de mon bac S mention très bien. En prépa, poursuit-il, intégrer une école d'ingénieurs est le but ultime mais, en réalité, le contenu des études reste pour nous assez flou…".

Ses 2 années de MPSI et MP* (dominante maths) se passent remarquablement bien puisqu'il est reçu à des écoles prestigieuses telles que Centrale Paris, les Mines et les Ponts. Cependant, "cela ne me tentait pas d'aller dans une école sans savoir ce que j'y ferai, raconte-t-il. Des informations sur le magistère d'Orsay étaient affichées dans le lycée. Je me suis renseigné et j'ai fait le choix d'aller à la fac pour m'ouvrir à d'autres choses et prendre le temps de réfléchir à mon projet professionnel".


Université Paris-Sud - Claire - magistère de physique d'Orsay © S.Blitman mars 2013À l'inverse, Claire (photo), 20 ans, mûrit depuis longtemps le projet de devenir ingénieure mais ne voulait pas passer par une CPGE. Très bonne élève, "j'ai été poussée à aller en prépa mais j'avais peur que la pression soit plus négative que positive. On ne peut pas savoir avant si ce système est fait pour nous ou pas, alors j'ai préféré ne pas prendre le risque".

Son bac S mention très bien en poche, elle entre à l'université, dans l'optique d'intégrer une école d'ingénieurs via les admissions parallèles. C'est pourquoi Claire opte pour la PMCP (préparation au magistère et concours de physique) : 2 années de licence renforcée qui la mènent, en septembre 2012, au magistère de physique fondamentale.
 

Un rythme soutenu
 

Exigeant, le magistère d'Orsay demande un important investissement personnel. Au-delà des 4 jours de cours hebdomadaires, auxquels s'ajoute 1 journée de travaux pratiques toutes les 3 semaines, Patrick Puzo estime que les étudiants devraient travailler chez eux "environ 20 heures par semaine".

En pratique, c'est à peu près le rythme de Claire. "J'ai toujours beaucoup travaillé, souligne la jeune fille, convaincue qu'"une filière sélective comme le magistère n'est pas inaccessible : il faut être assidu et régulier. C'est cela qui m'a permis jusque-là de réussir. D'autres ont beaucoup plus de facilités que moi".

De son côté, passer par une classe prépa a permis à Timothée d'acquérir des méthodes et des habitudes de travail : "On est habitués à bachoter de l'exo !, lâche-t-il. Mais à l'université, c'est à nous d'aller dégoter des livres pour s'entraîner. Les profs ne sont pas toujours derrière nous pour nous pousser. Mais on s'y fait, à condition de continuer à travailler le soir. En revanche, si on se croit en vacances parce que l'on est à la fac, c'est la catastrophe assurée aux partiels."


Une formation très théorique

Sur le fond, le magistère constitue une rupture radicale par rapport à la prépa, d'autant plus que la 1re année regroupe les matières fondamentales telles que la mécanique quantique et la physique statistique, quand d'autres universités étalent ces enseignements sur 2 ans. "C'est un choix, explique Patrick Puzo, car cela permet plus facilement à nos étudiants de partir à l'étranger : ils ont davantage de possibilités d'échanges en M1 [master 1] une fois ces bases acquises". De ce fait, la formation se révèle très théorique.

"En physique statistique notamment, on passe les 3 premiers mois sans comprendre où on va, témoigne Timothée.  C'est seulement après que cela prend tout son sens, mais au départ, toutes les matières sont vraiment très abstraites !" Et de résumer la philosophie de la L3 : "On fait de la quantique pour faire de la quantique. Il faut l'accepter, et se dire qu'on appliquera ces concepts plus tard, à partir du M1".

Chaque cours est dispensé par un spécialiste d'un domaine précis: physique des particules, mécanique des fluides, optique, physique atomique… Au total, 150 enseignants-chercheurs participent à l'enseignement au magistère. "Avoir des effectifs étudiants importants permet de leur proposer de très nombreuses options", se réjouit Patrick Puzo.


Et l'ambiance ?

Comme dans la moitié des filières de Paris-Sud, le magistère a son BDE (bureau des étudiants) propre. Physique oblige, il est baptisé "Photon" et organise, outre le week-end d'intégration initial, des soirées et des projections de films. Cependant, souligne Timothée qui compare l'ambiance avec celle que lui décrivent ses anciens camarades de prépas, "c'est un groupe moins soudé qu'en école d'ingénieurs. Mais si vous voulez voir du monde à la fac, il faut sortir, aller dans d'autres associations !"

Dans les cours, les élèves du magistère sont mélangés aux étudiants de L3 classique. "La seule différence est liée au fait que l'on doit obligatoirement suivre des cours en plus, alors que c'est optionnel pour les L3, observe Claire. Mais, au quotidien, on ne sait pas qui suit le magistère ou pas". La jeune fille apprécie cette absence de distinction : "Cela évite de mettre des étiquettes sur les gens."


Une formation qui ouvre à la recherche ou aux écoles d'ingénieurs

Après 2 ans de magistère, Timothée "ne regrette pas du tout de ne pas avoir fait d'école d'ingénieurs. Ici, on fait vraiment de la physique", se réjouit ce scientifique pur et dur, qui envisage dorénavant de devenir chercheur : son stage de L3 dans un laboratoire du CEA (Commissariat à l'énergie atomique) de Saclay l'a convaincu de poursuivre en physique des réacteurs nucléaires.

Claire, quant à elle, a choisi une option de préparation aux concours des écoles d'ingénieurs qui lui permet de s'entraîner aux épreuves : cours de français le soir, interrogation orale sous forme de "colle" 1 heure par semaine en maths, physique et analyse de documents scientifiques, simulations d'entretien… "Mon année de prépa à moi, c'est cette année !", sourit la jeune fille qui se dit "prête à faire des sacrifices parce que j'aime ce que je fais". Confiante, elle espère bien être admise "peut-être pas à Polytechnique, mais dans une école du top 10 : Centrale, Télécom, Supélec ou l'ENSTA". Pour elle, l'université aura surtout été une passerelle.

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