1. Handicap et études supérieures, halte à l'autocensure

Handicap et études supérieures, halte à l'autocensure

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Seuls 2 bacheliers en situation de handicap sur 10 poursuivent leurs études dans l'enseignement supérieur, et ils ne sont que 4 % à intégrer une grande école. Pourtant, universités et écoles se bougent pour inverser cette tendance, soutenues par les entreprises, soumises à de fortes pénalités financières si elles ne respectent pas leur quota de travailleurs handicapés. État des lieux et témoignages de 4 jeunes qui ont osé aller plus loin que le bac.

“Les jeunes ont tous des rêves et les premiers à convaincre sont les parents”, déclare Catherine Blanc, responsable de la Mission handicap à Sciences po. “L’arrêt des études est souvent lié à une autocensure de leur part : mon enfant est déficient visuel, donc il ne peut pas travailler dans l'informatique”, confirme Christelle Jacq, responsable de la Mission handicap chez Assystem. “Pourtant, avec un aménagement du poste de travail (un très grand écran, une lecture oralisée, un clavier en braille), c'est tout à fait possible.”

Accompagner les handicapés dès le collège et le lycée

L'association ARPEJEH (Accompagner la réalisation des projets d'études de jeunes élèves et étudiants handicapés), hébergée dans les locaux de Sciences po Paris, travaille étroitement sur le passage du collège au lycée, et du lycée à l'enseignement supérieur. “Notre idée est que les jeunes poursuivent leurs études sur des voies qui les intéressent, pas sur des voies de garage”, explique Catherine Blanc, de Sciences po.

Créée par 5 entreprises (SFR, Air France, LVMH, RTE et l’Oréal), l’association vise à informer les élèves en situation de handicap sur les métiers et les entreprises prêtes à les accueillir et à les accompagner durant leurs études grâce à un système de tutorat. En 2009, plus de 500 jeunes ont été accueillis en stage dans l'une des entreprises partenaires.

“Ils n'auraient jamais envisagé de faire un stage chez SFR et cette expérience leur fait découvrir les possibilités offertes par l’entreprise et enclenche des réflexes sur la possibilité de poursuivre des études”, explique Jean-Marie Vinas, directeur responsabilités et innovations sociales chez SFR. Des réflexes qui naissent également chez les managers, et une confiance qui s’installe chez les collaborateurs. “En 2010, il y a eu 3 fois plus de reconnaissance du handicap parmi nos collaborateurs en interne. Nous avons réussi à banaliser le handicap en entreprise.”

Les concours : une première barrière

Les concours, expérience déjà redoutable pour les étudiants valides, deviennent un véritable parcours du combattant pour les étudiants handicapés. Et ce, bien que l’Agefiph (Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle de personnes handicapées) et la CGE (Conférence des grandes écoles) aient signé un accord pour favoriser l’insertion des handicapés au sein des grandes écoles, qui a entraîné la nomination d’un référent handicap dans chaque établissement.

Si rien n’oblige les étudiants à déclarer leur handicap pour s’inscrire dans un établissement de l’enseignement supérieur, le faire leur permettra de bénéficier d’une compensation. “Nous n'avons pas créé une voie spécifique pour les handicapés à Sciences po, mais quand un étudiant remplit son dossier, s’il coche la case indiquant qu’il a un handicap, ça déclenche un appel du service des admissions pour lui demander ses besoins, déterminés au préalable par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées). “Est-ce qu'il a besoin d'un tiers-temps supplémentaire, d'un preneur de notes, d'un matériel spécial ? Ensuite, c’est exactement le même examen”, précise Catherine Blanc. L'établissement prestigieux compte 86 étudiants en situation de handicap, contre une vingtaine fin 2007.

Handicap Passerelle : pour lutter contre l’autocensure des lycéens
Le concours Passerelle ESC a mise en place un dispositif destiné à favoriser l’intégration des étudiants handicapés dans ses écoles : le concours Handicap Passerelle. Calqué sur le modèle du concours Passerelle ascension sociale, il est organisé au niveau bac, en partenariat avec des BTS, DUT ou des Bachelors. “Ce concours est conçu pour les élèves de terminale, car nous nous sommes aperçu qu'il y avait beaucoup d'autocensure. En posant leur candidature dès la terminale, ils peuvent avoir très tôt l'ambition de décrocher un bac+5 dans une grande école”, commente Nathalie Bertin-Boussu, responsable du groupe de travail Handicap Passerelle ESC.
 
Les candidats admis au concours suivent une formation dans l’un des établissements partenaires. À la fin des 2 ou 3 premières années d’études, ils intègrent directement l’école qui les avait admis, et leur accompagnement est financé par les entreprises partenaires. Le concours postbac handicap dispose d’un maximum de 5 places par école. Pour l'année 2011, 4 écoles membres de Passerelle ESC se sont engagées dans ce concours : l’ESC Amiens-Picardie, l’ESC Bretagne-Brest, l’ESC Chambéry-Savoie et l’ESC Grenoble.

Pour s'inscrire, les candidats doivent fournir un dossier attestant de leur handicap. Ensuite, ils passent devant un jury d’admissibilité, qui va examiner leurs bulletins de première et de terminale. Enfin, le concours se déroule en 2 parties : un écrit et un oral. “Pour cette première édition du concours, nous avons reçu 4 dossiers (2 terminales ES, 1 terminale S et 1 terminale STG). L'année prochaine, nous espérons en avoir au moins 10”, déclare Nathalie Bertin-Boussu.
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Marie-Anne Nourry
Mars 2011
Sommaire du dossier
“J'ai choisi de camoufler mon handicap dans mon CV” “Malgré mon handicap, j’ai été reçue à 5 écoles du concours Passerelle” “Avant les entretiens en école d’ingénieurs, j'ai prévenu que j'étais malentendant.” “Sans aménagements pour mon handicap au sein de l’école, j'aurais abandonné.”