Geoffroy, product manager chez Foursquare : “À la fin du collège, j'ai créé un site Web de jeux en ligne”

Par Marie Demarque, publié le 11 Avril 2013
9 min

Geoffroy est encore collégien à Seattle quand il créé un site Web de jeux en ligne. Lycéen à Delhi en Inde quand il invente un ancêtre de DropBox. Jeune pro chez Foursquare à New York quand il remporte, avec un ami, un hackathon réunissant 250 technophiles. Retour sur le parcours de ce globe-trotter fan d’informatique débarqué aux États-Unis à l’âge de 8 ans sans parler un mot d’anglais…

Vous avez 22 ans, et vous travaillez depuis 6 mois pour le site Foursquare. Comment cette première expérience professionnelle se déroule-t-elle ?

“Très bien ! J'en suis très heureux ! J'ai été diplômé de l'université de Pennsylvanie (Philadelphie) en mai 2012 et j'ai été embauché en novembre de la même année chez Foursquare. C'est un moteur de recherche gratuit qui vise à informer les utilisateurs sur tout ce qui se passe dans leur environnement proche grâce au système de géolocalisation des smartphones. Par exemple, si vous arrivez dans une ville que vous ne connaissez pas, Foursquare va vous dire où trouver un bon bar ou un chouette musée à visiter.

L'application permet aussi de retrouver ses amis en temps réel en fonction de l'endroit où vous vous situez. Si ces derniers indiquent leur présence via le réseau social à proximité du lieu où vous vous trouvez, Foursquare va vous l'indiquer pour que vous puissiez les retrouver facilement. C'est donc à la fois un réseau social et un outil de recommandation. Ce service existe aussi en France.

Il s'agit d'une petite entreprise de 150 employés fondée en 2009. Je travaille actuellement à New York, où se trouve le siège, mais nous avons aussi une antenne à San Francisco, en Californie. Mon travail consiste à développer de nouvelles applications pour Foursquare. Au cours des cinq derniers mois, j'ai travaillé avec des ingénieurs et des designers sur un nouveau concept qui consiste à offrir des réductions aux utilisateurs de Foursquare chez certains de nos partenaires. C'est en apparence assez classique, ce qui l'est moins, c'est la manière dont nous appliquons l'offre : grâce à une connexion du compte Foursquare avec la carte bancaire de nos utilisateurs, la réduction s'applique automatiquement au moment de payer : plus besoin de montrer un bon ou un code au commerçant, ce qui est parfois un peu pénible pour le consommateur. C'est le fait de créer des nouvelles choses en ligne qui est génial !”

D'où vous vient cette passion pour l'informatique ?

“Disons que je suis tombé dans la marmite informatique quand j'étais tout petit ! Mon père travaille pour Microsoft et j'ai commencé à m'inscrire aux ateliers de jeux vidéo à l'âge de 8-9 ans, à l'école américaine. C'était aussi un moyen de m'intégrer parce qu'évidemment, quand nous sommes arrivés à Seattle, je ne parlais pas un mot d'anglais ! Le jour de la rentrée – j'étais en CE2 – ma mère m'avait fait une petite fiche avec la traduction d'expressions et de mots tels que 'Bonjour', 'Merci', 'Est-ce que je peux aller aux toilettes ?' Heureusement, notre prof était très accommodante et en six mois, je suis devenu plus à l'aise. En attendant, je passais pas mal de temps à bricoler tout seul au fond de la classe, sauf en maths, c'était plus simple, il n'y avait pas besoin de savoir bien parler anglais.

J'ai reçu mes premiers vrais cours d'informatique en classe de 5e, en 2002-2003. À la fin du collège, j'ai créé un site Web de jeux en ligne et quelques applications. Grâce à la vente d'espaces publicitaires, je gagnais 30 $ par mois, ce n'est pas grand-chose, mais j'étais super-content ! J'ai passé le bac international en Inde, après un nouveau déménagement de mes parents, et j'ai pu valider une épreuve en informatique.

Au lycée, je me suis pas mal perfectionné dans le codage informatique. J'ai inventé un système de stockage de données en ligne, ça s'appelait Netstik, c'était DropBox avant DropBox. J'en ai parlé à l'administration et tout le lycée a fini par l'utiliser, c'était très pratique ! Avec mes copains, on donnait aussi des cours aux lycéens des bidonvilles de Delhi. Partir en Inde était l'idée de ma maman. Au final, nous sommes tous tombés amoureux de ce pays. Il y a une douceur de vivre et une atmosphère uniques là-bas, qui me manquent parfois.”

Pourquoi avoir choisi de retourner aux États-Unis plutôt qu'en France ?

“Je ne suis pas reparti tout de suite aux États-Unis après l'Inde. J'ai pris une année sabbatique avant d'entrer à l'université, et je suis revenu à Paris pour effectuer des stages chez Microsoft. J'adore la France, c'est le pays de mes racines et c'est là que se trouve le reste de ma famille, mais sur le coup, j'ai trouvé que tout était plus gris, plus fade. Et puis, même si depuis notre départ à l'étranger, nous rentrions tous les étés, j'ai eu du mal à me sentir chez moi. J'ai conservé quelques amis d'enfance, mais j'ai vécu toute ma jeunesse ailleurs. Finalement, c'est très particulier, j'ai à la fois des attaches un peu partout... et nulle part.

