Paris-Sud : la PCSO, une remise à niveau pour les étudiants non scientifiques

Par Sophie Blitman, publié le 22 Avril 2013
7 min

Peut-on suivre à la fac des études scientifiques ou de santé sans avoir passé un bac S ? Bien sûr, il est possible de s’inscrire en 1re  année de licence mais le risque de ne pas suivre est relativement important… Pour aider les étudiants dans leur réorientation, l’université Paris-Sud propose une formation d'un an pour se remettre à niveau en sciences.


Sage-femme : un métier dont Audrey rêve "depuis toute petite. Mais en 2de, se souvient-elle, je ne pensais pas avoir les capacités d’aller en S. Je me suis orientée vers la filière ST2S avec l’idée de passer les concours infirmiers. Puis en terminale, je me suis dit que j'allais quand même tenter une 1re année d’études de santé, raconte la jeune fille de 19 ans. Mais vu la difficulté du concours, si j’y allais directement après le bac, j’étais sûre d’échouer. Une petite remise à niveau était nécessaire."

C'est précisément ce que propose l’université Paris-Sud : baptisée PCSO (préparation aux cursus scientifiques d’Orsay), cette formation existe depuis plus de 40 ans ! Si le nom et le contenu ont pu évoluer, l’objectif reste le même : accompagner les étudiants dans leur réorientation.

"Ce n’est pas évident de choisir sa voie quand on est au lycée", témoigne Agathe, 24 ans, passée par une licence AES (administration économique et sociale) après un bac STG (sciences et technologies de la gestion) : "Je voulais aller à la fac et c’était le cursus le plus logique, dans la continuité de ce que j’avais fait". Peu scolaire, c’est à l'université qu’elle prend goût aux études. S'intéresser aux aspects théoriques de l’économie lui fait prendre conscience qu'elle avait "les moyens de faire autre chose". Passionnée par les sciences marines, elle cherche alors un moyen d’intégrer une licence PCST (physique, chimie, sciences de la Terre) : pour rattraper les bases en sciences, la PCSO lui paraît tout indiquée.


Sélection sur la motivation et l’investissement consenti

Comme Audrey et Agathe, environ 130 étudiants intègrent chaque année la PCSO. Près de la moitié ont un bac technologique, un petit tiers a un bac ES et 10 % un bac L. Reste une dizaine de situations particulières : quelques bacs pros, mais aussi des bacs scientifiques étrangers ou des jeunes en reprise d’études.

Présente sur Admission-postbac en tant que DU (diplôme universitaire) d'un an, la PCSO séduit de nombreux candidats que les responsables sélectionnent "non pas pour des raisons élitistes mais parce que le nombre de places est limité", précise Yan Picard, directeur adjoint de la division des formations au sein de l’UFR des sciences.

Environ 600 dossiers sont réceptionnés. À travers l'examen des résultats scolaires, la lettre de présentation et le CV, "l’objectif est d’estimer si le candidat a les moyens de suivre et de réussir l’année, c’est-à-dire s’il est réellement motivé, a une bonne capacité de travail et est prêt à faire un effort régulier", souligne l’enseignant qui prévient d’emblée : "La PCSO est une année qui demande un sérieux investissement !"

"Au début, cela m’a fait un peu peur, reconnaît Audrey, car je travaille 10 heures par semaine au McDo. Mais cela me laisse quand même le temps de travailler 2 heures chaque soir et le week-end." "Il ne faut pas perdre le fil", confirme Agathe. Relire les cours de la journée, préparer ceux du lendemain, faire des exercices et des annales… Voilà le programme des soirées. Cependant, "la réussite dépend moins des capacités scientifiques initiales de l’étudiant que de sa régularité, de sa méthodologie et de la quantité de travail qu'il est prêt à fournir", estime Yan Picard.

Université Paris-Sud - Le bâtiment 336 du campus Orsay © S.Blitman mars 2013

Sur le campus d'Orsay, le bâtiment 336 regroupe les étudiants de 1re année, notamment ceux de PCSO // © S. Blitman.


