Louis et Olivier : “On a quitté nos emplois dans la banque pour vendre des roses à New York”

Par Marie Demarque, publié le 28 Mars 2013
9 min

Frustrés par la qualité des bouquets qu’ils envoient depuis les États-Unis vers la France, Louis Brunet et Olivier Plusquellec, jeunes collègues dans une banque française à New York, décident de s’emparer de l’opportunité. Eux qui rêvaient de créer leur entreprise quittent leur emploi pour fonder Ode à la rose, un service de livraison de roses en ligne basé à Manhattan. Récit de leur aventure à deux voix.

Comment l'idée vous est-elle venue de créer Ode à la rose ?

 Louis : “C'est Olivier qui m'a proposé de créer Ode à la rose. Il a attendu que je finisse mon VIE (Volontariat international en entreprise), et au moment où j'allais partir, il est venu me voir et m'a demandé: ‘Et si on le tentait ?’ On s'est donc lancés dans l'aventure.”

Le commerce des fleurs était-il un environnement nouveau pour vous ?

 Louis : “Oui ! Nous n'avons pas de passion particulière pour les roses au départ. Il se trouve que c'est un produit superbe avec lequel nous prenons beaucoup de plaisir à travailler, mais au commencement, il y a surtout une étude de marché. Olivier et moi avions déjà remarqué qu'essayer d'envoyer des fleurs aux États-Unis est un véritable enfer : c'est cher, moche et souvent de mauvaise qualité. On a souvent envoyé des fleurs en France et on était frustrés.

On a donc fait une petite étude de marché et découvert qu'il y avait une niche. Il faut savoir que dans ce pays, il y a grosso modo quatre grandes enseignes qui se partagent le marché. La qualité est hors de prix, il faut compter environ $150 (115 €) pour avoir un beau bouquet et le secteur a très peu évolué au cours de ces vingt dernières années. Il y avait donc une opportunité pour nous, notamment parce que ce marché du cadeau outre-Atlantique pèse en moyenne 5 milliards de dollars.” 

Vos parcours universitaires ont-ils eu une influence particulière sur votre rêve de création d'entreprise aux États-Unis ?

Louis :Je suis titulaire d'un diplôme en finance de l'université de Dauphine, ainsi que de l'EM Lyon. J'ai également effectué une année d'échange avec l'université du Connecticut, aux États-Unis. J'ai fini mes études en 2008. J'ai ensuite effectué un VIE de 18 mois au sein de la banque Natixis.

Ma spécialité est le financement des entreprises. Cela ne me faisait pas plus rêver que ça, je ne sentais pas d'aspiration particulière pour effectuer une carrière dans la finance. En revanche, monter ma boîte a toujours été quelque chose qui me tenait à cœur.

Olivier :Je suis également diplômé de l'université Dauphine et de HEC. Mon parcours ressemble un peu à celui de Louis. Après être sorti diplômé de l'école en 2001, j'ai débuté un VIE à la Société générale, qui m'a embauché pendant six ans. J'étais spécialisé dans le financement LBO. Mon travail consistait à trouver des leviers pour financer la dette des entreprises dans les processus de fusion-acquisition. J'ai rejoint Natixis en 2008 pendant trois ans. Le secteur était relativement en déclin, les marchés de la dette plutôt fermés. C'est là que j'ai rencontré Louis il y a quatre ans, nous faisions partie d'une équipe de cinq personnes.

J'ai aussi toujours eu envie de créer ma propre entreprise. Quant à ma passion pour les États-Unis, je la dois en partie à mes parents. Mon père était expatrié à New York, il travaillait dans une banque française. J'ai donc vécu ici de ma naissance jusqu'à l'âge de 13 ans. J'ai ainsi la chance d'être bilingue. Nous avons ensuite déménagé en Espagne puis en France, où j'ai intégré un lycée et suivi mes études supérieures.”

Comment faites-vous pour proposer une offre différente de vos principaux concurrents ?

 Olivier : “Nous avons décidé de nous positionner pour proposer une offre intermédiaire en associant une qualité et un prix plus raisonnable. Notre panier moyen vaut environ 80 $ (60 €). Il y a plusieurs raisons à cela : nous n'avons pas de boutique, nous ne travaillons que par Internet. Nous avons un local de travail sur la vingt-huitième rue (la rue des grossistes en fleurs) et pour lequel nous payons un loyer moindre que celui d'une boutique, ce qui permet de réduire les coûts fixes.

Ensuite, nous ne vendons que des roses, ce qui nous permet de réduire les pertes d'invendus. Enfin, nous n'avons aucun intermédiaire. Nous travaillons en flux tendu : lorsque nous recevons une commande (50 % par Internet, 50 % par téléphone), nous allons directement nous fournir en roses auprès des grossistes du quartier et nous les faisons acheminer par livreurs.

Pour l'instant, nous ne travaillons que dans Manhattan, mais nous avons l'ambition de nous développer ailleurs aux États-Unis. Nous proposons 20 variétés de roses différentes. Notre force est donc d'allier qualité et commerce local.” 

Être français est-il un atout dans cette expérience ?

