1. Les CEP de Sciences po Paris : une porte d’entrée qu’on n’hésite plus à pousser

Les CEP de Sciences po Paris : une porte d’entrée qu’on n’hésite plus à pousser

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Dans les jardins de Sciences po Paris. À la rentrée 2014, 151 élèves ont intégré l'établissement via ce dispositif. // © Raphaëlle Orenbuch
Dans les jardins de Sciences po Paris. À la rentrée 2014, 151 élèves ont intégré l'établissement via ce dispositif. // © Raphaëlle Orenbuch

Permettre à des lycéens des quartiers prioritaires d'intégrer Sciences po, c'est le pari des CEP (conventions éducation prioritaire). Avec un succès qui ne se dément pas : après bientôt quinze ans d'existence, le nombre d'admis augmente à chaque rentrée.

LE DISPOSITIF CEP, C'EST QUOI ?

Mises en place en 2001, les CEP (Conventions éducation prioritaire) constituent l'une des trois voies d'entrée en première année à Sciences po Paris – avec le concours et la procédure internationale. En 2014, 151 élèves ont été admis via cette procédure, pour 1.000 candidats. Ils ont intégré la promotion du Collège universitaire (premier cycle de trois ans) réunissant 1.500 étudiants.

Une double sélection : au lycée et à Sciences po

Cette porte d'entrée est destinée aux élèves des lycées partenaires de l'institut, soit 105 établissements dans 19 académies de métropole et outre-mer. En passant par les CEP, pas de concours mais une sélection en deux temps : au lycée puis à l'IEP (institut d'études politiques). Chaque candidat doit réaliser, pendant son année de terminale, un dossier de presse sur le thème de son choix. Un travail présenté devant un jury d'admissibilité, au sein du lycée.

En cas de succès, le candidat passe un oral à Sciences po début juillet durant trente à quarante minutes , devant un jury d'admission composé de trois personnalités : professeurs des universités, cadres dirigeants, hauts fonctionnaires, enseignants et membres de la direction de Sciences po, personnalités invitées.

3 étudiants sur 4 sont boursiers

Depuis 2001, plus de 1.300 lycéens ont été admis à Sciences po Paris par cette voie. Un nombre en hausse chaque année (ils étaient 17 en 2001, 57 en 2005, 130 en 2010). Tout comme le nombre de lycées partenaires, passé de 7 établissements en 2001 à 85 en 2010 puis 105 en 2014-2015.

Entre 50 et 70 % de ces admis sont des enfants de chômeurs, d'ouvriers ou d'employés. Les trois quarts sont boursiers, selon l'IEP, qui compte 27 % d'étudiants boursiers en première année (chiffres 2014-2015). Une fois à Sciences po, ils obtiennent des résultats académiques comparables aux étudiants entrés par les autres procédures d'admission. Et s'insèrent aussi bien et dans les mêmes secteurs que les autres diplômés.

IL L'A TESTÉ : DENIS, 19 ANS, EN DEUXIÈME ANNÉE À SCIENCES PO


De son lycée de Perpignan à Sciences po Paris, Denis a vécu un double choc, géographique et social. C'est en 2nde que le jeune homme de 19 ans, aujourd'hui en deuxième année, s'est mis en tête d'intégrer l'institut parisien. Son professeur principal d'alors était très engagé dans le dispositif CEP. "Plus je comprenais ce qu'était cet institut, plus je me reconnaissais dans les valeurs", explique-t-il.

Très tôt, Denis s'engage dans le processus avec ses amis. "On voyait les terminales qui s'entraînaient à la revue de presse, ça nous faisait un peu peur", se remémore-t-il en souriant. Deux fois par semaine, le lycée polyvalent Aristide-Maillol organise des ateliers Sciences po, qui débutent toujours par un débat sur l'actualité. "Ça permet de développer l'aisance à l'oral, un esprit critique et ça incite à écouter les autres."

Un investissement total

En terminale, la pression monte. "On doit récolter des articles dans une période donnée, faire une synthèse et produire une réflexion personnelle." Son sujet : les conflits territoriaux en mer de Chine. Présélectionné dans son lycée, Denis se rend quelques mois plus tard à Paris pour l'oral. Une épreuve redoutable : "Le jury m'a cuisiné avec un mélange de questions de culture générale et de personnalité."

Si beaucoup de gens croyaient en lui, le fils d'instituteurs a traversé des moments de doutes. "J'avais repéré une prépa à Montpellier (34) en plan B mais je pense que j'aurais eu du mal à supporter la pression", souffle-t-il. La réception des résultats marque donc un grand soulagement, d'autant qu'ils sont six de son lycée à être admis !

Un autre monde à Paris

Plus que l'arrivée à Sciences po, l'installation à Paris constitue un véritable chamboulement. "J'étais à cinq heures de TGV de chez moi. C'était difficile, je ne le cache pas." Le Perpignanais trouve néanmoins vite ses marques :"Il y a des associations, des événements, dans lesquels je ne me reconnais pas, parce que je n'ai pas les codes, mais au sein du bureau des arts, j'ai pu rencontrer des gens qui sont sur la même longue d'onde que moi."

Pour se préparer : lire, être curieux…

Avec du recul, que conseillerait-il à ceux qui voudraient suivre ses traces ? "Pour me préparer, j'écoutais France Inter au minimum tous les matins. Mais je ne me cantonnais pas aux infos, je suivais aussi les émissions culturelles." Denis recommande également de lire, d'être curieux de tout. "J'étais abonné à 'Courrier international' et je lisais très souvent 'le Monde diplomatique', c'est le journal qui m'a le plus apporté pour la revue de presse." Mais ce qui lui semble le plus important, c'est le travail en groupe. "Même si on est en concurrence ou qu'on s'intéresse à des sujets différents, c'est toujours bénéfique", assure-t-il.

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