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Témoignage

Benjamin : “Il a fallu que je parte au Texas pour réaliser mon rêve de viticulteur”

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American dream - Benjamin - viticulteur Texas
American dream - Benjamin - viticulteur Texas

Ils ont moins de 30 ans et le "rêve américain" est devenu bien concret pour eux. Partis de France le plus souvent dès à la fin de leurs études, ils ont posé leurs valises de l'autre côté de l'Atlantique pour décrocher un stage, un job d'exception, voire pour monter leur propre entreprise. De l'arrivée chez l'Oncle Sam aux premiers dollars gagnés, ils reviennent sur leur success story. Premier Frenchie de cette nouvelle série de l'Etudiant : Benjamin, viticulteur… au Texas !

De l'informatique aux vignes. À aujourd'hui 30 ans, Benjamin Calai a trouvé son équilibre professionnel outre-Atlantique. Amoureux des bons vins mais pas issu d'une famille de vignerons, ce diplômé 2005 de l'école d'ingénieurs EPITA (Paris) a abandonné sa carrière de consultant informatique et mis le cap au Texas pour se concentrer entièrement à sa passion. Rencontre.
 

Comment avez-vous lancé votre activité de vigneron à Dallas ?

 

“J'ai commencé à louer des parcelles viticoles dès mon arrivée, c'était prévu avant même mon départ de Paris. J'ai réalisé mes premières vendanges en septembre 2009. Je suis passionné de vin depuis tout petit. Mon grand-père avait acheté de nombreuses bouteilles l'année de ma naissance, 1982. C'est l'un des meilleurs crus depuis un demi-siècle, j'en garde un souvenir exceptionnel. Pendant mes études, deux de mes amis et moi passions nos vacances d'été dans le Bordelais, pour visiter des domaines viticoles et rencontrer les producteurs.


J'ai toujours rêvé de posséder ma propre exploitation, mais en France il est presque impossible de devenir propriétaire tant les terres sont chères. Les domaines se transmettent généralement au sein des familles de vignerons. Je voulais acheter dans de bonnes conditions et ne pas m'endetter pendant 40 ans auprès d'une banque. Il a fallu que je parte aux États-Unis pour pouvoir réaliser mon rêve de viticulteur. C'est un peu mon American Dream.”
 

Au départ vous n'étiez pas venu aux États-Unis seulement pour acquérir un domaine viticole, vous avez un double parcours professionnel...

 

“Je suis arrivé à Dallas en septembre 2007. À l'époque je travaillais pour une jeune entreprise spécialisée dans les logiciels de sécurité informatique qui a décidé d'ouvrir un centre de recherche et développement au Texas. Pourquoi le Texas ? Parce que le climat fiscal y est particulièrement attractif pour les entreprises, et historiquement, la ville est très marquée par le secteur des télécommunications. Sur la carte, ça a l'air un peu perdu, mais en fait l'emplacement est idéal. Depuis Dallas on est à 1h45 maximum d'à peu près n'importe quel coin des États-Unis, c'est imbattable. La Californie est aussi intéressante pour l'implantation de starts-up comme celle pour laquelle je travaillais, mais le coût de la vie y est beaucoup plus élevé.

Lorsque j'ai reçu la proposition de poste, je n'ai pas mis beaucoup de temps à me décider. Je passais déjà la moitié de mon temps de travail ici, entre Paris et Toronto aussi. Je connaissais donc bien Dallas, ce ne fut pas un parachutage, je suis arrivé dans un endroit qui me plaisait.

En ce qui concerne mon niveau d'anglais, il a toujours été relativement bon. Je suis originaire de Calais, dans le Nord, près de l'Angleterre, donc c'était important pour moi. En arrivant au Texas, j'ai toutefois eu quelques petites difficultés avec l'accent local, surtout lors de conversation téléphoniques, mais avec un peu de pratique, rien n'est insurmontable dans l'apprentissage des langues.”


Comment en êtes-vous arrivé à passer de l'informatique au vin à ce moment-là ?

 

“En mars 2008, mon entreprise et moi avons mis fin à notre collaboration au début de sa procédure de restructuration. J'ai continué mon activité de consultant pendant un petit moment et puis j'ai décidé de me consacrer pleinement à la production de vin, il y a deux ans maintenant.

Il est extrêmement simple de créer son entreprise au Texas. Je crois qu'en tout, le dépôt des statuts m'a coûté 150 € ! Les démarches administratives étaient tellement simples que j'aurais pu tout faire depuis Paris. Il se trouve que dans mon cas, ce fut un peu plus compliqué à cause des licences nécessaires à la production et la vente d'alcool, mais de manière générale, c'est un jeu d'enfant... à partir du moment où l'on s'est procuré un numéro de Sécurité sociale : c'est la première chose à faire en arrivant. J'ai également dû faire appel à un cabinet d'avocats spécialisés dans le commerce de l'alcool pour découvrir et comprendre l'ensemble de la législation. C'est un peu compliqué car il y a une double niveau de règles et de système de taxes avec d'une part l'état du Texas et de l'autre, l'État fédéral.

Les sommes investies dans mon entreprise s'élèvent aujourd'hui à 170.000 $. J'ai emprunté une partie de cet argent, et je réinvestis aussi une large part des revenus que je tire de mon activité dans l'exploitation. Mon affaire est désormais rentable, mais les pieds de vigne et les infrastructures nécessaires à la production ne m'appartiennent pas encore. Je vais acheter mon premier hectare de ceps au printemps.”
 

American Dream - Benjamin - Texas

Comment votre activité se porte-t-elle ? Peut-on parler de succès ?

 

“Au départ ce n'était pas forcément évident, le vin n'a jamais eu de mal à se vendre, mais tout n'est pas rose. C'est un projet à long terme, je travaille énormément. Combien d'heures pas jour ? Je ne sais pas. Ma femme vous dirait 'trop', sans aucun doute. Elle est Américaine, je l'ai rencontrée ici il y a quatre ans, mais elle n'exerce pas du tout dans le même domaine que moi. Elle gère des appartements, c'est comme ça que nous nous sommes connus, quand j'ai cherché un logement en venant m'installer ici.

Je travaille seul sur l'exploitation, et j'embauche des intérimaires lors des vendanges ou pour les dégustations sur les festivals. C'est un bon moyen de mieux faire connaître mon vin. Nous en faisons environ 25 par saison, de mars à octobre, sauf les deux mois d'été car il fait trop chaud. Mais de manière générale, je suis satisfait de cette réussite.”


Comment s'est déroulée votre intégration ? Quels sont les principaux changements que vous avez pu observer avec la France ?

 

“Ici, la vie est très différente de ce que j'ai pu connaître en France. Je n'ai pas eu trop de problèmes pour m'adapter car je savais dans quoi je me lançais. Mais il est vrai qu'un certain nombre de Français peuvent ressentir de l'incompréhension face à la culture texane. Je m'en rends compte lorsque je rentre à Paris. Prenons le cas du port d'armes par exemple, en France les gens ont du mal à concevoir que cela puisse encore exister, mais ici c'est inscrit dans la Constitution.

La même incompréhension est notable chez les Américains lorsqu'ils considèrent notre système fiscal. Ce sont des choses qui sont liées à nos histoires respectives. La libre circulation des armes à feu ne disparaîtra sans doute jamais aux États-Unis, c'est très difficile à remettre en cause. Il faut accepter le fait que quand on déménage aux États-Unis on ne vit plus en France et qu'il faut s'adapter. Certains y arrivent très bien, j'ai par exemple reçu cette semaine un e-mail d'une étudiante que j'avais rencontrée lors de son séjour universitaire au Texas qui me disait qu'elle faisait tout son possible pour revenir habiter ici. J'ai aussi connu des Français qui se sont installés à Dallas et qui n'ont pas aimé. Le Texas baigne vraiment dans ce qu'on appelle la 'culture du Sud' aux États-Unis.”
 


PARIS-TEXAS, BILAN EXPRESS
Son meilleur souvenir ?
"Quand je suis arrivé ici je ne pensais jamais trouver une équipe de football (européen), or il en existe bien une ! C'était une vraie bonne surprise, la plupart de mes coéquipiers sont Mexicains. On ne joue pas au football américain, c'est beaucoup trop dangereux !"

Son pire souvenir ?

"Passer des heures avec les services de l'immigration, c'est l'enfer ! J'ai dû faire plusieurs allers-retours à Houston pour mes papiers et même la ville n'est pas agréable, c'est tout le temps humide là-bas."

Son revenu mensuel ?
"2.500 $ mensuels + dividendes et réinvestissement de la plupart des bénéfices dans l'entreprise."

Son conseil à ceux qui voudraient l'imiter ?
"Il faut bien se renseigner sur le Texas avant de venir y habiter, il y a un vrai choc culturel avec la France. La côté Est des États-Unis, elle, est beaucoup plus proche du mode de vie européen."

Un retour en France ?
"Pas du tout. Si on déménage, ce sera pour quitter Dallas, s'installer à la campagne ou je pourrai acquérir mes propres vignes et installations."

 

Pour aller plus loin : Partir à l'étranger à la fac : comment ils en ont profité en master / Comment trouver un stage aux États-Unis / Partir étudier aux États-Unis : comment ils sont entrés à Harvard ou au MIT

Sommaire du dossier
Retour au dossier Benjamin : “Il a fallu que je parte au Texas pour réaliser mon rêve de viticulteur” Jessica : “Dès le lycée à New York, j’ai créé un réseau francophone de baby-sitting et de cours particuliers” Louis et Olivier : “On a quitté nos emplois dans la banque pour vendre des roses à New York” Geoffroy, product manager chez Foursquare : “À la fin du collège, j'ai créé un site Web de jeux en ligne” Walid, salarié dans une agence de marketing à New York : “Venu pour mes études, j'ai remué ciel et terre pour trouver un stage” Clémence : “J’ai repris mes études pour ouvrir une boulangerie française aux États-Unis” Clément : “Je suis parti en stage dans un ranch en Californie faire de l'agriculture biologique”