Conférence sur l'avenir de l'Europe : retour sur cinq propositions en faveur de la jeunesse

Par Pauline Bluteau, publié le 11 Mai 2022
7 min

Après un an de labeur, les quelque 800 citoyens européens participant à la Conférence sur l'avenir de l'Europe ont rendu leur verdict. Au total, 49 propositions ont été présentées devant le Parlement européen le 9 mai pour la journée de l'Europe. Parmi elles, des mesures qui concernent directement les étudiants, les apprentis, bref, la jeunesse.

Le pari a été tenu : en mars 2021, les représentants du Parlement européen, du Conseil de l'Union européenne et de la Commission européenne inauguraient la mise en place de la Conférence sur l'avenir de l'Europe. Un an plus tard, le 9 mai 2022, les conclusions leur ont été remises.

Au total, 800 citoyens "sélectionnés de manière aléatoire" ont participé à cet "exercice transnational, multilingue et interinstitutionnel de démocratie délibérative", précise le rapport. Neuf thèmes ont été abordés : l'économie, la justice sociale et l'emploi, l'éducation, la transformation numérique, la démocratie européenne, les valeurs et droits, le changement climatique, la santé, l'Union européenne dans le monde et la migration.

La jeune génération avait elle aussi son mot à dire. Dans chaque panel, un tiers des citoyens devait avoir entre 16 et 24 ans. Aussi, sur les 49 propositions et les 320 mesures retenues, une dizaine concerne directement la jeunesse.

1. Faire participer les jeunes aux prises de décision

Plus de consultations, de dialogues, de débats avec les citoyens et en particulier les plus jeunes, c'est ce vers quoi tend la Conférence sur l'avenir de l'Europe. La jeunesse, y compris les plus jeunes de 10 à 16 ans, doivent pouvoir s'exprimer sur le processus démocratique.

Une plateforme numérique pourrait être mise en place notamment pour leur permettre de "faire part de leurs idées, poser des questions aux représentants des institutions européennes et exprimer leur point de vue sur des questions européennes importantes ainsi que sur des propositions législatives".

La Conférence entend aussi s'appuyer sur les conseils locaux de la jeunesse et souhaite un lien plus étroit entre les gouvernements nationaux et les organisations de jeunesse "pour déterminer leurs besoins" et mener à bien les politiques.

Autre mesure qui a également fait débat en France au moment de la présidentielle : le droit de vote à 16 ans pour les "élections au Parlement européen" qui "parallèlement à un renforcement de l’éducation à la citoyenneté et sur l’UE, mériterait d’être débattu et envisagé. Les partis politiques nationaux devraient veiller à également placer des candidats plus jeunes sur leurs listes en vue des élections au Parlement européen.

2. Démocratiser les connaissances sur l'Europe

Autant de propositions qui nécessitent avant tout de donner envie aux jeunes de participer. La Conférence admet que les institutions européennes devront "utiliser un langage plus accessible et éviter un jargon bureaucratique dans leurs communications. (…) Il convient de déployer des efforts particuliers pour s’adresser aux jeunes sur les réseaux sociaux, mais aussi par l’intermédiaire de mouvements de jeunesse et de divers 'ambassadeurs' (organisations et particuliers) qui expliquent le projet européen".

Cela pourrait aussi passer par des modules communs "à enseigner dans tous les États membres" concernant l'histoire de l'Europe, les processus démocratiques ou les valeurs de l'UE.

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3. Harmoniser la reconnaissance des diplômes, des compétences et de l'apprentissage

Concernant l'enseignement, la Conférence fait d'ailleurs quelques recommandations. Le processus de Bologne avait déjà permis un vrai rapprochement des systèmes éducatifs en Europe en 1998 en introduisant le système LMD (licence-master-doctorat) et les ECTS (crédits qui permettent la reconnaissance des diplômes en Europe) mais il s'agirait désormais d'aller encore plus loin.

La Conférence propose de "coordonner le niveau de tous les programmes éducatifs différents dans l'Union européenne et créer des liens plus étroits entre les systèmes éducatifs, notamment au moyen d'équivalence des diplômes". Cela permettrait de faciliter les mobilités et l'accès à l'emploi partout en Europe.

Et au-delà d'obtenir une reconnaissance mutuelle des diplômes et des formations, l'enjeu se situe également au niveau de l'apprentissage, pas encore assez apprécié et proposé entre les pays de l'UE.

La Conférence envisage par ailleurs l'introduction d'une certification européenne sur les compétences numériques.

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4. Favoriser l'emploi pour limiter la fuite des talents

Ces mesures éducatives doivent ensuite favoriser l'accès à l'emploi partout en Europe. Mais pas seulement. D'autres préconisations sont attendues pour donner un coup d'accélérateur : cela passe par une aide financière aux entreprises, un soutien financier aux jeunes entrepreneurs et travailleurs indépendants ou encore par le renforcement de la garantie pour la jeunesse dont le but est d'améliorer "l’accès des jeunes de moins de 30 ans à une offre de bonne qualité portant sur un emploi, un enseignement continu, un apprentissage ou un stage".

L'objectif est avant tout de limiter la fuite des cerveaux. Notamment pour des étudiants en santé et sciences de la vie. "Des programmes de réseautage et d’échanges devraient être mis au point, tels qu’un Erasmus pour les écoles de médecine, (…) afin de retenir les talents en Europe et de permettre aux jeunes professionnels d’élargir leurs connaissances et d’acquérir des expériences professionnelles."

La Conférence met tout de même en garde sur la qualité des mobilités de stages et emplois qui pourraient être proposés aux plus jeunes au sein de l'Europe. Elle propose d'interdire les stages non rémunérés et de mettre fin aux salaires minimaux pour les jeunes, une disposition jugée discriminatoire par rapport au droit du travail.

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5. Assurer le bien-vivre de la jeune génération

Conséquence de la crise sanitaire, la précarité des étudiants a été révélée aux yeux de tous. La Conférence sur l'avenir de l'Europe insiste donc sur l'importance de garantir "un niveau de vie raisonnable, dont un accès à la protection sociale et au logement" aux plus jeunes. Un logement abordable qui ne pourra pas se faire sans un financement de l'UE.

Toutes ces propositions sont désormais entre les mains des dirigeants européens qui devront donner suite au rapport sans que les délais ne soient clairement définis… Affaire à suivre.

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