1. À quoi mène Sciences po ?
Enquête

À quoi mène Sciences po ?

Envoyer cet article à un ami
Eux aussi ont fait Sciences po, de gauche à droite : Camille © Armelle Bouret/Parlophone/Warner Music France, Martin Weill © Philippe Mazzoni, Canal+, Florian Zeller © Arnaud Février/Flammarion et Najat Vallaud-Belkacem © Yves Malenfer/Matignon // © Montage photos l'Etudiant
Eux aussi ont fait Sciences po, de gauche à droite : Camille © Armelle Bouret/Parlophone/Warner Music France, Martin Weill © Philippe Mazzoni, Canal+, Florian Zeller © Arnaud Février/Flammarion et Najat Vallaud-Belkacem © Yves Malenfer/Matignon // © Montage photos l'Etudiant

La fonction publique et la banque-finance constituent les principaux débouchés de Sciences po. Elles ne concernent pourtant qu’une partie des étudiants. Ils sont aussi nombreux à choisir le secteur des médias. On s’y perdrait tant le champ des possibles est large.

La fonction publique, marque de fabrique de Sciences po

Traditionnellement, la fonction publique constitue un débouché naturel pour les diplômés des IEP (instituts d'études politiques), une spécificité qui les distingue nettement des écoles de commerce. En 2015, près de 30 % des diplômés des IEP Toulouse et Rennes travaillaient dans ce secteur. Ils étaient environ 10 % à la sortie de Sciences po Lille ou Paris.

De fait, la formation Sciences po, en particulier celle de Paris, est la meilleure préparation possible aux concours d'entrée dans l'administration. L'an dernier, 25 des 40 admis à l'ENA (École nationale d'administration) via le concours externe étaient issus de Sciences po Paris, et à l'INET (Institut national des études territoriales), presque tous les admis au concours externe étaient passés par un IEP. C'est le cas de Damien, qui travaille à la mission Stratégie et coopérations territoriales de la Métropole du Grand-Paris. Diplômé de l'IEP d'Aix-en-Provence, le jeune homme de 26 ans est passé par la classe préparatoire égalité des chances, créée par l'ENA.

Certains diplômés trouvent également des emplois comme contractuels, mais "passer les concours est devenu un passage obligé si l'on envisage une carrière au long cours", assure Caroline. Contractuelle au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, la jeune femme de 29 ans, diplômée de l'IEP Lyon et du collège de Bruges (Belgique), une formation prestigieuse en affaires européennes, gagne autour de 2.700 € net par mois.

Lire aussi : Sciences po : les IEP au banc d'essai

De plus en plus de diplômés choisissent le privé

Côté privé également, les diplômés des IEP bénéficient de nombreuses opportunités : à Paris, 78 % d'entre eux y travaillent. Et les cabinets de conseil parisiens sont de plus en plus friands de profils Sciences po : ils accueillent près de 20 % des diplômés de Paris et 10 %, en moyenne, des diplômés des IEP de région.

La dimension publique de la formation intéresse notamment les recruteurs. "La connaissance des procédures et des acteurs publics, mon bagage en sciences sociales et la polyvalence propre à Sciences po sont des atouts importants", estime Matthieu, qui a suivi son cursus à Grenoble, et qui est en poste chez ManpowerGroup Solutions, un cabinet de conseil en ressources humaines. À 31 ans, le jeune homme a un salaire de 4.000 € net par mois.

Dans la même veine et malgré de grandes disparités, certains IEP bousculent toujours davantage les écoles de commerce en se mettant sur le créneau de la finance : environ 10 % des diplômés à Bordeaux, Lille ou Paris s'insèrent dans ce domaine professionnel.

Être journaliste, un rêve

Autre pré carré des IEP, le journalisme, la communication et les médias. À l'exception de Rennes et de Strasbourg, environ 10 % des diplômés des IEP choisissent le métier de journaliste. Un chiffre qui monte à 25 % à Lille, qui propose un double diplôme avec l'ESJ (École supérieure de journalisme) Lille, l'une des 14 formations reconnues par la profession. À Bordeaux, Grenoble, Paris ou Rennes, les IEP disposent de leur propre master journalisme.

Côté culture, autre domaine qui bénéficie d'une forte attractivité auprès des étudiants, le discours de Sciences po Paris est clair. "Sciences po ne mène pas à tout, insiste Félicité Gasparetto, responsable du service carrières. Ce n'est pas une école d'art, et les jeunes ne doivent pas s'imaginer y étudier la création artistique." C'est pour cette raison que l'école a fermé en 2007 son master management de la culture et des médias, qui se caractérisait par un taux de chômage élevé et des bas salaires à l'embauche. Transformé en master politiques publiques au sein de la filière école d'affaires publiques, l'orientation du parcours a été clarifiée : "Nous formons à la direction d'établissements culturels."

Pour ces postes à la croisée des chemins, les profils Sciences po sont les bienvenus, ainsi qu'en témoigne Chloé. Après un parcours franco-allemand à Sciences po Bordeaux, cette passionnée de relations institutionnelles a travaillé chez Allociné avant d'être engagée chez Arte comme responsable de la postproduction de la chaîne. "Au-delà d'une bonne connaissance des procédures publiques, Sciences po m'a appris à définir une stratégie, à problématiser et à prioriser. Quand on gère une équipe de 22 personnes, c'est crucial", explique-t-elle. "Quel que soit le secteur dans lequel on travaille, Sciences po, c'est avant tout une méthode, une capacité à analyser", conclut-elle.

Eux aussi ont fait Sciences po

- Najat Vallaud-Belkacem, 38 ans, Sciences po Paris (2000). Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
- Florian Zeller 37 ans, Sciences po Paris (2001). Écrivain et auteur de pièces de théâtre. Il a notamment reçu, en 2014, le Molière de la meilleure pièce pour "Le Père".
- Camille, 38 ans, Sciences po Paris (2002). Chanteuse et actrice. L'album "le Fil" l'a fait connaître du grand public en 2005.
- Martin Weill, 29 ans, Sciences po Bordeaux (2010). Reporter au Petit Journal pendant trois ans.

Le grand écart des salaires

La forte diversité des débouchés après Sciences po va de pair avec de grandes différences salariales. Selon le secteur d'emploi, la rémunération (salaire brut avec primes) annuelle brute va du simple au double (1).

À Sciences po Paris, les 5 % de diplômés 2013 travaillant dans le secteur de la presse, de l'édition et des médias gagnent en moyenne 31.380 € par an, quand les 3 % travaillant dans le secteur juridique perçoivent 81.000 € ! S'il s'agit là des deux extrêmes de la rémunération, ces chiffres témoignent du grand écart existant entre diplômés. Pour environ le quart de la promotion qui se dirige vers l'audit et les cabinets de conseil, la rémunération annuelle brute est de 45.825 €. Dans l'Administration, qui continue d'attirer 15 % des diplômés, elle est en moyenne de 39.555 €.

IEP de région. À la sortie des IEP de région, les salaires sont plus faibles qu'en région parisienne. Alors qu'en moyenne, les diplômés 2013 de Sciences po Paris gagnent 43.900 € (hors primes), en région, le salaire annuel brut oscille entre 23.100 € à Strasbourg et 35.000 € à Bordeaux. L'IEP de Lille tire aussi son épingle du jeu avec un salaire moyen de 32.000 € par an. Les diplômés des autres IEP perçoivent en moyenne 30.000 € par an.

(1) Enquête Insertion Sciences po Paris 2014, portant sur les diplômés 2013.