1. Paris-Descartes, le colosse universitaire fait aussi dans la dentelle
Reportage

Paris-Descartes, le colosse universitaire fait aussi dans la dentelle

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 // © Virginie Bertereau
// © Virginie Bertereau

Et si le sur-mesure et la grande série n’étaient pas incompatibles ? Paris-Descartes, grande université située au cœur de la capitale, forme des étudiants à la pelle. Cela ne l’empêche pas d’expérimenter des nouveaux modes d’enseignement dans des licences à micro-effectifs, mais pas seulement.

Imaginez la marque Zara qui développerait une branche haute-couture. Transposée du monde de la mode au monde universitaire, cette image colle bien à Paris-Descartes. L'université, dont le siège est implanté en plein quartier Latin, compte 30.000 étudiants. "Nous sommes la deuxième université parisienne en termes d'effectifs, derrière Paris 1. Paris-Descartes est une université de masse. On le revendique", clame Frédéric Dardel, son président.

La santé comme fer de lance

La fac est avant tout réputée pour ses formations en santé. Chaque année, ses étudiants excellent à l'ECN (examen classant national) de fin de sixième année de médecine. Dans ce domaine, l'établissement s'impose également en matière de recherche, y compris au niveau international.

Valentine, étudiante en licence Frontières du vivant à Paris Descartes

"Des facs de sciences, il y en a en France. Des facs de sciences pour la santé, il y en a moins", résume Karine Le Barch, responsable de la licence sciences pour la santé. Mais l'université propose également un large panel d'autres disciplines au sein de ses 10 composantes : des sciences dures, du droit, de l'économie, des sciences humaines et sociales, des STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), de la psychologie...

Du sur-mesure pour un petit nombre d'étudiants

Ce statut de mastodonte n'empêche pas l'université d'expérimenter de nouveaux modes d'enseignement. Parmi les "joyaux" de Paris-Descartes, les licences Villebon Georges Charpak et Frontières du vivant. Là, les effectifs concernés sont plus réduits, coût financier et organisation obligent. Chaque promo compte une trentaine d'étudiants.

La licence Frontières du vivant forme des scientifiques généralistes, sensibilisés à la recherche. En première année, les élèves étudient les maths, la physique-chimie, la biologie et l'informatique à part égale, puis ils se spécialisent progressivement au fil des semestres. Mais surtout les formes d'enseignement y sont particulières. En TP de chimie, par exemple, des étudiants de deuxième année orchestrent les séances des L1. Ils travaillent ensemble sur des projets (comme créer une peinture couleur "arc-en-ciel" ou solidifier de la mousse) qu'ils se transmettent d'année en année.

"La licence FDV, c'est une bulle dans l'université. J'aime l'apprentissage par projet, la place donnée à la recherche, le côté innovant de l'enseignement, bidouilleur, pas dans les normes", déclare Pierre, 19 ans, étudiant en L2 originaire de Cavaillon (84) qui aimerait s'orienter vers la recherche en maths appliqués ou en informatique. Imaginer des solutions, se tromper, apprendre à apprendre, transmettre aux autres... : des techniques formatrices. "Moi, je ne voulais pas suivre des cours dans un amphi de 250 places. Ici, nous sommes en petits groupes. Les professeurs nous connaissent. Et l'aspect pratique me plaît", explique Valentine, 18 ans, étudiante elle aussi en L2 qui se verrait bien faire de la recherche dans les neurosciences ou la bioéthique.

Pierre, étudiant en licence Frontières du vivant à Paris Descartes

À la recherche de personnalités

Mais pour entrer en licence FDV, il faut montrer patte blanche. La formation, hors APB, est sélective. "Nous avons 120 à 150 candidats pour 30 étudiants admis. On recrute d'abord sur dossier et entretien. Il faut avoir la moyenne dans les matières scientifiques au lycée mais, passé un seuil (environ 12/20 de moyenne), on se préoccupe surtout des personnalités. On ne veut pas une armée de clones, mais des jeunes qui sachent prendre des initiatives, ont envie, sont complémentaires, montrent leurs capacités à faire des efforts", décrit Antoine Taly, directeur des études de la L1 et la L2 FDV.

