1. À Sciences po, que reste-t-il du "roi Richie", alias Richard Descoings ?
Décryptage

À Sciences po, que reste-t-il du "roi Richie", alias Richard Descoings ?

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Dans les jardins de Sciences po, à Paris. // © Raphaëlle Orenbuch
Dans les jardins de Sciences po, à Paris. // © Raphaëlle Orenbuch

Trois ans après la mystérieuse mort de Richard Descoings, la journaliste Raphaëlle Bacqué vient de publier un ouvrage biographique consacré au directeur "roi" de Sciences po. Le livre "Richie"* revient sur la dualité de ce personnage si particulier, souvent critiqué, mais unanimement adulé des étudiants. En 2015, quel souvenir les élèves gardent-ils de leur ancien directeur ? Rencontres rue Saint-Guillaume.

Dans le hall du 27, rue Saint-Guillaume, à Paris, les étudiants de Sciences po s'agitent en cette fin avril 2015. Certains sont déguisés, d'autres distribuent gâteaux et bouteilles d'eau. La campagne BDE (bureau des élèves) bat son plein. L'ambiance est festive. Pourtant, dès qu'ils entendent le nom de Richard Descoings, les visages des étudiants s'assombrissent. Ceux qui ont connu l'ancien directeur, les étudiants en master, racontent avec émotion leurs souvenirs de la "légende Richie". De leur côté, les plus jeunes ont conscience du poids de l'héritage qu'il a laissé.

Une transformation indéniable de l'école

Si le haut fonctionnaire était critiqué sur sa gestion de l'établissement à la fin de son dernier mandat, on se souvient surtout des réformes qu'il a engagées : internationalisation de Sciences po, troisième année à l'étranger, conventions passées avec des lycées de ZEP (zones d'éducation prioritaire)... Un changement en profondeur de l'institution, autrefois élitiste et parisienne, devenue, ni plus ni moins, "le symbole de l'ouverture et de la tolérance", pour Yann, étudiant en master finance et stratégie. "Tout le monde est d'accord pour dire qu'il a transformé l'école pour le meilleur, tant dans le recrutement que dans la réorganisation du parcours académique", explique le jeune homme. Selon Margaux, étudiante en master 2 entrée à l'IEP (institut d'études politiques) grâce aux conventions d'éducation prioritaire, "c'est lui qui a mis le doigt sur le problème de l'élitisme dans les grandes écoles. On lui doit d'avoir fait rentrer les classes populaires et les jeunes provinciaux à Sciences po".

Un culte de la personnalité qui perdure

Souvent surnommé le "roi Richie", l'ancien directeur bénéficiait d'une popularité exceptionnelle auprès des élèves de la rue Saint-Guillaume. "C'est simple, on a carrément un drapeau à son effigie pendant le CRIT [la compétition sportive entre tous les IEP de France, ndlr] ! Depuis sa mort, son visage est couronné d'une auréole", livre Margaux.

Passionné par son métier, Richard Descoings l'était aussi par la fête et ne cachait pas ses abus. "On le voyait tout le temps aux soirées ou en train de fumer une clope dans le jardin de l'IEP", se souvient en souriant Thomas, étudiant en master 1 droit économique.

L'énarque entretenait sa réputation de "rock star". Les étudiants le savaient "limite, mais toujours professionnel". Sa proximité avec les élèves le rendait accessible. "Il se souvenait des prénoms et parfois des dates d'anniversaire", se remémore Yann. L'étudiant n'a pas voulu lire "Richie" : "J'ai l'impression que le livre tourne surtout autour de sa vie privée et je m'en fiche".

"Le roi est mort, vive le roi !"

L'ère Descoings s'est définitivement terminée quand, en mars 2013, après un an de vacance du poste, Frédéric Mion a pris sa succession à la direction de Sciences po. Après deux ans de règne, le nouveau roi est déjà adulé des élèves lui aussi. "Il est vraiment dans la continuité de Descoings. Il a la même aura auprès des élèves", commente Thomas.

Le nouveau directeur a gardé de Richie la proximité avec les étudiants et a même instauré les "Meet Frédéric Mion", des rencontres mensuelles en tête-à-tête avec les élèves qui le souhaitent. "Il a le même charisme, mais pas les mêmes travers... Je crois qu'après les histoires sulfureuses autour de la mort de Descoings, on avait besoin d'un directeur droit dans ses bottes comme Mion", remarque Juliette, en master droit économique. Frédéric Mion, ancien secrétaire général de Canal+, a donc su prendre la relève, même si la légende Richie reste bien vivante dans les murs de l'IEP.

*"Richie", de Raphaëlle Bacqué, éditions Grasset, avril 2015, 288 pages, 18 €.