Compte tenu du prestige des universités américaines, j'ai donc décidé de poursuivre mes études supérieures outre-Atlantique. J'ai postulé comme un étudiant américain normal auprès de plusieurs universités. Il faut fournir un dossier qui prend en compte les notes du lycée, un examen d'entrée et aussi quelques rédactions aux sujets parfois surprenants. Je me souviens avoir dû écrire 'la page 217 de mon autobiographie' – ce qui est plutôt inattendu. J'ai étudié le commerce, le management et l'informatique pendant quatre ans à UPenn, et c'était incroyable, je n'aurais pas pu bénéficier d'une telle scolarité en France.”

Pourquoi pensez-vous que l'université américaine vous a apporté davantage que ce dont vous auriez pu bénéficier en France ?

“Je ne sais pas si c'est valable aussi pour les autres matières mais en ce qui concerne l'informatique et les nouvelles technologies, il y a des moyens mis à notre disposition et une mentalité qui n'existent pas en France, à commencer par une énorme tolérance du risque. À l'université de Pennsylvanie, nous étions constamment poussés à prendre des initiatives. Même si ces occupations nous prennent beaucoup de temps et peuvent avoir au final des conséquences sur nos notes, voire, qu'à la fin, le projet ne fonctionne pas, ce n'est absolument pas rédhibitoire. Les enseignants et même les futurs employeurs partent du principe que si l'on a tenté quelque chose et que cela n'a pas marché, on tirera les enseignements de cet échec pour ne pas le renouveler, et donc que cela nous aide à devenir meilleurs.
Même avant 2008 et la crise économique – qui a eu pour conséquence de nous pousser à entreprendre encore davantage – l'université organisait déjà des 'hackathons'. Ce sont des marathons du hacking au cours desquels il faut former des équipes et créer quelque chose sur le Net en un week-end. À la fin, les meilleurs sont récompensés par un jury composé d'enseignants mais aussi de professionnels. Il y en a désormais deux par an à UPenn, ce sont les plus importants de la côte Est. Tout le monde peut participer, même les débutants. C'est un peu comme un jeu Lego pour les grands geeks. 
Ici, l'université est un bouillon de créativité incroyable ! Et puis bien sûr, l'immense accessibilité des professeurs qui nous font aussi profiter de leur réseau est un atout non négligeable. L'université privée aux États-Unis fonctionne comme une entreprise. Je ne suis pas sûr que ce soit la solution idéale mais au moins l'avantage, c'est que l'université et l'entreprise sont deux mondes très proches, dans mon domaine en tout cas. On est donc mieux préparé à entrer dans le monde du travail.”

Fourrsquare, bilan express
Son meilleur souvenir ?
"Quand Erol, un ami d'école, et moi avons gagné le AngelHack NYC en novembre 2012. C'est un hackathon qui réunissait 250 jeunes technophiles pendant 24 heures pour construire un prototype de la 'next $1 billion idea' (la nouvelle idée à 1 milliard de dollars). Sans grande expérience des hackathons, nous ne nous étions inscrits qu'une semaine auparavant depuis New Delhi. Nous étions loin de nous attendre à remporter le concours, et encore plus d'imaginer que notre projet de communication sur le cloud, 'PhoneMe', serait une compagnie incorporée trois mois plus tard."

Son pire souvenir ?
“La première (et dernière) fois que j'ai goûté un Philadelphia cheesesteak. J'ai aussi découvert qu'à Philadelphie, le fromage sort occasionnellement d'un bidon de ketchup (le cheese whiz !) En revanche, il existe du super cheddar en Vermont – comme de la mimolette, mais plus goûteux encore.”

Ses revenus mensuels ?
“Je gagne entre 80.000 et 100.000 $ par an [soit de 61.300 € à 76.600 €], c'est un peu plus que la moyenne de mes camarades de promotion.”

Ses conseils à ceux qui voudraient l'imiter ?
"Il faut absolument apprendre à parler couramment l'anglais. Cela ouvre des portes non seulement pour partir en Amérique, mais aussi partout ailleurs dans le monde. Pour travailler au sein d'une organisation qui mène des projets et fait des affaires à l'étranger, c'est indispensable. Le tout étant bien sûr de privilégier la pratique à la théorie, l'essentiel n'étant pas de pouvoir lire parfaitement du Shakespeare, mais de se débrouiller en arrivant à destination.

Je conseille aussi à chacun de poursuivre ses passions en dehors des cours. Un projet – même le plus fou, et même s'il n'aboutit pas – aura toujours beaucoup de valeur aux yeux de recruteurs éventuels. Les stages ou les placements en entreprise ont aussi beaucoup d'importance aux États-Unis – tout âge confondu. 

Ne pas hésiter à prendre une année 'sabbatique' après le bac. Cela n'est pas mal vu en Amérique – la majorité des universités permettent de reporter l'admission d'un an. Dans mon cas, j'ai simplement envoyé une lettre expliquant ce que je cherchais à entreprendre pendant cette année. C'est l'occasion de voyager, de travailler, et d'apprendre mille et une choses qui ne s'enseignent pas en cours."

Un retour en France ?
"Pourquoi pas, je n'écarte pas cette éventualité dans mes projets futurs. Idéalement, je rêve de vivre entre la France, les États-Unis et l'Inde, mais ce n'est pas évident ! [rires]. Cela me plairait beaucoup d'avoir l'occasion de pouvoir mener à bien un projet professionnel dans l'Hexagone. La France a pas mal de retard au niveau du développement des nouvelles technologies par rapport aux États-Unis, et même par rapport à plusieurs de ses voisins européens comme l'Angleterre et certains pays d'Europe de l'Est."

Articles les plus lus

A la Une étudier à l'étranger

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !