1. L'après-Descoings : les chantiers du futur directeur de Sciences po
Décryptage

L'après-Descoings : les chantiers du futur directeur de Sciences po

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Effectif étudiant multiplié par deux, création d’une procédure d’entrée pour les lycéens issus de ZEP (zone d’éducation prioritaire), mise en place de frais de scolarité progressifs, internationalisation de l’école… Richard Descoings, en prenant les rênes de Sciences po en 1996, a véritablement imprimé sa marque à la tête du prestigieux institut parisien.

Première urgence – et non des moindres – pour le futur directeur de Sciences po : rétablir l'image de l'institution, fortement écornée par un rapport de la Cour des comptes pointant d'importantes dérives – par exemple sur les salaires des dirigeants de l'institut. Pour cela, il devra mettre en place une gestion rigoureuse au sein du prestigieux établissement, en appliquant les préconisations de la Cour.

 
Gouvernance et gestion : une rigueur indispensable

 
"L’enjeu est maintenant de consolider et d’aller au bout des transformations initiées par Richard Descoings, tout en conservant la dynamique d’innovation qu’il a insufflée et en promouvant une gouvernance plus coopérative et inclusive, souligne Guillaume Klossa, l’un des 24 candidats à la direction de l’IEP. Ce sont les conditions pour réussir la transformation de Sciences po en université de référence mondiale en sciences humaines et sociales."



"Sciences po va devoir rétablir sa crédibilité, ajoute Olivier Faron, directeur de l’ENS (École normale supérieure) de Lyon, aussi candidat à la tête de l’IEP. On imagine ce que ressentent les personnels, les enseignants, les étudiants, les parents d’élèves, les anciens… Ce n’est pas juste l’image d’une école qui est en jeu, c’est celle d’une institution qui porte les valeurs de l’État."

 
Insertion des diplômés : à développer

 

Parmi les réformes profondes initiées par Richard Descoings figure la transformation des masters (3e et 4e années d'études) en "écoles", avec pour objectif de mieux organiser les filières de manière visible et efficace. Une évolution inaboutie.

4 écoles existent aujourd’hui : droit, communication, affaires internationales et journalisme. Reste à construire l'école des affaires publiques, européennes et urbaines – enjeu stratégique puisqu'au cœur de métier de l'IEP – prévue à l’horizon 2014.

"Il faut réfléchir encore au “qui fait quoi” entre les écoles, les départements disciplinaires et les centres de recherche", ajoute un chercheur. Car de l’efficacité de cette structuration dépend aussi l’insertion professionnelle des diplômés. Si celle-ci est déjà de bonne qualité, un tiers des diplômés poursuivent tout de même leurs études ou préparent un concours à l’issue de leur cursus.

"Quand on fait Sciences po, mieux vaut être très diplômé pour sortir du lot. Il est de bon ton de faire un master supplémentaire, un peu plus en phase avec le monde de l’entreprise", confirme François-Marie Delétoille, responsable de Michael Page Education (cabinet de conseil en recrutement).

La banque, la finance, l’audit et le conseil restent les débouchés premiers de l’IEP
(au total, 25 % des diplômés rejoignant le marché du travail à un an du diplôme), devant la fonction publique (16 %). Les autres secteurs qui font rêver les jeunes (journalisme, ONG, culture) concernent un tout petit pourcentage d’étudiants (moins de 5 % chacun) avec une insertion souvent encore précaire.

"D’une manière générale, les diplômés de Sciences po arrivent juste après ceux des écoles de commerce les plus réputées dans les grilles de rémunération, et ils progressent moins vite, relève François-Marie Delétoille. Ce qui est logique : les meilleures écoles de commerce restent la voie royale pour aller vers les métiers classiques de l’entreprise. Leurs dirigeants en sont issus. En outre, si les anciens de HEC ou de l’ENSAM [École nationale supérieure des arts et métiers] se cooptent pour un emploi, c’est moins le cas des diplômés de Sciences po, qui n’ont pas vraiment cette tradition de réseau. Peut-être parce que ce sont, par culture, des esprits libres, moins solubles dans une corporation."

 
Stabiliser les procédures d'entrée de l'IEP

 
Le temps est peut-être aussi venu… d’endiguer le flot de réformes. En commençant par la procédure d’entrée de l’IEP, qui n’a cessé d’être modifiée – 2 réformes conséquentes en moins de 5 ans pour l'entrée en 1re année, 1 réforme pour l'entrée en master. La 1re édition du nouvel examen d’entrée [qui prend en compte le parcours et la motivation du candidat via le dossier et l’oral] doit d’ailleurs faire ses preuves en 2013.

Une procédure stabilisée, dont toutes les règles sont clairement fixées au plus tôt dans l'année, devrait permettre aux candidats dont l'accès à l'information est le plus limité de jouer à armes égales avec les candidats socialement les plus favorisés avec un fort degré d'informations.

Surtout pour un concours très sélectif dont l'attractivité reste très forte : 5.400 candidats se sont inscrits en 2012 aux procédures de l’examen et de la mention très bien, pour un peu moins de 900 places.

 
Mettre les services aux étudiants au niveau

 

Autre enjeu pour le nouveau directeur : "Consolider les services proposés aux élèves qui représentent aujourd’hui autant un facteur de choix que l’offre de cours", estime un professeur. L’accès à la restauration, le développement des activités sportives, l’aide à la recherche de stage ou d’emploi, le réseau d’anciens… n’ont pas fait partie des priorités de Richard Descoings.

 
Trouver sa place dans Sorbonne Paris Cité

 

Richard Descoings s'y était très fortement impliqué. La construction du pôle d’établissements Sorbonne Paris Cité (avec les universités Paris 3, Paris 5, Paris 7 et Paris 13), dont fait partie Sciences po, est un challenge de taille. Avec à l'horizon 2016 : la création ensemble d’une université unique. Ce rapprochement pourrait, à terme, donner accès aux étudiants à une palette de matières plus large, notamment en sciences "dures", et permettre à l’IEP d’acquérir une force de frappe conséquente.

Le projet rencontre déjà plusieurs difficultés, avec notamment des contestations des personnels de Paris 7 et de Paris 13, et le nouveau directeur devra faire preuve du doigté nécessaire pour trouver une place adéquate à Sciences po dans Sorbonne Paris Cité.
 

Hervé Crès choisi par l'IEP pour succéder à Richard Descoings
Les deux conseils de Sciences po – le conseil d'administration de la Fondation nationale de science politique et le conseil de direction de l'IEP – ont élu Hervé Crès pour prendre la direction de l'école.
Prochaine étape : la validation de l'État, qui n'interviendra pas avant le rapport de la Cour des comptes, fin novembre 2012.

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