La PCSO : une année de transition

C’est pourquoi l’équipe enseignante s'attache à mettre l’accent sur l’encadrement et l’accompagnement des étudiants, surtout en début d’année : l’objectif est de les rendre de plus en plus autonomes, rompus en quelque sorte à ce qu’on a coutume d’appeler "le métier d’étudiant". "Il y a un côté très humain : les relations avec les enseignants, très présents, sont faciles", souligne Agathe, qui apprécie de n’être "ni trop encadrée comme au lycée, ni seule comme c’est parfois le cas en licence".

La PCSO est en effet conçue comme une transition. Sur le plan du contenu, le programme suit celui de 1re et de terminale S mais l'organisation et la méthode d’enseignement sont celles de l’université. En particulier, "on explique les notions davantage en profondeur que dans le secondaire", précise Yan Picard.

Deux parcours sont proposés : l’un orienté vers la biologie, l’autre vers les mathématiques, la physique et la chimie, de manière à permettre aux étudiants de rejoindre plus aisément la filière qu’ils souhaitent. Dans tous les cas, contrairement aux licences scientifiques classiques, la maquette de formation comporte quelques amphis, beaucoup de TD (travaux dirigés) mais peu de TP (travaux pratiques) : "C’est une année scientifique généraliste, pas un enseignement pratique", insiste l’enseignant.


Et après la PCSO ?

Tous les étudiants ne valident cependant pas leur année. En moyenne, 20 % échouent, "généralement parce qu’ils ne réussissent pas à travailler comme on leur demande, ou parce qu’ils décident de changer d’orientation en cours de cursus, leur projet étant peu mûri", analyse Yan Picard. 20 % des inscrits n’obtiennent pas le DU (diplôme universitaire) mais sont acceptés dans une autre formation. Néanmoins, le taux de validation de 60 % reste pour le moins honorable, et l’université se réjouit de voir nombre d’étudiants passés par la PCSO poursuivre avec succès leur formation universitaire et réussir, notamment, le concours de fin de 1re année de médecine.

Université Paris-Sud - Victor, ancien étudiant de la PSCO © S.Blitman mars 2013
Après son bac ES, Victor a suivi l'année de PCSO avant de rejoindre une licence MPI (maths, physique, informatique) // © S. Blitman.

Entré en septembre 2012 en 1re année de MPI (mathématiques, physique, informatique) après 1 année de PCSO, Victor, 19 ans, ne regrette finalement pas son bac ES : "J’ai toujours voulu être contrôleur aérien mais je n’avais pas le niveau suffisant en chimie pour aller en S. La PCSO m’a permis de me remettre à niveau et m’a donné des méthodes de travail", constate-t-il, se disant aujourd’hui "à l’aise en licence". Et plus que jamais motivé pour passer le concours de contrôleur aérien.
 

D'autres dispositifs de réorientation
Au nom du "droit à l'erreur", Paris-Sud s'attache à professionnaliser sa politique d'aide aux décrocheurs. Depuis la rentrée 2012, les ateliers de réorientation organisés jusque-là pour les étudiants de PAES (1re année des études de santé) ont été adaptés aux étudiants d'autres filières. Animés par un psychologue de l'orientation, ils ont désormais lieu sur les campus d'Orsay et de Sceaux.Un nouveau dispositif a également été lancé en janvier 2013 : le DUMO (diplôme universitaire méthodes et organisation). Une vingtaine d'étudiants qui souhaitaient se réorienter à l'issue du 1er semestre se sont inscrits. Au-delà du travail sur le projet personnel et professionnel, ainsi que sur l'expression écrite et orale, l'objectif du DUMO est également d'acquérir des compétences en gestion de projet. En effet, pour valider leur année, les étudiants doivent réaliser un projet collectif au service de l'université : tandis que certains ont contribué à rédiger le guide d'accueil des étudiants étrangers pour le service des relations internationales, d'autres ont travaillé avec une association pour mettre en place sur le campus des randonnées assistées par GPS pour les malvoyants.

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