La mobilité hybride, une alternative qui prend de l'ampleur

Par Pauline Bluteau, publié le 03 Janvier 2022
5 min

Qui aurait cru que les mobilités à l'étranger puissent un jour se faire à distance ? En pleine crise sanitaire, les établissements du supérieur réfléchissent à des alternatives pour maintenir les échanges internationaux.

C'est un séjour d'un nouveau genre que les établissements du supérieur vont peut-être davantage proposer à leurs étudiants. Encore peu connue, la mobilité hybride (savant mélange entre mobilité physique et mobilité virtuelle) a vocation à se développer. C'est en tout cas ce qu'estime l'IGESR (Inspection générale de l'éducation, du sport et la recherche) dans son rapport mesurant l'impact de la crise sanitaire sur les mobilités internationales publié en septembre dernier. La mobilité hybride présente de nombreux avantages pour les établissements comme pour les étudiants… jusqu'à devenir une alternative qui a du sens.

Un dispositif amené à durer

Retour en mars 2020 : l'épidémie bat son plein, le confinement arrive et les frontières se ferment. Les établissements mettent tout en place pour perturber le moins possible le bon déroulement de la fin d'année scolaire. Dans les écoles d'ingénieurs et de commerce, les mobilités internationales deviennent très vite un sujet dont il faut s'emparer. Les séjours à l'étranger sont, en effet, souvent obligatoires pour valider son diplôme.

Comme l'indique l'IGESR, les grandes écoles trouvent donc des alternatives pour "garantir l'acquisition des compétences" et "maintenir les possibilités de formation à l'étranger". La mobilité hybride se développe petit à petit et prend de l'ampleur à la rentrée 2020 alors que la situation sanitaire est encore loin d'être stabilisée.

Ainsi, les étudiants commencent à suivre des cours à distance dans des établissements situés à des centaines ou des milliers de kilomètres de la France. Une mobilité d'abord virtuelle qui peut s'accompagner, si les conditions le permettent, d'une mobilité physique ensuite. Depuis, la CGE (Conférence des grandes écoles) et la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs) ont créé des groupes de travail pour faciliter et améliorer cette hybridation. L'IGESR note une "intensité des discussions et échanges en cours sur la mobilité hybride", des discussions "porteuses de transformations substantielles dans les prochaines années".

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Lever les freins au départ à l'étranger

Le programme Erasmus+ mise lui aussi sur cette mobilité hybride, dont le projet était déjà en préparation avant la crise sanitaire dans une logique d'inclusion sociale. À la rentrée 2020, l'Agence française Erasmus+ met donc officiellement en place cette nouvelle mobilité qui concerne potentiellement tous les étudiants quelle que soit leur situation. Un cadre est fixé : la mobilité hybride doit contenir obligatoirement une mobilité virtuelle et physique pour être validée. La durée et les périodes de mobilité sont plus flexibles et les bourses continuent d'être versées pendant la mobilité physique.

Comme le relève l'IGESR, cette hybridation est une opportunité de "repenser et enrichir" les échanges internationaux. Comme le souhaitait également le programme Erasmus+, elle constitue aussi un bon moyen de lever les freins au départ à l'étranger. Commencer par une mobilité virtuelle peut permettre de sensibiliser et d'ouvrir des perspectives aux étudiants qui pensaient ne pas en être capables ou ne pas en avoir les moyens financiers.

Ce dispositif est déjà employé dans les écoles primaires, les collèges et les lycées grâce au eTwinning. Il s'agit plutôt d'un échange entre classes où les élèves partagent des projets et échangent toute l'année à distance avant de se rencontrer dans le pays. L'outil est lui aussi encore assez peu connu mais permet un premier pas vers la mobilité.

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Des universités réticentes aux changements

Les grandes écoles et universités ont donc tout intérêt à s'en emparer également même si cela reste encore timide. Les écoles de commerce et d'ingénieurs interrogées par l'IGESR se disent "optimistes" quant à la mise en œuvre de ces mobilités hybrides. Elles doivent encore revoir l'organisation des programmes d'échanges avec leurs établissements partenaires.

En revanche, du côté des universités, le sujet ne fait pas consensus. L'IGESR l'affirme : "L'internationalisation à domicile n'est pas un concept adopté par les équipes universitaires" qui envisagent plutôt un retour à la normale. Selon les universités, "les effectifs et les moyens financiers ne sont pas les mêmes" que dans les grandes écoles, ce qui freine aussi cette mise en place.

Pourtant, tous les acteurs s'accordent sur un point : la mobilité virtuelle ne peut pas remplacer une mobilité physique. Les deux peuvent être complémentaires et ont chacune leur avantage. La mobilité hybride pourrait donc de plus en plus souvent vous être proposée, au moins dans les grandes écoles.

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