1. Que vaut Sciences po après Richard Descoings ?
Décryptage

Que vaut Sciences po après Richard Descoings ?

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Effectif étudiant multiplié par deux, création d’une procédure d’entrée pour les lycéens issus de ZEP (zone d’éducation prioritaire), mise en place de frais de scolarité progressifs, internationalisation de l’école… Richard Descoings, en prenant les rênes de Sciences po en 1996, a véritablement imprimé sa marque à la tête du prestigieux institut parisien.

Visionnaire, Richard Descoings a réussi la transformation d’une école affichant 3 années de scolarité dédiées à la préparation des concours de la fonction publique (principalement École nationale d’administration) et accueillant quelques milliers d’étudiants en un mastodonte de 10.000 têtes emmenées sur le marché du travail après 5 ans d’études dans des domaines aussi divers que la finance, le conseil, le journalisme, la culture, la communication et le secteur public.



Outre ce changement d’échelle pour l’institut de la rue Saint-Guillaume, réservé initialement à la classe parisienne privilégiée, c’est aussi une ouverture à la diversité qu’a impulsée Richard Descoings. Avec sa réforme phare : la création, en 2001, d’une voie d’entrée – sélective – destinée aux élèves des lycées de ZEP partenaires.

 
Mixité sociale : le taux de boursiers est passé de 6% à 26% en 10 ans

 

"C’était un projet novateur : une rupture avec le modèle du concours républicain unique, observe un professeur. La conviction profonde de Richard Descoings était que l’expérimentation sociale devait être davantage tentée en matière d’éducation dans la société française." Une décision qui a provoqué un fort vent de contestations à l’époque, mais qui fait aujourd’hui partie de l’"ADN" de l’institut. Avec une insertion des diplômés entrés par cette procédure aussi bonne que celle des autres.

Pour asseoir cette ouverture sociale, Richard Descoings a instauré des frais d’inscription progressifs (variant de 0 à 9 800 € les 3 premières années ; de 0 à 13 500 € en master) et des bourses supplémentaires pour les élèves défavorisés.

30 % des étudiants ne paient aucun frais. Parmi eux, les boursiers et des familles aux revenus modestes. Ainsi, un couple avec 2 enfants dont le revenu global est inférieur à 37 000 € par an ne versera aucun droit en 1re année. Et si un couple gagne plus de 200 000 €, les frais de scolarité s’élèveront à 9 800 € en licence, et 13 500 e en master. Résultat : si les catégories aisées restent surreprésentées, l’IEP a réussi à passer de 6 % de boursiers à 26 % en 10 ans. Un taux élevé par rapport aux autres grandes écoles.

 
International : la moitié des étudiants sont étrangers

 
Quel que soit le ticket d’entrée, tous les étudiants partent obligatoirement à l’étranger lors de leur 3e année d’études. L’ancien directeur a réussi à positionner l’IEP français comme une grande université internationale, développant les accords d’échanges académiques (plus de 400 universités partenaires) et signant des accords de doubles diplômes avec des facultés aussi prestigieuses que l’UCL (University College of London) et la LSE (London School of Economics) en Grande-Bretagne, et celle de Columbia aux États-Unis.

"On ne peut plus étudier à Sciences po sans maîtriser l’anglais", assure Michael Schmidmayr, en charge du campus franco-allemand de Nancy (54). Résultat : un tiers des diplômés qui rejoignent le marché du travail s’insèrent à l’international. Et près de la moitié des étudiants de l’IEP sont étrangers.

"Avec les réformes profondes menées par Richard Descoings, Sciences po, pour les recruteurs, est entré dans les établissements du groupe A, comme les meilleures écoles de commerce ou d’ingénieurs", estime François-Marie Delétoille, responsable de Michael Page Education (cabinet de conseil en recrutement).
   
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L'après-Descoings : les chantiers du futur directeur de Sciences po "Sciences po Paris reste une école d'excellence, prisée chez les recruteurs"