Olivier : “Certainement. Au début, nous avons surtout travaillé avec la communauté francophone. Mais maintenant, 95 % de notre clientèle est américaine. Nous essayons d'incarner l'élégance simple que les Américains aiment chez les Français. Aux États-Unis, il n'y a pas vraiment de bouquets comme chez nous, la plupart des fleurs sont présentées en compositions piquées dans de la mousse, sans beaucoup de charme ni d'âme. Le bouquet de roses est donc original ici : il est frais, simple et élégant. Nous avons voulu créer une marque et une histoire sympa avec un nom français.

Cette année, nous sommes complètement opérationnels. En 2013, nous avons pour but d'étendre notre activité à plusieurs villes de la côte est, puis de la côte ouest. Nous y croyons beaucoup depuis le début : plus le temps passe, plus on y voit clair et nous avons de moins en moins de doutes.

Aujourd'hui, nous essayons surtout de fidéliser notre clientèle et de trouver de nouveaux clients. Nous avons lancé une opération ‘Un an de roses’ : nous offrons une année de roses au gagnant de notre jeu, soit un bouquet par mois. Les clients aux États-Unis ont des habitudes de consommation différentes et aussi plus de moyens.

En quoi ce changement de travail est-il aussi un changement de vie ?

 Louis : “Lorsque je travaillais dans la banque, je ne côtoyais que des banquiers. Le monde de l'entreprenariat est très différent, nous avons rencontré plein de nouvelles personnalités de milieux différents, c'est génial ! Nous avons notamment découvert le réseau des Français qui montent leurs boîtes. Tout le monde finit par se connaître, c'est très exaltant !

Diriez-vous qu'il y a un climat particulièrement favorable aux États-Unis pour créer son entreprise ?

 Olivier : “Aux États-Unis beaucoup plus qu'en France, et tout particulièrement ici, à New York. Tout est fait pour aider les jeunes entrepreneurs à réaliser leur projet, tout est encourageant. Le système d'embauche est beaucoup plus simple, l'entrepreneur prend moins de risques qu'en France par exemple. C'est très important pour les petites entreprises, il faut pouvoir disposer d'une certaine flexibilité pour s'en sortir, embaucher quand l'activité fonctionne bien et pouvoir rompre facilement un contrat lors des passages plus difficiles. Je pense qu'en France, il est tellement compliqué de se séparer d'un employé que les entrepreneurs hésitent trop souvent à embaucher car ils risquent de se retrouver dans une situation très difficile en cas de coup dur.


Sur le plan administratif, les choses sont aussi plus simples au niveau de la création d'entreprise.
Cela change beaucoup la donne : prendre des initiatives devient alors beaucoup plus attractif. Très clairement, on n'aurait pas tenté cette aventure en France. Ici l'environnement est adapté au business, la prise de contacts est plus simple, il y a moins de portes fermées et il est plus facile d'avancer.”

Quelle a été la réaction de votre entourage lorsque vous avez annoncé que vous quittiez la banque pour devenir vendeurs de roses à New York ?

Louis : “Nos femmes nous ont toujours soutenus. Ma mère n'est pas du tout dans la partie, elle est avocate, mais elle s'est montrée super-enthousiaste ! D'autres, comme le père d'Olivier, qui est aussi banquier, étaient plus inquiets, voire un peu sceptiques mais finalement tous ont surtout respecté notre volonté de créer une entreprise. Et puis, nos produits, les roses, c'est sympa...”

Votre activité est-elle rentable un an et demi après sa création ?

Louis : “Nous réinvestissons l'ensemble de nos bénéfices dans Ode à la rose, mais nous espérons bientôt pouvoir rémunérer les risques que nous avons pris, tout en sachant qu'ici le fruit de notre travail ne sera pas trop taxé. La fiscalité encourage la prise de risques, ce qui n'est plus le cas en France aujourd'hui. L'idée d'être enfin récompensés lorsque nous allons commencer à gagner de l'argent est très importante pour nous.”

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

 Louis : “Nous préparons une levée de fonds pour donner une autre dimension à Ode à la rose. Pour l'instant, nous sommes encore une petite start-up mais nous voulons trouver d'autres investisseurs pour lui offrir un développement important.

On travaille 12 heures par jour et c'est énormément de stress, mais c'est génial, on veut toujours aller plus loin. Nous n'avons jamais été aussi épanouis professionnellement et nous n'avons qu'une peur, c'est que tout cela s'arrête. On ne se voit pas faire autre chose.”

Ode à la rose, bilan express

Leur meilleur souvenir?

“La première commande tombée sur le site à peine quelques heures après le lancement.”

Leur pire souvenir ?
“Notre première Saint-Valentin a été difficile. Nous ne nous étions pas préparés à recevoir autant de commandes. Nous n'avons pas dormi pendant plus de 48 heures avec beaucoup de stress sur les épaules. Notre deuxième Saint-Valentin s'est déroulée avec beaucoup plus de sérénité.”

Leurs revenus mensuels ?
"Pour l'instant, nous vivons de nos économies et le soutien de nos épouses est important."

Leur conseil à ceux qui voudraient l'imiter ?
Bien choisir ses associés, en étant sûrs de la complémentarité des profils et des compétences de l'équipe.”

Un retour en France ?
“Absolument pas, d'abord parce que nous voulons rester aux États-Unis pour continuer à développer Ode à la rose, et puis surtout parce que notre vie, maintenant, est ici."

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