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Reportage

Une matinée de mobilisation à Paris 1, ça donne quoi ?

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Margaux, militante UNEF participe à l'organisation de l'AG qui se déroule, ce 22 mars 2016, à Paris 1. // © Sarah Hamdi
Margaux, militante UNEF participe à l'organisation de l'AG qui se déroule, ce 22 mars 2016, à Paris 1. // © Sarah Hamdi

Le mouvement jeunesse contre la loi Travail ne s’essouffle pas. Ils étaient ainsi près de 400 dans l’amphi Descartes de l’université Paris 1-La Sorbonne, le 22 mars 2016. En assemblée générale, débats, agitation, votes étaient au rendez-vous. S’ils ne veulent plus seulement le retrait de la loi Travail, les jeunes demandent de vrais changements.

"L’amphi va être plein à craquer," entend-on à une demi-heure du début de l’assemblée générale. Juste prédiction. Dans la cour de la Sorbonne, nombreux sont les étudiants venus assister à l’AG pré-mobilisation du jeudi 24 mars 2016. Jour qui signera la 3e journée d’action contre le projet de réforme du Code du travail. En attendant de rassembler tous les participants, un jeune s’installe au piano et joue "Hit the road Jack" de Ray Charles. Bonne humeur de rigueur. À 11 heures, plus de places sur les bancs de bois de l’amphi Descartes. Près de 400 participants sont prêts à débattre des suites à prendre pour se mobiliser contre la loi Travail… mais pas seulement.

"On veut sublimer cette colère"

Dans les rangs, Margaux, présidente de la section locale de l’UNEF. Voilà quatre ans que la jeune fille s’est engagée auprès du premier syndicat étudiant. "Au lycée il n’y avait pas d’organisation qui me permettait de m’investir. L’UNEF a été mon premier cadre d’engagement. J’ai commencé par l’organisation d’évènements culturels," raconte l’étudiante en master 1 d’histoire sociale. Son objectif ? "Changer l’université, faire bouger le droit étudiant, le féminisme, agir contre le racisme." Un engagement qui lui prend beaucoup de temps en ce moment, contre la loi Travail. Pour elle et ses camarades, une journée militante type commence à 7 heures 45 par la diffusion de tracts. Vers 10 heures, débute le travail de sensibilisation sur le terrain. "On part à la rencontre des étudiants, on leur explique pourquoi et comment se mobiliser," précise Margaux. À Paris 1, ils sont une trentaine de membres actifs de l’UNEF.

Parmi les troupes mobilisées, Ysé, Pierre et Arthur, tous les trois en 3e année d’histoire-science politique. "Non encartés" et "indépendants", ils ont créé un site Le Printemps de Paris 1. Cette plate-forme a pour comité de rédaction des étudiant(e)s investi(e)s dans la mobilisation contre le projet de loi Travail de Paris 1. "C’est un outil dédié aux étudiants afin qu’ils restent informés sur les mobilisations. On y relaye des tribunes, dénonce les violences policières, etc.", explique le groupe.

Pour Ysé, la loi Travail n’est pas la cause de tous les maux. "C’est l’étincelle de trop," commente la jeune fille. "Cela fait des mois, des années, que la société va de renoncement en renoncement. Cette contestation est le reflet de toute cette frustration qui s’accumule." À quelques minutes du début de la réunion, Pierre résume : "L’idée de ce rassemblement, c’est de sublimer cette colère. De rendre compte que les jeunes peuvent agir et proposer des idées nouvelles."

"Vers une VIe République"

11 heures. Tour à tour les jeunes prennent la parole au micro, applaudis ou hués. Pour eux, l’heure est à la réforme : "On doit créer un vrai débat démocratique sur cette loi maligne," espère le jeune ouvrant les débats. Sur le devant de la scène, une jeune fille témoigne, "choquée" par les événements de Tolbiac et "la répression violente que les étudiants ont subie" quelques jours auparavant.

"Réfléchissons à une VIe République, ce gouvernement doit démissionner !," lâche un étudiant, applaudi par la foule qui commence à s’agiter. Parmi les positions énoncées, fleurissent des envies de projets. "La semaine de travail de 32 heures" entend-on. "Les jeunes devraient pouvoir se consacrer à leurs études. Ils ne devraient pas être contraints à travailler !" lance un autre. "On veut le retrait de la déchéance de nationalité", s'exclame un troisième.

Au milieu des propositions, naissent les contestations : "L’état d’urgence ne sert pas à lutter contre les attentats, mais à réprimer nos libertés". "Toujours travailler, toujours travailler ! On veut aussi avoir une vie, imaginez-vous un emploi de 60 heures par semaine. Il restera quoi ?", dénonce un intervenant.

Pour les jeunes présents ce matin, nul doute que la mobilisation du hashtag #Onvautmieuxqueça ne cesse de faire des adeptes. Un jeune homme prend la parole : "Quand on est dans la rue, cela fonctionne. Le gouvernement prend conscience de l’ampleur de notre mobilisation," lance-t-il.

Tolbiac voit rouge

Au terme de 3 heures 30 de discussions, les esprits s’échauffent et demandent de laisser place aux différents votes. "Grève dès aujourd’hui ?" : Oui. "Piquet de grève à Tolbiac" : voté. Quelques heures plus tard, la coordination régionale parisienne organise un rassemblement devant Tolbiac, en invitant des cortèges d'autres facs (Nanterre, Saint-Denis, Jussieu, etc.). Mais aussi des salariés, des cheminots. Les forces en présence ont repeint une partie de la rue en rouge. "Une prise de parole démocratique entres les jeunes des différentes facs s’est mis en place à même la rue," explique une militante. La rue, lieu de contestation désormais privilégié de la jeunesse. Prochain rendez-vous jeudi 24.

 

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