La licence Villebon Georges Charpak est, elle aussi, sélective. Mais la sélection est inversée... "On essaie de récupérer des jeunes qui n'auraient jamais fait d'études longues pour les mener à faire des sciences et de la recherche. Dans cet internat d'excellence, plus de la moitié des élèves sont des bacheliers technologiques. Près de 80 % sont boursiers. Ils arrivent avec d'énormes lacunes. Certains ont arrêté la biologie en 3e. On les met devant des cas concrets, comme par exemple fabriquer une bio-pile", indique Frédéric Dardel.

Le BYOD débarque en amphi

Petit à petit, les méthodes d'enseignement innovantes gagnent aussi les licences à plus gros effectifs, comme en licence sciences pour la santé (ex-licence sciences biomédicales). "Depuis 4 ans, j'essaie de nouvelles pratiques. Cela n'a rien d'un gadget. En cours magistral, 50 % des étudiants décrochent au bout d'une demi-heure. J'ai donc décidé de fragmenter mon cours", explique Xavier Coumoul, professeur de biochimie et de signalisation cellulaire.

Ce vendredi-là, l'enseignant doit donner un cours de 1 h 30 en BYOD pour 'Bring your own device' (en français : "Apportez vos appareils personnels"). De nombreux étudiants de L2 présents dans l'amphi ont allumé leur tablette, ordinateur portable ou smartphone et se sont connectés au moodle (l'intranet) de l'université. Xavier Coumoul rappelle des notions de la session précédente, en introduit de nouvelles puis soumet des QCM (questions à choix multiples) auxquels les élèves répondent en direct. Certaines portent sur une vidéo de 15 minutes - un résumé de cours du professeur - qu'ils étaient invités à visionner chez eux auparavant.

"Cette méthode nous rend acteur et non pas seulement spectateur du cours", apprécie Alexandre. "Les QCM permettent de faire une pause dans la prise de notes, de réfléchir", ajoute sa voisine Céline. "Cela permet de voir si on a compris", renchérit Elisa. Xavier Coumoul leur proposera également un "atelier" : rédiger une synthèse sur une question en un temps limité.

Alexandre et Céline, deux étudiants de licence sciences pour la santé de Paris Descartes connectés pour leur cours en BYOD

Alexandre et Céline, deux étudiants de licence sciences pour la santé de Paris-Descartes connectés pour leur cours en BYOD. // © V. Bertereau

À Paris-Descartes, tous bosseurs ?

De tout cela se dégage un sentiment : et si Paris-Descartes était une fac de bosseurs ? "Il y a de tout. Il y a toujours des étudiants qui n'ont rien à faire là... Mais c'est vrai que la fac demande de beaucoup travailler par soi-même", rétorque Agathe, étudiante en troisième année de licence sciences pour la santé.

Côté vie étudiante, l'éclatement des sites dans quatre arrondissements de Paris et trois villes de banlieue, ne favorise pas l'impression "d'appartenir" à l'établissement. "Nous ne croisons pas beaucoup les étudiants des autres filières. Nous restons chacun à nos étages", avoue Agathe.

Comme dans toute université, il existe néanmoins une multitude d'associations et même un concours artistique commun à toutes les UFR (unités de formation et de recherche) : les Talents de Descartes. "Chaque UFR présente un candidat qui concourt dans l'une des quatre catégories : chant, groupe, musique ou danse. C'est bien pour la créativité et la cohésion", assure Philomène, 19 ans, étudiante en L2 FDV. Preuve qu'à Paris-Descartes, on a des idées mais aussi des talents.

Paris-Descartes, une fac élitiste ?
Étudier en plein cœur de Paris, est-ce accessible à tous ? Paris-Descartes est une université. Dans la plupart de ses licences (hormis les licences FDV et Villebon Georges Charpak), il n'y a donc pas de sélection.
Le recrutement se fait en priorité sur l'académie de Paris,
puis sur l'Île-de-France, puis sur la France entière. "Mes amis viennent autant de banlieue que du quartier du Trocadéro", assure Agathe, elle-même parisienne.
Il existe néanmoins des filières plus demandées (et surchargées) que d'autres.
"L'Institut de psychologie, réputé, est très demandé sur Admission post-bac. C'est également le cas de l'IUT [institut universitaire de technologie, NDLR] et de la licence STAPS, la seule de Paris intra-muros", indique Frédéric Dardel. Paris-Descartes refuse donc du monde.
"On compte 700-800 étudiants en L1 STAPS avec les redoublants. 230 places sont disponibles sur APB pour 1.000 demandes par an", évalue ainsi Marie-Agnès Sari, directrice adjointe de l'UFR sciences fondamentales et biomédicales.

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