Le désarroi des volontaires internationaux en entreprise aux Etats-Unis face à l’inflation et la chute de l’euro

Par Séverine Mermilliod, publié le 04 Août 2022
7 min

Avec l’inflation et le taux de change, les VIE basés aux Etats-Unis ont du mal à joindre les deux bouts, certains allant jusqu’à quitter leur poste. Face à cette situation, Business France a mis en place une aide exceptionnelle.

"J’ai commencé mon VIE (volontariat international en entreprise) début avril 2022, je devais le terminer en septembre 2023…et je l’arrête fin octobre", résume Hugo*, 28 ans, basé à Détroit (Michigan).

Comme lui, de nombreux volontaires installés aux Etats-Unis se posent la question depuis quelques mois au vu de l’inflation qui a atteint en juin 9,1% sur un an – une première depuis 1981. Avec la chute de l’euro face au dollar (au 3 août, 1 euro vaut 1,01 dollar), alors que les VIE sont indemnisés en euro, une grande partie de leur pouvoir d’achat s’est envolée.

Sur le papier, un VIE permet, entre 18 et 28 ans, de partir travailler à l’étranger 6 à 24 mois en entreprise, avec un taux d’embauches de 92%. Une indemnité non imposable est versée, en euros, avec une part variable selon le pays ou la ville d’exercice, "en fonction du niveau de vie local pour couvrir les besoins de subsistance, d’équipement et de logement du volontaire", précise Business France.

Aux Etats-Unis, il y a donc six indemnités différentes. Le montant est recalculé tous les trimestres "en fonction de deux critères : l’inflation et le taux de change", précise Christophe Monnier, directeur du programme VIE chez Business France. On ne peut pas démissionner d’un VIE, sauf dans des cas précis, comme en cas "d’un commun accord" de la part du VIE et de l’entreprise.

"On a tous attaqué notre épargne"

"Je n’ai pas eu trop besoin de négocier car un autre VIE était parti trois semaines avant", raconte Hugo qui quitte son poste avant tout pour des raisons financières. Il touche l’indemnité la plus faible, celle des "autres villes", d'un montant de 2.600 dollars, "pas suffisante par rapport au coût de la vie" avec l'inflation et la perte en un mois de 250 dollars sur son salaire en taux de change.

En VIE en marketing à New York, Eliot, lui, gagnait 3.500 euros, soit environ 4.000 dollars à son arrivée. il touche 3.500 dollars aujourd’hui. "Mon loyer était de 1.750 dollars en colocation en banlieue. Il est passé à 2.500 en l’espace de six mois !" témoigne-t-il. J’arrive à peu près à zéro à la fin du mois. On a tous attaqué notre épargne."

Au total, 144 VIE basés aux Etats-Unis se sont réunis sur un groupe WhatsApp dédié et ont écrit chacun un mail à Business France décrivant leur situation. Manon*, 23 ans, a aussi décidé de quitter son VIE, commencé le 1er mai. "J’espère partir début novembre. Je suis à Bedford, juste à côté de Boston (Massachusetts) donc je touche l’indemnité 'autres villes' mais c’est stupide car c’est comme si on habitait en proche banlieue parisienne", déplore-t-elle. Après des dépenses contraintes, "il doit rester 400 dollars", calcule-t-elle. "La moindre sortie coûte 50 à 100 dollars… Cette paie serait bien en France mais pas pour vivre ici où tout est quatre fois plus cher."

Certaines situations sont bien moins tenables encore : une autre volontaires, après avoir retiré ses dépenses "de survie" (loyer, nourriture, téléphone, internet, transfert du compte français vers le compte américain, transports et prêt étudiant), se retrouve avec…13 dollars en poche. "On peut vivre, manger, conduire, travailler, mais c’est tout", résume Léa, 27 ans, en VIE à Miami (Floride) et qui rembourse aussi un prêt étudiant de 700 euros. "Ça me déprime un peu parce que j’ai envie de faire des week-ends, de sortir au resto, mais si je choisis une chose, je dois éliminer tout le reste."

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Une aide mise en place dès le 1er août

En urgence, une revalorisation temporaire de l’indemnité au titre de la prise en charge de l’hébergement par l’entreprise a été décidée. Elle est prévue dans les textes mais est normalement optionnelle.

Le montant a été fixé à 300 euros mensuels supplémentaires pour les Etats-Unis et 150 pour le Canada : "On a voulu que ce soit rapide donc c’est le même montant quelle que soit la ville. La mesure va être mise en place à partir du 1er août et jusqu’à fin 2022", précise le directeur du programme VIE qui assure que cela "gomme l’essentiel de l’effet défavorable pour les jeunes".

"C’est déjà ça mais c'est loin de combler la perte des derniers mois", juge Eliot. "On est déjà agréablement étonnés qu’ils aient fait quelque chose", tempère Hugo. Mais il faudrait une indemnité plus conséquente pour que je puisse rester."

De son côté Léa, "n’envisage pas de repartir" car "je rêvais de cette mobilité". Elle cherche à gagner de l’argent en plus mais se débat avec la loi car le VIE n’autorise pas à travailler à côté. "Je me suis mise sur des applications de babysitting", confie la jeune femme qui pense travailler sur "son temps libre, week-ends et soirs."

Un rattrapage progressif et de nouveaux barèmes en 2023 ?

Face à ces critiques, Business France veut rassurer. S’il y a "encore un petit décalage pour certains jeunes, au mois d’octobre il sera corrigé", affirme Christophe Monnier. D’ici fin 2022, "l’ajustement automatique de l’indemnité va prendre en compte le différentiel d’inflation et de taux de change, donc il va y avoir un rattrapage progressif".

En outre, depuis mai, Business France mène un travail de fond avec les ministères de l’Economie et des Affaires étrangères pour prendre en compte les conséquences de l’inflation "dans l’ensemble des barèmes géographiques au niveau mondial". "Donc, on n’exclut pas une remise à plat pour 2023", poursuit le directeur du programme VIE.

Christophe Monnier reconnaît toutefois que le dispositif ne peut effacer entièrement les problèmes d’augmentation des loyers, comme dans le cas d’Eliot. Dans ce cas, soit le jeune "change de logement", soit Business France "les encourage à demander à l’entreprise une prise en charge de leur logement. Si la négociation n’avance pas, on essaye de jouer les intermédiaires."

Alors que l’inflation touche le monde entier, des mesures pourraient également être prises hors zone euro à la suite de "quelques remontées" d'autres pays.

*les prénoms ont été changés

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